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Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

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Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:38




My Family, The Jacksons (1992) est un livre incontournable, dans lequel Katherine confie son histoire ainsi que celle de sa famille. Publié en France sous le titre Jackson & Jackson: histoire d'un rêve, il contient de très belles photos qui illustrent les déclarations de tous les membres de la famille Jackson. Actuellement, cet ouvrage est malheureusement épuisé.


Chapitre 1 – Rêver
Chapitre 2 – La famille s’agrandie rue Jackson
Chapitre 3 – Suivre la trajectoire
Chapitre 4 – La route vers Motown
Chapitre 5 – Entrer dans l’histoire
Chapitre 6 – S’adapter
Chapitre 7 – En solo
Chapitre 8 - Luttes
Chapitre 9 – Startin’ Somethin’
Chapitre 10 – Un long chagrin
Chapitre 11 - Triomphes
Chapitre 12 - Frissons
Chapitre 13 – Une victoire durement gagnée
Chapitre 14 – Michael à la maison
Chapitre 15 – Prendre le contrôle
Chapitre 16 – « Bad » News
Chapitre 17 – Un problème urgent
Chapitre 18 - Retours
Chapitre 19 – Rêver encore
Chapitre 20 – Chapitres futurs

bonne lecture Very Happy


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BILLIE.JEAN
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:40

Chapitre 1 – Rêver





J’ai quatre ans. Je descends la rue en courant avec mes cousins, faisant rouler un cerceau en fer accroché à un fil que je tiens dans ma main droite. Je cours, au milieu des champs de coton qui s’étendent aussi loin que porte mon regard, et je ris. Sentiment de liberté…

C’est l’un des premiers souvenirs que j’ai de ma vie à Rutherford, une toute petite ville à l’Est de l’Alabama qui n’existe même plus aujourd’hui.

Mes grands-parents et mes arrière-grands-parents étaient cultivateurs de coton. Leurs ancêtres étaient esclaves. L’un d’entre eux, mon arrière-arrière-grand-père Kendall Brown, était réputé pour ses talents de chanteur. Sa voix s’élevait au-dessus de celle de tous les autres lors des offices dominicaux auxquels il assistait dans la petite église en bois du comté voisin de Russell. Sa voix était si puissante que pendant l’été, lorsqu’ils ouvraient les fenêtres en bois, elle résonnait dans la petite vallée où était nichée l’église. Bref, peut-être que le talent pour le chant coule dans nos veines, pensais-je lorsque ma mère me racontait cette histoire.

Compte tenu du lointain passé de ma famille, il n’est guère surprenant que mes parents, Prince Scruse et Martha Upshaw, se soient dit oui pendant un jour férié qui, en Alabama, est connu sous le nom de « Jour de l’Emancipation », le 28 mai 1929. Ils assistaient à l’une des célébrations qui avaient lieu dans le parc lorsqu’ils décidèrent de s’échapper pour se marier.

Je fus leur premier enfant, née le 4 mai 1930 dans la petite maison où ils vivaient à l’époque à Barbour, à une quinzaine de kilomètres de Rutherford. Lorsque ma sœur Hattie naquit, en Septembre de l’année suivante, nous vivions chez les parents de mon père, Prince et Julia Scruse, dans leur grande maison en bois de Rutherford.

Mon père était un homme musclé, chaleureux, aimant et très avenant. Il travaillait pour la compagnie de chemins de fer Seminole et pendant son temps libre, il aidait mon grand-père dans sa ferme. Ma mère était aussi jolie que mon père était beau, et tout aussi attentionnée. Elle détestait se faire prendre en photo si bien que je n’ai aucune photo d’elle quand elle était jeune. Mais je me souviens encore de ses yeux rieurs et de son sourire. Elle avait les dents du bonheur, tout comme moi.

Nous n’avons vécu en Alabama que jusqu’à mes 4 ans mais j’ai quelques souvenirs vivaces de ma vie là-bas. Etant dans une région rurale et pauvre, nous n’avions pas toutes les commodités à la maison. Nous devions pomper l’eau et utilisions des lampes à huile. Pour nous divertir, nous n’avions rien d’autre que notre Victrola (Note : phonographe) : je me souviens que j’écoutais les disques de Cab Calloway dessus.

Quant à Rutherford lui-même, mon principal souvenir, c’est d’avoir vu des gens se rendre à cheval pour récupérer leur courrier au petit bureau de poste. Parfois, ils échangeaient des œufs contre des timbres ou autres objets dans le magasin principal. Rutherford était l’une de ces petites villes que l’on n’a plus aujourd’hui.

C’est l’envie de mon père de trouver un meilleur emploi qui nous conduisit à prendre un train pour l’Indiana qui, à l’époque, de par ses aciéries, était une destination populaire pour les familles noires pauvres du Sud des Etats-Unis. Nous avions un ami à l’Est de Chicago, au 4906, avenue Kennedy, si bien que cela devint notre première adresse.

Pour une petite fille de la campagne âgée de quatre ans, ce fut un choc de déménager dans la « grande ville » et le plus grand choc de tous fut d’habiter au milieu de tant de Blancs – des Polonais, des Hongrois, des Italiens, des Irlandais. Chose agréable, tous les gens s’entendaient bien les uns avec les autres : les Blancs avec les autres Blancs, et les Blancs avec les Noirs. En réalité, ma seule expérience liée à la discrimination à l’Est de Chicago survint des années plus tard, au lycée Washington, qui imposait des jours de piscine et des bals de fin d’année séparés pour les Noirs. Aucun Noir ne contestait ces règles à l’époque. Nous nous disions simplement que c’était comme ça que ça devait être.

Papa travailla dans les mines d’acier pendant un moment puis se fit embaucher chez Pullman (Note : compagnie de chemins de fer) comme porteur de bagages dans le Centre de l’Illinois. Moins d’un an après que nous ayons quitté le Sud, lui et ma mère divorcèrent. Ma mère prit Hattie et mon père, qui se remaria rapidement, me garda avec lui.

Même si j’aimais beaucoup mon père, ce fut un terrible traumatisme pour moi de ne plus vivre sous le même toit que ma mère et, surtout, qu’Hattie. A l’époque, ma petite sœur et moi étions devenues inséparables.

Evidemment, ma mère détestait la situation autant que moi. Quand j’atteins l’âge de neuf ans, elle me kidnappa. Pour finir, elle, Hattie et moi retournâmes à Rutherford vivre chez un oncle.

Mon père nous retrouva. Il nous écrivit, envoya à Hattie et à moi un énorme carton plein de jouets et de vêtements pour Noël et, quelques mois plus tard, déclara à ma mère : « Tu peux revenir maintenant. Je laisserai Kathy vivre avec toi ». Peu de temps après, nous retournâmes à l’Est de Chicago.

J’étais plus heureuse de vivre avec ma mère et Hattie mais je me sentais encore si triste d’être élevée dans un foyer brisé que je jurai que si un jour je me mariais, et surtout que si j’avais un jour des enfants, j’essaierais coûte que coûte de rester avec mon mari. Je voulais que mes enfants soient choyés par leurs deux parents naturels.

Même après son mariage avec mon beau-père John Bridges, ma mère travaillait très dur. Elle passait la porte de notre appartement à sept heures du matin, une demi-heure avant qu’Hattie et moi partions pour l’école, afin de pouvoir attraper le bus jusqu’à Muncie, Hammond et les autres villes dans lesquelles elle travaillait. Compte tenu qu’elle nettoyait des maisons pour gagner sa vie et qu’elle avait deux filles, elle n’allait pas nettoyer notre appartement en plus et cette tâche nous revint. Hattie et moi grandîmes en connaissant le sens du travail acharné.

Lorsque les vacances approchaient, ma sœur et moi étions particulièrement occupées. Nous devions faire un grand ménage dans l’appartement, déplacer tout les meubles, frotter dessous. La corvée que j’aimais le moins était de décrocher les rideaux en dentelle, les laver, les amidonner et les tendre avec de vieux fils à tendre que nous possédions. Mon Dieu, comme je détestais faire ça.

Cependant, quand les vacances arrivaient, elles étaient bien méritées et ma mère nous offrait des cadeaux. Même le 4 Juillet (Note : fête de l’Indépendance), Hattie et moi recevions une nouvelle robe.

Travaillant aussi dur qu’ils le faisaient, je doute que mes parents aient eu beaucoup de temps pour rêver. S’ils avaient des rêves chers à leur cœur pour eux ou pour leurs enfants, ils ne les partagèrent jamais avec moi ou avec Hattie.

A l’inverse, j’étais une rêveuse invétérée.

Mon premier rêve était de devenir actrice. Dans les années 40, on pouvait acheter un calepin avec une photographie d’une star en vogue dessus. J’achetais toujours plus de calepins que nécessaire. Le samedi, Hattie et moi allions voir les films diffusés en matinée au Mars Theatre et je suivais la carrière de mes actrices favorites : Deanna Durbin, Kathryn Grayson, Barbara Stanwyck, Peggy Ryan, Jane Withers.

Mon autre rêve était de devenir chanteuse.

Pendant mon enfance, j’ai chanté à l’église baptiste locale. Hattie et moi étions également membres de la chorale de l’école jusqu’au collège.

Mais mon rêve était de chanter des chansons country et western. J’adorais la musique country car bon nombre des chansons racontaient une histoire mais aussi parce que je croyais – et que je crois encore – que c’est la musique la plus mélancolique avec la musique noire.

C’est mon père qui me fit découvrir la musique country. Il aimait mettre la radio pour écouter « Suppertime Frolic » hors de Chicago et « The Grand Ole Opry ». Il se promenait avec sa vieille guitare en jouant les chansons qu’il avait apprises en écoutant la radio et Hattie et moi l’accompagnions en chantant. Hattie et moi chantions aussi ensemble sur le chemin de l’école ou quand nous faisions la vaisselle. « Arrêtez donc de chanter ! » s’exclamait ma belle-mère, Mattie, qui n’était pas une fan de musique country. « Vous mettez cette musique à la radio et ensuite je dois vous écouter la chanter ! »

Bien entendu, je ne suis jamais entrée dans l’histoire en devenant la première star noire à chanter du country. Quelque chose m’en a empêchée : la polio.

Quand je l’attrapai, à l’âge d’un an et demi, on appelait ça « paralysie infantile ». Mes parents, vivant dans le Sud rural, ignoraient ce que c’était. Donc quand un matin, je me réveillai sans pouvoir bouger la jambe gauche, ils pensèrent que c’était à cause de la façon dont mon père m’avait empoigné la jambe quelques jours plus tôt pour m’empêcher de tomber du haut de leur lit.

Le médecin chez qui ils m’emmenèrent à Montgomery ne savait pas non plus ce qui n’allait pas. La seule chose qu’il fit pour moi fut d’immobiliser ma jambe malade avec une attelle en bois. C’est seulement lorsque nous déménageâmes dans l’Indiana que mes parents reçurent le bon diagnostic. Je fus opérée de la jambe à deux reprises lorsque j’avais 7 et 16 ans au Memorial Hospital pour enfants de South Bend. Pendant ma convalescence après chaque opération, mon père me portait dans ses bras jusqu’à la gare de South Shore puis, arrivés à South Bend, me portait le long des six pâtés de maisons qui nous séparaient de l’hôpital. C’était une belle preuve d’amour.

J’ai dû porter une attelle à la jambe pendant sept ans. Je devais aussi porter une chaussure compensée. Ca me mettait mal à l’aise quand je devais me lever et m’exprimer à l’oral devant ma classe car je craignais que mes camarades remarquent que l’une de mes jambes était plus courte que l’autre et se moquent de moi. Vous savez à quel point les enfants peuvent être cruels.

En réalité, les enfants se moquèrent effectivement de ma chaussure compensée. « Tu portes les chaussures de ta mère », me disaient-ils en rigolant et je fondais en larmes.

« Laissez ma sœur tranquille ! » hurlait Hattie si elle se trouvait dans le coin. C’était mon ange-gardien, toujours prête à se battre pour moi. « Ca va, Hattie », lui disais-je. « Laisse-les partir ». Mais, au fond de moi, les moqueries me tuaient.

Le fait de me sentir si différente me rendit timide et effacée, à l’opposé de ma sœur, sociable et extravertie. A ce jour, je me tiens à l’écart de la foule et des fêtes. Quand je sors, je porte presque toujours des tailleurs pantalon parce que je suis encore complexée par le fait que ma jambe gauche soit plus courte que la droite. Je sais aussi que je boîte si bien qu’il y a quelques années, j’ai demandé à une équipe de télévision qui tournait à la maison de ne pas me filmer en train de marcher. Je me souviens que LaToya m’a regardée ce jour là et m’a dit « Maman, je n’avais jamais remarqué que tu boitais ». Pour ma famille, ce boitement était un détail et il aurait dû en être de même pour moi. Ce n’était pas le cas et ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui.

Fort heureusement, ma timidité dans l’enfance ne concernait pas les garçons. Avec Hattie et quelques copines, nous fondâmes un club au lycée qui s’appelait les « Blue Flames », comme la chanson de Woody Herman du même nom. Tous les mois ou deux, nous faisions une « fête bleue » chez quelqu’un et nous invitions nos amis pour danser au rythme de disques R&B comme ceux de Little Milton et Memphis Slim. Avec les quelques centimes que nous réclamions comme droit d’entrée, nous pouvions économiser suffisamment pour nous acheter un joli cadeau pour Noël.

Mais gagner de l’argent passait après les garçons. J’avais déjà un point de vue bien arrêté sur le genre d’homme que je voulais épouser : je voulais qu’il joue du saxophone. Je trouvais que les saxophonistes étaient sexy.

C’est à une soirée organisée par quelqu’un d’autre que je posai les yeux pour la première fois sur Joe Jackson.

Même s’il venait d’arriver en ville, j’avais déjà entendu parler de lui par des amies. Il avait emménagé avec sa mère après avoir vécu à Oakland, en Californie, avec son père, un instituteur. Il avait déjà arrêté l’école et cherchait un travail dans l’une des aciéries. Et, d’après ce qu’on m’avait dit, il était très séduisant.

Et en regardant Joe se mêler aux invités qui dansaient à l’extérieur de la maison, je fus forcée d’admettre que c’était bien vrai ! Il était avec tout un groupe de jeunes mais pour moi, il se détachait nettement des autres. Il était tellement beau avec ses yeux gris et sa peau cuivrée qu’il me laissa littéralement bouche bée. Je ne savais absolument pas s’il jouait du saxophone et je m’en moquais !

Ce soir là, je n’avais pas dansé avec lui mais quand je le revis à une autre fête bleue, il me remarqua et nous dansâmes beaucoup. Je ne pouvais pas danser rapidement à cause de ma jambe donc nous dansions sur les morceaux plus lents. Je ne pense pas qu’il savait que j’avais le béguin pour lui et, bien entendu, je ne lui avais pas dit. De nos jours, j’ai l’impression que les filles font souvent le premier pas. Je m’étonne que de nombreuses jeunes filles d’aujourd’hui soient si entreprenantes. Mais à l’époque, peu importe à quel point une fille aimait un garçon, elle ne lui disait pas. Ce n’était pas bien vu venant d’une jeune femme.

Peu de temps après, à ma grande déception, Joe épousa une autre femme. Mais leur mariage dura moins d’un an. « Devine qui t’aime ? » me demanda un jour Hattie après avoir entendu qu’il avait divorcé. « Ce garçon, Joe Jackson. Il m’a dit de te le dire ». Mais je m’interdis de succomber à l’enthousiasme.

Ce Noël là, Joe vint frapper à ma porte. C’est moi qui répondis et je restai bouche bée de le voir devant moi. Il me tendit un cadeau – un collier en strass, un bracelet et des boucles d’oreilles assorties, nous discutâmes un peu puis il partit. J’étais désormais certaine qu’il m’aimait vraiment.

« C’est un garçon très gentil », commenta ma mère.

Deux ou trois jours plus tard, Joe téléphona et me fit sa demande.

« Je vais y réfléchir », répondis-je. C’est ce que les filles devaient dire.

Le lendemain, il rappela et demanda « Alors, as-tu pris ta décision ? »

Je lui répondis que oui, et que j’acceptais sa demande.

Il vint à ma porte en costume. Il venait d’acheter une Buick et nous nous rendîmes au cinéma de Roosevelt à Gary pour voir un film.

Rapidement, notre relation s’est stabilisée. Non seulement Joe était beau, mais j’appréciais aussi son caractère. Il était calme, affichait une grande décontraction.

Lors de nos rendez-vous, nous avions beaucoup à faire. Nous pouvions aller au cinéma ou danser, marcher dans le parc à la tombée de la nuit ou faire un tour dans le quartier. Peu à peu, Joe m’en apprit un peu plus sur lui.

Ses parents, Samuel et Chrystal Jackson, s’étaient rencontrés dans une école à classe unique de l’Arkansas. Sam était professeur et Chrystal, quinze ans à l’époque, était l’une des élèves. Joe fut leur premier enfant, né le 26 Juillet 1929 dans la ville de Fountain Hill. Après lui vinrent deux frères et deux sœurs. Hélas, l’une de ses sœurs, Verna, mourut à l’âge de sept ans. Comme moi, elle avait la polio.

Sam et Chrystal étaient tous deux têtus et stricts. Pendant son enfance, Joe devait se tenir à carreau. Ses parents n’étaient pas du genre à lui épargner les coups de baguette.

Enfant, Joe était solitaire. Plus d’une fois, quand la cloche de l’école retentissait pour annoncer le début des cours, au lieu d’entrer dans l’école, Joe partait dans la direction opposée pour passer la journée seul.

Au début de son adolescence, ses parents divorcèrent. Par la suite, Sam déménagea à Oakland, prenant Joe avec lui. Au même moment, Chrystal s’installa à l’Est de Chicago avec les frères et sœurs de Joe. Plusieurs années après, Joe décida de les rejoindre, laissant derrière lui son père qui en était à l’époque à son troisième mariage (quelques années plus tard, Sam et Chrystal se remarièrent. A ce jour, ils vivent en Arizona).

Si je trouvais le passé de Joe digne d’intérêt, j’étais littéralement fascinée en l’écoutant parler de son avenir. J’appréciais particulièrement le fait que lui aussi était un rêveur.

Tout comme moi, il envisageait de mener un jour une nouvelle vie en Californie. « Kate, un jour je vais t’emmener là-bas » disait-il. A l’époque, il boxait dans l’équipe des Golden Gloves et peut-être pensait-il que ses poings lui permettraient de quitter les aciéries. C’était un rêve que je n’encourageais pas. Je ne considérais pas que la boxe fût, pour une personne que j’aimais, une bonne manière de gagner sa vie.

Pour mon anniversaire, Joe demanda à sa mère de me préparer un gâteau dans un moule Bundt. Au milieu, il cacha un cadeau : une bague avec une émeraude, ma pierre porte-bonheur. Six mois plus tard, le 5 novembre 1949, nous nous mariâmes devant un juge de paix à Crown Point. Joe avait vingt ans ; j’en avais 19.

Au lieu de vivre dans un ranch de luxe à Hollywood avec des palmiers devant notre maison, nous nous installâmes dans une maison en bois avec deux chambres dans un quartier noir de Gary. Ironiquement, la maison se situait au coin d’une rue nommée « Jackson ». Elle coûtait 8500 dollars. Pour pouvoir payer l’avance de 500 dollars nécessaire, nous empruntâmes 200 dollars à mon père.

Etre propriétaire était pour moi un vrai bonheur. Peu importe si les seuls meubles que l’on possédait étaient un canapé, une table, une cuisinière et un frigo. Le canapé pouvait se déplier pour faire un lit et nous dormîmes dessus pendant deux mois. En mars, ma mère nous donna des meubles de chambre.

Etant donné que j’étais déjà enceinte et que nous devions rembourser 60 dollars d'emprunt chaque mois, nous décidâmes d’avoir notre enfant à la maison pour économiser. Ma mère, la tante de Joe et le médecin étaient là. Joe aussi, mais il ne voulait pas entrer dans la pièce. Par la suite, il me confia qu’il était dehors, en train d’épier par la fenêtre.

Le travail a commencé le samedi soir et a duré jusqu’à trois heures le lundi matin, le 29 mai, où j’ai finalement donné naissance à ma fille Maureen.

Je n’oublierai jamais le premier regard que j’ai porté sur elle : j’étais horrifiée.

« J’ai raté mon enfant ! » m'exclamai-je. Sa tête avait une forme amusante, comme un cône. Elle ressemblait au vieux personnage de dessin animé Denny Denwit. Mais le docteur m’assura qu’elle allait bien et que sa tête allait s’arrondir avec le temps.

Joe aurait voulu un garçon. « Bon, peut-être que le prochain sera un garçon », dit-il. Mais je sentais qu’il était fier de sa fille lorsqu’il l’a portée dans ses bras pour la première fois.

Quant à moi, le fait de donner naissance à Maureen – ou Rebbie, comme nous allions rapidement l’appeler – changea instantanément ma vie. Tout à coup, je me sentis adulte. Et, si j’essaie de décrire l’amour que j’ai immédiatement ressenti pour elle, j’en suis incapable parce que c’est indescriptible.

Un an plus tard, j’offris à Joe le garçon qu’il voulait. A ce moment là, je rendais visite à ma mère à l’Est de Chicago et je lui annonçai que j’irais le lendemain à l’hôpital Ste Catherine – le 4 mai, jour de mon 21ème anniversaire – pour accoucher. C’est ce que je fis.

Joe était en extase. Il insista pour choisir lui-même le prénom de son fils. Quand j’entendis son choix, Sigmund, je pensai « Mon enfant va détester s’appeler comme ça mais si ça fait plaisir à Joe… » Fort heureusement, le père de Joe, Samuel Jackson, arriva de Californie quatre jours plus tard et commença immédiatement à appeler notre fils « Jackson boy ». Peu de temps après, nous écourtâmes ce surnom en « Jackie boy » puis en « Jackie ». (Il s’avéra finalement que Jackie aimait son prénom d’origine suffisamment pour appeler son fils Sigmund).

Avec deux enfants à charge désormais, Joe devint plus motivé que jamais. Tout en continuant son travail de conducteur de grue à Inland Steel à l’Est de Chicago, il commença à se produire avec son frère Luther et trois amis dans un groupe qu’ils avaient fondé : les Falcons.

Ce n’est qu’après notre mariage que j’appris que Joe aimait chanter. Mon meilleur souvenir de notre premier Noël fut de chanter des chants de Noël avec lui lors des soirées neigeuses, tandis que nous étions allongés ensemble dans notre lit.

Cependant, Joe n’était pas un adepte de musique country comme moi. Il aimait le R&B. Je fus surprise de découvrir qu’il jouait de la guitare électrique. J’avais un jour rêvé d’épouser un musicien et sans le vouloir, je l’avais fait.

Joe n’avait pas besoin de me dire quels objectifs il avait pour les Falcons. Il était évident, juste en l’entendant parler, lui et les autres, dans notre salon, qu’il voulait les mêmes choses que celles dont j’avais moi-même rêvé quand je voulais devenir artiste : la célébrité et la fortune.

Les Falcons répétaient régulièrement dans notre maison, travaillant à quatre voix leurs versions a cappella des tubes R&B du moment. Ils écrivaient aussi leurs propres titres. L’un de ceux que jouait Joe s’appelait « Tutti Frutti ». Peu de temps après qu’il l’eût écrite, Little Richard sortit une chanson différente avec le même titre et eut un grand succès.

Le groupe donna de nombreuses représentations à Gary, avec des musiciens qu’ils avaient embauché. L’une d’elles eut lieu à Gleason Park, au Pavillion. Ce soir là, j’étais fière de les regarder sur scène tandis que les gens dansaient en plein air, appréciant visiblement la musique.

Mais si les Falcons firent quelques vagues sur la scène locale, leur succès fut éphémère. Le groupe se sépara lorsque l’un des membres, Pookie Hudson, le quitta pour former les Spaniels. Ce groupe enregistra « Good Night, Sweetheart, Good Night », une chanson que Pookie co-écrit avec les artistes et le responsable du répertoire de leur maison de disques, VeeJay Records. La version des Spaniels ne fut pas un tube mais celle enregistrée par les Mc Guire Sisters entra dans le Top Ten.

Après la séparation des Falcons, Joe continua à sortir sa guitare du placard et à jouer pour se détendre. Mais il n’essaya pas de former un autre groupe. La famille s’agrandissait et il n’avait plus ni le temps ni l’énergie de réaliser son rêve.

Nous étions loin de savoir que quelques années plus tard, nous enfants réveilleraient les rêves qui sommeillaient en chacun de nous.
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:42

Chapitre 2 – La famille s’agrandie rue Jackson


Initialement, Joe avait annoncé qu’il voulait un seul enfant, ce que j’avais du mal à comprendre. Il venait d’une famille de cinq enfants et son père, d’une famille de vingt. « Eh bien, j’en voudrais trois », ai-je répondu. En grandissant, cela m’avait manqué de ne pas avoir de frère et je pensais que si nous avions trois enfants, il y avait de fortes chances que j’aie au moins un fils. Mais lorsque nous avons eu notre troisième enfant – Toriano, ou Tito, né le 15 octobre 1953 au Mercy Hospital de Gary – Joe et moi aimions tellement être parents que nous voulions une famille encore plus grande.

Et puis, je trouvais les grossesses très faciles. Je ne m’étais jamais sentie aussi bien que quand j’étais enceinte. Je n’avais jamais de nausées matinales. Je ne savais jamais que j’étais enceinte jusqu’à ce que je n’aie plus de règles. Parfois, si je ne surveillais pas le calendrier, il m’arrivait d’être enceinte d’un mois ou plus sans rien sentir.

Jermaine, notre quatrième enfant, est né le 11 décembre 1954.

LaToya est arrivée ensuite. Elle est née le 29 mai 1956, six ans jour pour jour après que Rebbie soit venue au monde. Avec 3.520 kg, c’était mon plus gros bébé.

Moins d’un an plus tard, j’étais de retour à l’hôpital, donnant cette fois-ci naissance à des jumeaux, Marlon et Brandon, le 12 mars 1957.

Ils étaient nés deux mois avant terme. Alors que je portais un lourd seau de combustible dans la maison pour alimenter notre chauffage d’appoint, j’ai perdu les eaux. Joe n’était pas à la maison à ce moment-là donc l’un de ses cousins m’a conduite en urgence à l’hôpital. Quarante-cinq minutes après mon admission, Marlon est né. Il pesait 1.950 kg.

Le médecin était en train de quitter la pièce quand l’infirmière l’a interpelé, « Attendez une minute, il y a un autre bébé ! » Le docteur a placé le stéthoscope sur mon ventre et a écouté un moment. « Fichtre ! Mais c’est vrai ! » s’est-il exclamé. C’était le même médecin qui m’avait examinée au cours de ma grossesse ; il n’avait pas détecté que j’étais enceinte de jumeaux !

« Elle est trop fatiguée pour accoucher » a déclaré le docteur. Il a commencé à sortir Brandon en utilisant une paire de forceps. J’étais sous sédatifs mais je me souviens avoir pensé « Il va faire quelque chose à mon enfant. Il va lui faire du mal ».

Après sa naissance, j’ai entendu Brandon pleurer très faiblement. Il est mort huit heures plus tard.

La mère de Joe a annoncé à mes enfants la nouvelle concernant Brandon et ça les a affectés. Quand Chrystal a ajouté que j’avais pleuré, ça leur a fait encore plus de peine. « Eh bien, on a quand même un bébé », a dit Rebbie entre deux sanglots, « donc maman ne devrait pas pleurer ».

Etant donné que j’ai dû rester cinq jours à l’hôpital, je n’ai pas pu assister à l’enterrement. Chrystal avait embauché un photographe professionnel pour faire des clichés de Brandon mais il a perdu la pellicule. Je n’ai jamais pu voir mon fils.

Souffrant de la perte de mon enfant et de la naissance prématurée de Marlon, ça a été un vrai bonheur de ramener enfin Marlon à la maison quatre semaines après sa naissance.

Mon expérience avec Marlon et Brandon ne m’a pas dissuadée de retomber enceinte. L’année suivante, le 29 août, j’ai donné naissance à un autre garçon.

Je me souviens très bien de cette journée parce que j'ai perdu les eaux pendant que ma voisine Mildred White et moi étions en voiture pour aller voir la nouvelle école primaire en construction, l'école élémentaire Garnett.

"Oh, mon Dieu, Mildred, je ne peux pas rester assise dans ta voiture dans cet état", me suis-je exclamée.

"Ne t'inquiète pas pour ça", a répondu Mildred, faisant demi-tour.

A ma demande, Mildred m'a ramenée à la maison. J'ai téléphoné à ma mère et elle et mon beau-père m'ont conduite au Mercy Hospital. Peu de temps après mon arrivée, j'ai commencé à avoir des contractions. Plus tard dans la soirée, mon fils a vu le jour.

"Je veux choisir son prénom", a déclaré ma mère.

J'ai détesté sa première suggestion: Ronald.

"Dans ce cas, que penses-tu de Roy ?"

"Oh, mon Dieu, Maman, non !"

Elle a réfléchi pendant un petit moment.

"J'ai trouvé ! Michael."

"Adopté !" ai-je répondu.

A l'époque, je m’étais habituée à voir naître mes bébés avec des têtes amusantes donc celle de Michael ne m'a pas alarmée. Les deux autres choses qui m'ont marquée chez lui quand je le tenais dans mes bras pour la première fois sont ses grands yeux bruns et ses longues mains, qui me rappelaient celles de mon beau-père.

Michael m'a souvent taquinée: "Je parie que j'étais un accident !"

Ce n'était pas le cas mais après sa naissance, j'ai décidé de faire une pause dans mes grossesses... Après huit naissances en huit ans, j'avais le sentiment d'en mériter une. J’ai trouvé un emploi de vendeuse à mi-temps chez Sears. Randy, notre enfant suivant, n’est né que trois ans plus tard, le 31 octobre 1961. Presque cinq ans se sont ensuite écoulés avant que je donne naissance à Janet, le 16 mai 1966.

L’une des raisons pour lesquelles Joe et moi avons continué et eu Randy et Janet, c’est le plaisir que les autres enfants tiraient du fait d’avoir d’autres bébés à bichonner.

« Nous avons tellement d’enfants… alors pourquoi aime-t-on en avoir d’autres ? » demandais-je aux aînés. Je pensais que la plupart des enfants n’appréciaient pas d’avoir à partager l’attention de leurs parents avec des concurrents supplémentaires. « C’est juste qu’on aime les bébés », répondaient-ils.

Ils l’ont vraiment démontré quand Janet est née.

« J’ai une petite sœur ! J’ai une petite sœur ! » a crié Michael en courant de porte en porte dans l’avenue Jackson.

Michael et Janet étaient prédestinés à devenir meilleurs amis ; ils demeurent extrêmement proches à ce jour. Mais pendant les premiers mois de la vie de Janet, tous ses frères et sœurs l’adoraient. Rebbie, par exemple, l’emmenait si souvent en promenade que ses camarades de classe ont cru que Janet était en fait son bébé.


L’un des mes plaisirs en tant que parent, c’était de regarder l’évolution de la personnalité de mes enfants.

La sérieuse Rebbie était mon premier soutien dans la maison ; « une figure maternelle » disait son frère Jackie.

A l’âge de six ans, elle changeait les couches et donnait certains biberons. A douze ans, elle repassait, lavait, faisait le ménage et la cuisine.

« Etant l’aînée, c’est un rôle qui m’est naturellement revenu » a-t-elle expliqué.

Jackie était le plaisantin.

REBBIE: il adorait exaspérer ses plus jeunes frères. Quand ma mère était sortie et que je m’occupais du ménage, il était toujours en train de les embêter, de leur taper sur la tête. Puis il partait en courant et s’enfermait dans la salle de bains avant que j’aie pu lui mettre la main dessus. Faire la cuisine était un vrai parcours du combattant quand il était dans le coin. Si je me retournais ne serait-ce qu’une minute dans la cuisine, Jackie venait grignoter dans le plat.

Ironie du sort, hors de la maison, Jackie était mon timide. Je me souviens de lui, un jour, partant en catimini à une fête en passant par l’allée derrière notre maison parce que je l’avais obligé à porter un costume et qu’il était terrifié à l’idée que ses amis du voisinage le voient.

Jermaine était le petit garçon à sa maman. Même à l’âge de cinq ans, il me suivait comme une ombre.

C’était compréhensible. Quand il avait quatre ans, il a attrapé une néphrite – une grave maladie des reins. Il a dû être hospitalisé pendant trois semaines.

Le jour où il est entré à l’hôpital, il a hurlé sans relâche quand Joe et moi avons quitté sa chambre. Et brusquement, les cris se sont arrêtés. Quand nous sommes arrivés devant l’ascenseur, nous avons eu la surprise de le voir debout devant. Il s’était échappé de son lit à barreaux, avait couru dans le hall et d’une manière ou d’une autre, nous avait devancés. Ca m’a brisé le cœur de devoir le quitter.

Jermaine était aussi le rapporteur.

JACKIE: si on avait fait quelque chose qu’on ne voulait pas que papa apprenne, on donnait un cookie à Jermaine en lui faisant promettre de ne pas le dire. Et il répondait « Promis ». Mais dès que mon père passait la porte, il se précipitait « Papa ! » et il crachait le morceau quand même. Parfois, il inventait même des choses !

REBBIE: si Jermaine était en tort, il rejetait la faute sur tous les autres. C’est comme ça que vous saviez qu’il était coupable. Une autre chose que j’avais remarquée chez lui, c’est que bien qu’il soit bègue, il ne bégayait jamais quand il essayait de s’expliquer pour échapper à la fessée.

Tito était un bricoleur.

Quand il recevait un jouet, il fallait qu’il le démonte puis qu’il essaie de le remonter. A l’âge de dix ans, il savait réparer le fer à repasser, le grille-pain et la radio. Il nous a permis de faire de grosses économies sur les réparations. Lui et Jermaine, qui étaient meilleurs amis, adoraient récupérer des morceaux de vélo dans les dépotoirs du quartier pour construire leurs propres vélos et karts.

JERMAINE : nos vélos ressemblaient aux VTT actuels ; ils n’avaient pas de garde-boue. Nous étions fiers qu’ils durent plus longtemps que les vélos de luxe achetés en magasin.

Tito aimait aussi ma machine à laver essoreuse Maytag. S’il était dans le coin quand je faisais la lessive, il me demandait s’il pouvait la faire à ma place. Il adorait tout particulièrement mettre les vêtements dans l’essoreuse.

LaToya était mon enfant calme.

C'était le genre de petite fille que les grands-mères apprécient. A vrai dire, ma mère l’adorait : pendant l’été, LaToya passait beaucoup de temps dans la maison de ma mère. Quand on faisait la débarbouillait, LaToya s’asseyait sur le canapé comme une petite dame. Si quelqu’un éternuait au dîner, elle couvrait son assiette. Je faisais aussi quand j’étais jeune.

A l’inverse, Janet était un garçon manqué. A l’âge de deux ans, elle était surnommée “L’écureuil” parce qu’elle adorait grimper sur les meubles et sur les lits superposés des garçons.

Comme beaucoup de petits enfants, elle adorait également venir dans le lit avec Joe et moi le soir, ce que Joe n’appréciait pas. Donc comme c’était une petite fille intelligente, elle attendait que son père soit profondément endormi pour se glisser dans la chambre et grimper dans le lit de mon côté.

JANET : Pendant que mes sœurs jouaient à la coiffeuse ou se faisaient les ongles, j’ai grandi en grimpant aux arbres avec mes frères, en jouant au baseball et en nageant.

J’ai eu du mal à faire porter une robe à Janet en maternelle ; elle voulait toujours porter un jean. Encore aujourd’hui, elle s’habille comme un garçon manqué. Elle se pointe à la maison avec des bottes militaires, un jean rapiécé, un tee-shirt trop grand pour elle et les cheveux recouverts d’une casquette.

« Janet », lui dis-je, « mets des boucles d’oreille ou un peu de rouge à lèvres. Les gens vont te prendre pour un garçon ».

Randy était celui qui discutait toujours. Rebbie l’avait surnommé Petit Professeur parce qu’il adorait débattre. Si l’un de ses amis disait que le ballon était rouge, Randy disait qu’il était vert juste pour faire le difficile.

Marlon était probablement celui de mes enfants qui était le plus déterminé et avait le plus l’esprit de compétition. Lui et Michael jouaient aux jeux pour enfants classiques : les dames, les cartes, les osselets. Michael gagnait presque toujours. Mais Marlon ne renonçait pas : il continuait à jouer à tel ou tel jeu avec Michael jusqu’à ce qu’il le batte.

Reste Michael, un enfant étonnant.

Je me suis rendu compte que Michael n’était pas un enfant ordinaire un jour de 1960. Je me tenais devant ma machine à laver, vérifiant la charge, quand je me suis retournée par hasard. J’ai alors vu mon fils d’un an et demi pratiquement sous ma robe, un biberon à la main, dansant… dansant au rythme des grincements de ma machine à laver.

En plus de sa précocité en matière de danse, Michael était plus courageux et espiègle que les enfants de son âge.

REBBIE : Michael n’avait même pas deux ans quand un jour, il a visé mon père – qui traversait le salon – avec son biberon, et le lui a jeté à la figure. Je pense que mon père était plus choqué que blessé de voir que son petit garçon l’avait atteint à la tête.

A trois ans, l’espièglerie de Michael avait pris une tournure rebelle. Un jour, après avoir reçu une fessée de Joe parce qu’il s’était mal conduit, Michael lui a lancé une chaussure. Joe l’a vue arriver et est parvenu à l’esquiver ; sinon, Michael l’aurait de nouveau touché en plein dans le mille.

REBBIE : Quand ma mère lui demandait de faire quelque chose qu’il ne voulait pas faire – une corvée par exemple – il marmonnait quelque chose. « Qu’est-ce que tu as dit ? » demandait maman en levant un sourcil. Mais Michael ne répondait pas. « Viens ici ! » lui ordonnait-elle. Et là, la course-poursuite commençait. Michael partait en trombe dans la chambre avec maman à ses trousses. Il se glissait sous le lit et s’accrochait au sommier. Ma mère essayait de le tirer dehors mais elle n’y arrivait pas, pas plus que mes frères. Elle était obligée d’attendre qu’il sorte. Une demi-heure s’écoulait, voire plus. Finalement, Michael sortait de sous le lit, s’époussetait et revenait nonchalamment s’installer dans le salon. Parfois, ma mère avait oublié sa mauvaise conduite ; mais parfois, elle demandait à mes frères de se jeter sur lui pour qu’elle puisse finalement le punir.

JACKIE : Michael était tout aussi doué quand il s’agissait d’éviter mon père. A l’instant t, mon père tenait Michael dans ses bras, prêt à lui donner une fessée ; une seconde plus tard, Michael était un mètre plus loin et mon père tapait dans le vide. Il était presque impossible de le retenir. Il était comme un ver, toujours en train de se tortiller. Il était trop !

Parfois, Joe se mettait vraiment en colère contre Michael quand il réussissait à nous échapper. Mais à d’autres moments, on ne pouvait s’empêcher d’en rire. « Qu’est-ce qu’il a, ce gosse ? » disions-nous.

Je me suis posé cette question au sujet d’autres aspects de la personnalité de Michael pendant son enfance. C’était le cas, par exemple, de sa générosité. Parfois, ça allait trop loin.

Un jour, quand Michael était en CE1, je n’arrivais pas à retrouver l’un de mes bijoux. « Où est passé mon bracelet ? » ai-je finalement demandé aux enfants.

Michael m’a regardée et a répondu tranquillement. « Oh, je l’ai donné à ma maîtresse ».

Je ne l’ai pas puni parce que j’ai trouvé ça gentil de sa part de vouloir donner. Mais je lui ai dit « Ne recommence pas ». Michael ne m’a pas écoutée et la plupart de mes bijoux ont disparu.

Il mettait aussi son nez dans les bijoux et les souvenirs de ma mère. Vous savez comment sont les grands-mères. Elles ont toutes leurs affaires bien en ordre et elles ne veulent pas que leurs petits-enfants y touchent. Elle et Michael se disputaient très fort quand elle le surprenait.

Ses frères venaient aussi se plaindre à moi de son côté fouineur.

« Maman, quand nous étions chez untel, Michael a voulu savoir ce qu’il y avait dans leurs tiroirs », me disait l’un d’entre eux. « Quand ils sont sortis de la pièce, il a ouvert le tiroir pour regarder ce qu’il contenait ».

MARLON : il n’a pas changé. Nous étions en coulisses quelque part pendant le Victory Tour quand Michael est entré dans le bureau d’un type et a commencé à mettre son nez partout. « Michael, sors le nez de ces tiroirs ! » lui avons-nous dit.

Il est aussi connu pour farfouiller dans les affaires de ses frères. Un jour, il était chez Randy. Randy a dû s’absenter et après son départ, Michael a commencé à ouvrir certains de ses placards. Dans l’un d’entre eux, il a trouvé un petit mot : « Michael, ne viens pas fourrer ton nez de fouineur ici ! ». Michael a été pris d’un fou rire.

Je ne veux pas donner l’impression que le petit Michael était un éternel polisson. Il avait aussi son côté attachant. Quand Rebbie a obtenu son diplôme à la fin du lycée, il est allé lui acheté une bouteille de vernis à ongles au magasin du coin. Il achetait aussi des petits cadeaux à ses copains du quartier.

Sa première ambition dans la vie a probablement été de posséder une confiserie parce qu’il adorait jouer au marchand. Quand Joe a commencé à donner un peu d’argent de poche chaque semaine à lui et à ses frères, il en dépensait le moindre centime en bonbons et en chewing-gums. Il revenait à la maison les bras chargés, prenait une planche et deux briques ; il les mettait dans l’embrasure de la porte de chambre des garçons, plaçait une nappe sur la planche, y installait les bonbons et les vendait à ses frères et sœurs et à ses amis pour le même prix qu’il les avait payés.

Michael était également un grand mangeur de bonbons et un grand mâcheur de chewing-gum. Avant d’ouvrir son « magasin », il économisait pour pouvoir acheter des chewing-gums à un stand situé dans le parc Little League derrière notre maison. « Maman, est-ce que tu sais où est passé mon penny ? » (Note : centime de dollar), demandait-il. Je connaissais la réponse quand je voyais Marlon mâchouiller joyeusement une boule de chewing-gum à proximité.

Michael et Marlon fonctionnaient exactement pareil.

MARLON: Comme nous faisions à peu près la même taille, les gens nous prenaient pour des jumeaux. En plus de jouer ensemble, nous faisions du roller sur la route, on jouait au basket et on faisait de la mini moto.

JACKIE : Ils avaient aussi pour habitude de se lever en pleine nuit, d’attraper des manches à balai et de jouer à l’armée. Ils faisaient dépasser le manche à balai de la fenêtre et « tiraient » sur les voitures qui passaient dans la rue.

Michael aimait aussi faire la course avec ses frères et ses amis dans le quartier, courir dans les jets d’eau durant l’été et jouer au baseball dans la rue. Des jeux d’enfant normaux, en somme.

Mais la façon de chanter et de danser de Michael n’avait rien à voir avec celle d’un enfant.

La première fois que je l’ai entendu chanter, c’était en 1962. Jackie, Tito et Jermaine chantaient une chanson de Motown dans leur chambre pour se distraire quand tout-à-coup, j’ai entendu une quatrième voix se joindre à eux. C’était Michael, âgé de quatre ans, qui avait choisi une partie du morceau et l’interprétait d’une voix cristalline.

« Tu sais quoi, Michael a une jolie voix, suffisamment belle pour qu’il soit soliste », ai-je dit à Joe ce soir-là.

Deux ans plus tard, Michael s’est illustré en public pour la première fois en chantant « Climb Ev’ry Mountain » a cappella lors d’un spectacle à l’école primaire Garnett. Le père de Joe et moi étions dans le public, et ça a été un grand moment de voir Samuel Jackson, un homme inflexible, éclater en sanglots à la seconde même où Michael a commencé à chanter de sa superbe voix pure. J’ai fait la même chose, à la larme près ! Michael était si à l’aise ; pas anxieux pour un sou. A l’époque, c’était déjà naturel pour lui.

Ses talents de danseur n’étaient pas en reste. A ce stade, il maîtrisait déjà le jeu de jambes d’un James Brown miniature. Il regardait « le n°1 de la soul » faire ses tours sur lui-même typiques ou twister à la télévision puis reproduisait ce mouvement à la perfection dans notre salon.

Lorsque les Jackson 5 ont commencé à se produire dans les concours de jeunes talents de Gary en 1965, Michael concevait la chorégraphie de leurs prestations. Pendant les répétitions, l’un des frères disait : « Il nous manque un pas de danse pour cette partie de ‘My Girl’ ». Michael réagissait « D’accord, on s’y met ». Puis il leur montrait un mouvement si frais et si élégant que ses frères aînés, qui le dépassaient encore de plusieurs têtes, échangeaient des regards et secouaient la tête avec incrédulité.

Je me souviens que je me disais : Michael, tu n’es qu’un bébé et c’est toi qui mène la danse…

Michael était aussi un grand rêveur.

« Un jour, je vivrai dans un château », a-t-il annoncé à sa maîtresse de CE1 un beau jour.
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:44

Chapitre 3 – Suivre la trajectoire




Il était tout bonnement impossible de confondre notre maison du 2300, Jackson Street avec un château. Avec ses deux petites chambres, son salon, sa cuisine et sa salle de bains, elle n’était pas beaucoup plus grande qu’un garage. Cependant, je ne pense pas que l’un des enfants ait été malheureux de grandir dans un espace si exigu.

JERMAINE : Pour moi, ce qui est petit est joli. C’est entre autres parce que nous avons partagé une petite maison que la famille Jackson est soudée aujourd’hui.

Le simple aspect mathématique de nos conditions de vie – onze êtres humains dans une maison de trois pièces – faisait de nous une curiosité locale. Les collègues de Joe chez Inland Steel étaient eux aussi fascinés par la taille de notre famille.

« Joe, tu as tellement d’enfants que vous devez sûrement dormir à tour de rôle ! » le taquinaient-ils.

Alors, comment arrivait-on à faire rentrer neuf enfants et deux adultes dans une minuscule maison ? Sacrée énigme, n’est-ce pas ?

Réponse : avec un peu d’ingéniosité.

On a donné aux garçons l’une des chambres. On leur a acheté un triple lit superposé. Tito et Jermaine dormaient dans le lit du haut, Marlon et Michael dans celui du milieu et Jackie en bas. Donc ça leur offrait un peu d’intimité ; Tito et Jermaine, tout comme Marlon et Michael, dormaient tête-bêche. Quand Randy a été un peu plus grand, il a dormi sur le deuxième canapé du salon.

JERMAINE : Partager une chambre avec mes frères, c’était génial. On parlait pendant au moins une heure avant d’aller se coucher. On était tous dans nos lits et on n’avait même pas besoin de se regarder pour avoir une conversation sérieuse.

Joe et moi avons pris l’autre chambre. C’était juste assez grand pour y mettre un lit, une armoire et une commode. Quand on avait un bébé, on arrivait d’une manière ou d’une autre à y caser aussi un couffin.

Les filles dormaient sur un clic-clac dans le salon. En fait, Rebbie n’a jamais eu sa propre chambre.

REBBIE : Je connaissais une fille de l’autre côté de la rue qui partageait sa chambre avec sa sœur. Je me disais ‘Wow, ça doit être génial d’avoir une moitié de chambre bien à soi’. Mais je n’ai jamais regretté de ne pas avoir ma propre chambre. Mon état d’esprit était plutôt ‘J’ai quelque chose que mon amie n’a pas: l’amour de ma mère’.

De temps en temps, Rebbie dormait dans ma chambre. Quand Joe travaillait de nuit – chose qu’il faisait souvent pour gagner un dollar de plus par heure – elle et LaToya se serraient dans le lit avec moi. ‘Je dors avec Maman ! Je dors avec Maman !’ s’exclamaient-elles. Parfois, un ou deux garçons le faisaient aussi, même si je n’avais qu’un lit deux places.

Avoir une seule salle de bains obligeait tout le monde à se soumettre à la « règle des quinze minutes » le matin. Si quelqu’un – en général, c’était Jackie – y passait plus longtemps que ça, il se faisait rappeler à l’ordre par ses frères.

Avoir une seule salle de bains signifiait aussi que les bains se prenaient à plusieurs. Quand Jackie, Jermaine et Tito étaient petits, je les baignais ensemble.

Michael et Marlon étaient aussi des copains de baignoire ! Quand ils avaient respectivement 3 et 4 ans, ils ont été les héros de mon anecdote de bain préférée : un soir d’été, tandis que je remplissais la baignoire, impossible de les trouver. Pensant qu’ils jouaient dehors, je suis sortie et je les ai appelés. Mais ils n’étaient pas dehors non plus. Inquiète, je suis retournée dans la maison pour regarder partout de nouveau. Ils étaient là encore introuvables.

Finalement, j’ai passé la tête dans la salle de bains. A mon plus grand soulagement, c’est là que je les ai trouvés. Ils étaient entrés dans la salle de bains pendant que j’étais en train de les chercher dehors, étaient montés dans la baignoire et s’étaient endormis !

Notre cuisine aurait été exiguë même si nous n’avions pas eu notre table chromée et nos chaises dedans. On a fini par détruire le mur séparant la cuisine de la buanderie pour me laisser plus d’espace pour manœuvrer.

Notre salon était juste assez grand pour accueillir deux canapés, deux chaises, une télévision et une chaîne stéréo.

Quant au garage… nous n’en avions pas. De ce fait, en hiver, Joe devait racler tous les matins la neige accumulée sur le pare-brise de sa Buick.

Dans notre vie au 2300, Jackson Street, il y avait une autre énigme et elle s’énonçait en ces termes: comment fait une grande famille pour s’en sortir avec de petits revenus ? Et je dis bien « petits revenus ». Je me souviens avoir regardé les premiers chèques que Joe recevait de Inland Steel chaque semaine et y avoir lu un montant de cinquante-six dollars. La réponse, évidemment, c’est que Joe et moi faisions des économies autant que possible.

Durant nos cinq premières années à Gary, nous n’avions même pas de téléphone. Une voisine, Margaret Penson, a eu la gentillesse de me laisser passer et recevoir des appels sur son téléphone.

Sortir au restaurant ou au cinéma était inenvisageable. Nous avons finalement réussi à acheter une télévision en 1953 grâce à un paiement échelonné et la télé est devenue notre principal divertissement familial le soir.

La majeure partie de nos revenus était consacrée aux premières nécessités: les vêtements et la nourriture.

Je fabriquais une partie de nos vêtements moi-même, surtout des chemises pour Joe et des tenues pour Rebbie et Jackie quand ils étaient petits. Quand je faisais des achats, c’était généralement à l’Armée du Salut.

A maintes reprises, le matin, pendant le printemps et l’été, je m’y suis rendue pour profiter des derniers dons. Parfois, Jackie, Tito et Jermaine m’accompagnaient. J’appréciais leur présence mais j’aimais encore plus leur rapidité: les premiers à franchir la porte obtenaient les meilleurs articles. A cause mon boitement, les autres femmes me passaient devant donc je comptais sur les garçons pour obtenir les chemises et les pantalons « neufs » en premier.

JERMAINE: Evidemment, parfois on dépassait sans s’arrêter le rayon vêtements et on courait à l’étage, là où se trouvaient tous les équipements sportifs.

Récupérer les vêtements de l’aîné était chez nous une chose ordinaire. Je me souviens en particulier d’une veste élimée, une jolie petite Chesterfield avec un col en velours marron et une casquette avec une attache sous le menton. Initialement, elle appartenait à l’un des fils de la belle-sœur de ma belle-sœur. Lorsqu’elle est devenue trop petite pour lui, Jermaine en a hérité. Quand elle est devenue trop petite pour Jermaine, je l’ai donnée à ma belle-sœur pour que l’un de ses fils puisse la porter. Lorsqu’elle est devenue trop petite pour lui, je l’ai récupérée pour Marlon.

Quant à la nourriture, nous cultivions nous-mêmes ce que nous pouvions. Notre jardin se situait sur un terrain de Gary appartenant à mon beau-père. Joe s’occupait des plantations et je me chargeais de la récolte.

Nous achetions aussi des produits directement aux fermiers du voisinage, à Crown Point. Joe, nos enfants les plus âgés et moi-même choisissions ce que nous voulions : des poires, du maïs, des haricots à écosser et bon nombre d’autres légumes. C’était amusant. Ce qui l’était moins, c’était quand les enfants devaient tout éplucher et en faire des conserves. La simple vue d’un bocal de conserve ou d’un sac congélation rendait Rebbie malade.

Bien entendu, nous faisions aussi des courses à l’épicerie. J’y achetais les aliments de base – la farine, la semoule de maïs, la levure, le sucre, les œufs, le riz et les haricots – et je préparais nos repas à partir de rien. Après que nous ayons acheté un frigo, Joe essayait aussi de trouver des entrecôtes bon marché pour l’hiver.

Nous mangions simplement. Les petits pains frits étaient l’un des plats préférés des enfants pour le déjeuner. Ils trempaient les petits pains dans un sac contenant du sucre puis les mangeaient accompagnés de soupe à la tomate. Les sandwiches aux œufs étaient un autre menu ordinaire au déjeuner. Une douzaine d’œufs suffisait à préparer une salade pour tout le monde.

Pour le dîner, les croquettes de maquereau avec du riz avaient du succès. Je ne pouvais pas me permettre d’acheter du saumon.

Pour le dessert, nous dépensions une fortune pour faire des cobblers aux pêches (Note : dessert traditionnel américain), des tartes aux patates douces et la préférée des enfants : la tourte aux pommes (Note : sorte de beignet contenant des morceaux de pomme cuites à la vapeur).

En général, nous avions suffisamment à manger. Mais parfois, nous étions juste.

REBBIE : A l’approche des jours de paie, la nourriture se faisait rare dans notre maison. Plus d’une fois nous sommes revenus à la maison pour le déjeuner le jour où papa recevait sa paye en trouvant des placards vides. Parfois, nous passions la majeure partie de notre pause-déjeuner à attendre le retour de mon père après qu’il soit allé chercher son chèque. D’une manière ou d’une autre, il arrivait toujours à rentrer à la maison avant qu’on soit obligés de repartir à l’école le ventre vide. Il nous donnait un peu de monnaie et nous courions au magasin du coin pour acheter du Wonder Bread frais (note : célèbre marque de pain de mie) et de la charcuterie. Et nous pouvions manger.

Cependant, il arrivait qu’il n’y ait pas de jour de paie pour nous tirer d’affaire. De temps en temps, Joe était licencié.

Nous aurions pu demander de l’aide mais j’aurais préféré faire des ménages et Joe aurait préféré ramasser des pommes de terre plutôt que vivre des aides sociales. C’est d’ailleurs précisément ce qu’il faisait quand il était sans emploi. Nous mangions des pommes de terre à toutes les sauces : au four, bouillies, en friture et à la vapeur…

Pendant les périodes difficiles, nous n’étions pas du genre à nous laisser abattre et conservions l’espoir que les choses changeraient, un espoir que d’autres auraient pu perdre. Un jour, quand il n’y avait plus rien à manger à la maison, nous avons trouvé une pièce de 25 cents, juste assez pour acheter une baguette de pain.

Tâtonner en quête de monnaie perdue reste l’un de mes souvenirs les plus poignants de Gary. J’en ai d’autres, tous rattachés aux hivers rigoureux de Gary.

Notre maison était mal isolée. Notre seule protection contre le froid était un petit chauffage d’appoint et, plus tard, une chaudière. Et notre four. Lors des nuits particulièrement froides, les enfants et moi nous installions dans la cuisine, portes fermées, assis devant le four. C’était l’endroit le plus chaud de la maison.

Jermaine détestait tellement sortir dans le froid mordant qu’il employait de temps en temps un stratagème pour ne pas aller à l’école… Un stratagème que je n’ai découvert que très récemment.

JERMAINE : Après avoir franchi la porte d’entrée, j’allais simplement à l’arrière de la maison, je grimpais par la fenêtre que j’avais laissée ouverte dans notre chambre et je passais la journée à dormir, à lire et à manger des bonbons dans notre placard. Parfois, Tito se joignait à moi. C’était bien mieux que mourir de froid en marchant jusqu’à l’école.

Les enfants n’étaient plus guère enchantés de me voir quitter la maison avec Joe en hiver.

Quand Joe était du matin chez Inland Steel, ils se réveillaient toujours à quatre heures du matin au son plaintif de la Buick de Joe qui chauffait dehors.

A la fin des années cinquante, après que j’aie trouvé mon emploi chez Sears, Jackie se tenait solennellement près de la fenêtre lorsque je partais le matin.

JACKIE : Les larmes me montaient aux yeux quand je regardais ma mère descendre la rue, braver le froid mordant et la neige. Je la suivais du regard aussi longtemps que je pouvais, espérant qu’elle ne glisserait pas et qu’elle ne tomberait pas.

Tous mes souvenirs de l’hiver ne sont pas tristes, loin de là. Après une chute de neige, Jermaine et Tito prenaient leurs pelles et allaient de porte en porte, offrant leurs services pour déblayer les allées et les voies de garage. Ils mettaient leurs gains dans le pot commun et l’argent nous permettait d’acheter de quoi dîner pendant plusieurs jours. Comme je ne pouvais pas étendre le linge en hiver, les aînés le transportaient sur leur luge jusqu’à la laverie et le faisaient sécher là-bas.

Mes enfants ne m’aidaient pas seulement en hiver. Chacun d’entre eux avait son rôle tout au long de l’année pour aider la famille Jackson à traverser les jours et les semaines.

Même si les Jackson étaient baignés d’amour dans notre maison trop petite, Joe et moi vivions dans la crainte permanente des dangers qui les guettaient à l’extérieur.

Peu de temps après notre emménagement à Gary, nous avons entendu qu’un garçon avait été poignardé à mort dans les toilettes du Lycée Roosevelt, situé juste au coin de notre rue. Dès lors, nous avons été hantés par les histoires des enfants de Gary qui avaient mal tourné et se battaient, consommaient de la drogue ou mettaient des filles enceintes.

Nous nous inquiétions en permanence à l’idée d’élever nos enfants dans un tel environnement. Si nous avions de mauvaises impressions sur les gens qui traînaient dans le parc derrière chez nous, nous ne laissions pas nos enfants jouer dehors. Quand nous les laissions sortir, l’un de nous gardait un œil sur eux depuis la maison, toujours vigilant face à un éventuel danger.

Aussi important était-ce pour nous d’écarter physiquement nos enfants des mauvaises influences, nous savions que c’était surtout la seule manière de les élever correctement. Je trouvais une inspiration toute particulière dans l’enseignement des proverbes bibliques : Elève ton enfant comme tu veux qu’il devienne et quand il grandira, il ne s’écartera pas de cette trajectoire.

Pour moi, bien élever mes enfants signifiait d’abord et avant tout leur faire savoir qu’ils étaient aimés. Je soupçonnais fort que si les adolescents difficiles de Gary se mettaient à frapper les autres sous l’effet de la colère, c’était en partie parce qu’ils ne recevaient pas l’amour dont ils avaient besoin en grandissant.

Même si c’était dur pour nous de joindre les deux bouts avec le seul salaire de Joe, je ne regrette pas de ne pas avoir travaillé jusqu’à la naissance de Michael et d’avoir ensuite travaillé seulement à temps partiel. Je pense pas qu’il existe un substitut à l’attention permanente d’une mère pendant les premières années de la vie d’un enfant. J’ai mis un point d’honneur à passer du temps avec mes enfants tous les jours, à leur montrer par des paroles et des câlins à quel point ils comptaient pour moi.

Je crois aussi qu’il est important que les parents laissent leurs enfants vivre à la maison aussi longtemps qu’ils le souhaitent. J’ai déjà entendu des parents s’exclamer « Je serai heureux le jour où mon gamin aura dix-huit ans, je le mettrai à la porte ». Ma position est la suivante : pourquoi veux-tu qu’il parte ? Laisse-le rester. Il n’a pas à être un bébé, il peut quand même être indépendant. L’une des raisons pour lesquelles le monde est ce qu’il est aujourd’hui, je crois, c’est parce que les parents veulent que leurs enfants deviennent indépendants bien trop tôt dans la vie. Les enfants ne savent pas comment gérer leur liberté et ils sombrent dans la drogue, le cambriolage, le vol et le meurtre. Quant à moi, j’aurais été heureuse si mes enfants étaient restés avec moi toute ma vie. Je suis seulement une mère qui aime ses enfants plus que tout au monde.

Mais l’attention d’une maman, je le savais, n’était pas suffisante pour m’assurer que mes enfants suivraient “le droit chemin” en grandissant. C’est pourquoi Joe et moi avons aussi fait en sorte d’instiller en eux un amour de Dieu ainsi qu’un respect pour l’autorité, à commencer par la nôtre.

Pour la religion, c’est moi qui ai pris l’initiative.

Je me suis toujours sentie proche de Dieu. Même lorsque j’étais petite, je récitais ma prière tous les matins, Le remerciant toujours de me donner l’occasion de vivre une nouvelle journée. Pourtant, ce n’est qu’en 1960 que j’ai trouvé une religion à laquelle je me sentais capable de consacrer ma vie, une religion qui a rempli ma vie d’un sens de la paix latent qui perdure encore aujourd’hui.

Tout a commencé par un coup à la porte. La visiteuse faisait du prosélytisme pour les Témoins de Jéhovah.

D’une certaine manière, j’attendais depuis quatorze ans qu’on frappe à la porte, depuis que l’une de mes voisines m’avait invitée quand j’avais douze ans à assister à une étude de la Bible animée par un Témoin. Au cours de cette unique leçon, j’en ai appris davantage sur Dieu que dans toutes les études de la Bible que j’avais pu faire jusqu’alors. J’étais particulièrement intéressée par ce que le professeur avait à dire sur la mort, nous ramenant à la Bible pour justifier l’affirmation des Témoins selon laquelle lorsqu’un homme meurt, il ne sait et ne sent rien.

Et… vous savez à quel point les enfants peuvent s’enthousiasmer. Je suis rentrée à la maison ce jour là en m’exclamant « Maman, l’enfer, brûler pour l’éternité, ça n’existe pas ! »

Mais ma mère ne voulait pas en entendre parler. « Ce n’est pas vrai », m’a-t-elle dit, « et je ne veux pas que tu étudies la Bible là-bas ».

Suite à cela, j’ai commencé ma quête. J’avais déjà eu une mauvaise expérience au sein de l’église baptiste que ma mère et moi fréquentions. La congrégation avait appris que notre pasteur entretenait une relation avec une femme qui vivait en face de chez nous. La moitié de la congrégation est restée avec le pasteur ; l’autre moitié, dont ma mère et moi, a fondé une nouvelle église baptiste.

Après mon mariage avec Joe, j’ai commencé à me rendre dans une église luthérienne avec mes enfants. Mais j’ai appris que le pasteur de celle-ci était coupable de la même faute que mon ancien pasteur baptiste. « Je ne veux pas suivre un leader qui se comporte mal lui-même », me suis-je dit avec écœurement. « Je dois trouver une religion qui prend la Parole de Dieu plus au sérieux ».

C’est pourquoi, lorsque j’ai ouvert ma porte d’entrée et que j’ai vu cette femme des Témoins sur le perron, je l’ai invitée à entrer.

Le premier jour, elle, Joe et moi avons parlé pendant une heure. Ce qui m’a particulièrement impressionnée était le fait que, tout comme le professeur l’avait fait quatorze années plus tôt, elle nous ramenait aux Ecritures pour justifier chaque déclaration qu’elle faisait. Entre autres sujets, nous avons discuté de la croyance des Témoins de Jéhovah en une Apocalypse imminente, de la nécessité pour les croyants d’être des professeurs comme l’était Jésus, en allant porter la bonne parole de maison en maison. A la fin du rendez-vous, Joe et moi avons accepté de débuter l’étude de la Bible à notre domicile.

Ironie du sort, mon professeur pensait au départ que Joe se convertirait avant moi. Joe était enthousiaste et nous allions ensemble faire du « porte-à-porte », le terme qu’utilisent les Témoins pour porter la Parole de Dieu de maison en maison. Mais un jour, il a cessé d’étudier la Bible. « Je ne suis pas vraiment prêt », a-t-il expliqué. Je l’ai accepté. Devenir Témoin est une obligation et ce n’était pas bien pour Joe de se faire baptiser s’il ne voulait pas ou ne pouvait pas s’engager pleinement.

Pour ma part, j’ai quand même poursuivi mes études religieuses avec application. En 1963, trois ans après la première visite de la femme Témoin, j’ai finalement été baptisée. Mon baptême a eu lieu dans la piscine du Lycée Roosevelt, que les Témoins avaient louée pour le rassemblement.

Le fait que Joe ait été impliqué à ce degré là était une bonne chose car il comprenait l’esprit des Témoins de Jéhovah. C’est pourquoi non seulement il a approuvé mon baptême mais il a aussi pris la décision de faire connaître les enseignements des Témoins à nos enfants. Je l’ai fait en organisant des études de la Bible dans notre salon, ainsi qu’en encourageant les enfants à m’accompagner à des réunions à la Salle du Royaume. Mais j’ai fait en sorte de ne pas leur imposer la religion. Quand ils seraient plus âgés, je voulais qu’ils y viennent parce qu’ils voulaient véritablement devenir Témoins.

Cependant, étant donné que les Témoins considèrent Noël, Pâques, Thanksgiving et Halloween comme des fêtes païennes, j’avais le sentiment de devoir respecter cela dans notre foyer. Pour Noël, en particulier, ça a été un changement important pour nous.

Comme beaucoup de familles, le sapin de Noël, les cadeaux et un grand repas faisaient partie des traditions dans notre maison. Je restais debout toute la nuit la veille de Noël pour préparer le souper. Je cuisinais une dinde avec toute une garniture, un jambon, des feuilles de chou, des haricots, des macaronis au fromage, de la salade et, pour le dessert, des tartes aux patates douces et le dessert préféré de Joe : un cake aux bananes et aux noix. En général, j’étais encore dans la cuisine à cinq heures du matin le jour de Noël, quand les enfants se réveillaient et venaient en courant dans le salon pour ouvrir leurs cadeaux.

Même si nous avons continué à célébrer Noël de manière plus modeste pendant plusieurs années, les enfants ont compris qu’à l’avenir, ils recevraient de moins en moins de cadeaux. Finalement, une année, je leur ai annoncé : « Cette année, nous n’allons pas faire de sapin, nous n’allons pas échanger de cadeaux, nous n’allons pas fêter Noël du tout ». Ils l’ont bien pris parce qu’à cette période, ils avaient commencé à s’intéresser aux enseignements des Témoins.

Concernant l’instauration d’une certaine autorité parentale dans notre foyer, je pourrais résumer mon attitude et celle de Joe en quelques mots : j’étais stricte ; Joe l’était encore plus.

J’ai hérité mon côté strict de ma mère. Elle établissait des règles qu’Hattie et moi devions suivre et qui, à l’époque, nous paraissaient extrêmement dures. Parmi elles, la plus importante exigeait que nous soyons rentrées à la maison après nos « soirées bleues » pas plus tard que 22h. Si nous n’étions pas de retour à temps, on la voyait arriver vers 22h15 ou 22h30 et elle demandait devant tout le monde « Pourquoi n’êtes-vous pas rentrées à la maison ? ».

« Oh, mon Dieu, nous avons oublié », répondions-nous humblement, que ce soit justifié ou pas. Nous étions tellement gênées…

Mais projetez-vous dans le temps des années plus tard, quand est venu pour Joe et moi le temps de fixer nos règles pour nos enfants… Nous étions encore plus stricts que ma mère l’avait été, établissant un couvre-feu à 21h. Cependant, j’étais souple. Si nous étions par une chaude nuit d’été et que les enfants voulaient rester dehors, je les y autorisais, du moment que j’étais également dehors, assise sur le perron ou passée voir une voisine.

En terme de discipline, le principal message que je donnais à mes enfants était le suivant : « Je te traiterai avec respect. Je ne te crierai pas dessus et ne te menacerai pas. En retour, tout ce que je te demande est de me traiter avec respect ». S’il y a bien une chose que je ne supporte pas, c’est un enfant impertinent.

REBBIE : J’avais quinze ans à l’époque. Maman et moi transportions notre machine à laver depuis le porche jusque dans la cuisine, à côté de l’évier. Elle n’arrêtait pas de me dire « Pousse ! Pousse ! Pousse !”, je poussais aussi fort que possible et, à un moment donné, exaspérée, j’ai fini par exploser: “Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Que je lui fasse traverser l’évier ?! » Elle m’a giflée pour lui avoir parlé sur ce ton. De nos jours, quand on donne un peu trop de fessées à un enfant, les gens appellent ça de la maltraitance. Cependant, je suis favorable aux châtiments corporels, même pour une personne de quinze ans. Dieu sait si lorsque je me comportais mal à l’adolescence, ma mère n’hésitait pas à me corriger. Je pense qu’on devrait apprendre aux enfants à craindre la désobéissance, à penser « Si je fais ça ou que je ne fais pas ça, je vais devoir m’expliquer auprès de ma mère et de mon père ».

En réalité, j’ai rarement eu besoin de donner des fessées à mes enfants. En général, ils étaient gentils avec moi et comme j’avais un tempérament doux, il en fallait beaucoup pour me mettre en colère. Même quand cela m’arrivait, parfois je me contentais de me mordre la lèvre ce qui, par la suite, ne manquerait pas d’amuser mes enfants. « Kat est furieuse ! Regardez-la ! », disait Michael. “Kat” est le surnom qu’il me donne.

A l’inverse, Joe était nerveux. De temps à autre, je trouvais qu’il tapait trop fort sur les enfants ou trop longtemps. Dans de telles circonstances, je lui demandais de se calmer.

Parfois, je ne l’informais pas des bêtises que faisaient les enfants si j’estimais qu’il allait réagir d’une manière que je n’approuvais pas. Un jour, j’ai acheté une nouvelle molette de réglage pour la télévision afin qu’il ne sache pas qu’un (ou plusieurs) des enfants avaient cassé la vieille et, pire encore, n’avait pas avoué son acte (Note : sur les vieux téléviseurs, il n’y avait pas de télécommande mais un bouton permettant la sélection des chaînes). Dans une telle situation, sa méthode aurait été d’aligner les enfants les uns à côté des autres et de leur donner à tous une fessée. (Ce n’est que des années plus tard que Rebbie a avoué qu’elle et Jackie étaient les coupables. Jackie avait voulu regarder un évènement sportif tandis que Rebbie insistait pour voir un « merveilleux film romantique ». Ils avaient continué à tourner la molette et elle avait fini par casser.

Je désapprouvais aussi fortement une autre méthode de Joe : effrayer les enfants pour les faire réfléchir. Plus d’une fois, Joe a revêtu un masque d’Halloween et est entré par la fenêtre dans la chambre des garçons pendant qu’ils jouaient. A chaque fois, les enfants prenaient Joe pour un cambrioleur et s’enfuyaient en hurlant dans le salon.

« Joe, comment peux-tu effrayer les enfants à ce point ! », m’exclamais-je.

« Kate, j’ai répété maintes fois à toi et aux enfants de garder les fenêtres fermées la nuit », répondait-il. « Je voulais juste vous faire prendre conscience de la facilité avec laquelle n’importe qui peut rentrer dans notre maison. La prochaine fois, ça pourrait être quelqu’un d’autre que moi ».

(Même si Joe essayait sincèrement d’agir dans ce but, le fait est qu’il prenait beaucoup de plaisir à faire peur aux gens, y compris à sa femme. Je n’étais pas à l’abri qu’il se cache dans le placard à balais et qu’il m’attrape la main quand je m’apprêtais à saisir le balai. « Joseph, je déteste quand tu fais ça », m’exclamais-je).

Joe était dur avec les enfants d’autres manières. Il avait décrété que nos deux aînés, Rebbie et Jackie, n’avaient pas le droit d’avoir des rendez-vous amoureux ; et il faisait son possible pour que les enfants ne restent pas à la maison un jour d’école. Parfois, l’un des enfants se plaignait : « Je suis malade et je ne veux pas aller à l’école ».

Joe répondait : « Amène l’huile de ricin. »

Et si le petit insistait pour rester à la maison, il lui en faisait boire.

Des années plus tard, Jermaine m’a confié : « Maman, il m’est souvent arrivé d’aller à l’école malade uniquement parce que je ne voulais pas boire cette huile de ricin ».

Je ne vais pas prétendre que les techniques éducatives de Joe et sa brutalité étaient populaires auprès des enfants. A ce jour, il existe des désaccords entre eux au sujet des méthodes de Joe.

MARLON : Je ne pense pas que les fessées soient nécessaires. Je crois plutôt à l’emploi d’un ton ferme. C’est ce moment de souffrance que vous infligez à un enfant qui lui fait changer d’avis sur vous.

Dans la plupart des familles de notre quartier, les enfants se faisaient frapper ; c’était le système. Ils étaient dehors à jouer avec leurs amis et si quelque chose n’était pas fait, le père arrivait avec une ceinture. Bam, bam, bam. Ils couraient dans leur maison en pleurant et leurs amis riaient. Le lendemain, c’était aux autres de vivre la même chose et à eux de rigoler.

Toutefois, la majorité de mes enfants ont fini par comprendre voire par approuver la discipline imposée par Joe.

JERMAINE : Je suis heureux que notre père nous ait élevé comme il l’a fait. La raison pour laquelle nous sommes devenus ce que nous sommes, c’est parce que ma mère nous a donné tout l’amour dont nous avions besoin tandis que mon père nous a permis de rester dans le droit chemin. Si nous n’avions reçu que de l’amour, nous aurions été gâtés et nous aurions probablement eu des ennuis en volant ou en faisant autre chose d’illégal parce que nous aurions été habitués à obtenir tout ce que nous voulions.

JACKIE : Oui, mon père était strict mais je ne pense pas qu’il ait été trop strict. En élevant six garçons à Gary, comment aurait-il pu être trop strict ? C’est intéressant de voir que les médias ne semblent pas avoir envie de connaître les choses positives que mon père a faites pour nous, comme le fait qu’il emmenait mes frères et moi faire du camping et des parties de pêche le week-end.

TITO : Ou le samedi, il sortait ses gants de boxe et nous donnait (ainsi qu’à quelques voisins) des cours de boxe devant la maison. « Les garçons, vous devez savoir vous défendre », nous disait-il.

REBBIE : Ou en nous montrant qu’il nous aimait à travers plein de petites attentions, par exemple en rentrant du travail avec un gros sac de beignets quand il travaillait dans l’équipe du soir. Ou en faisait des glaces pour nous. Avant que Gary ne devienne trop polluée, il sortait et ramassait de la neige fraîchement tombée pour en préparer.

TITO : Compte tenu de ce qu’il a fini par faire de moi, je considère mon père comme l’un des hommes les plus grands du monde, peu importe comment il l’a fait. Je suis heureux aujourd’hui. La vie ne se résume pas à l’enfance.

Aussi appliqués étions-nous, Joe et moi, à élever nos enfants correctement et à veiller à leur sécurité, nous savions que nous ne pouvions totalement les isoler des dangers de Gary. L’idée qu’un ou plusieurs d’entre eux puisse devenir la victime innocente d’un crime violent nous rongeait. Finalement, en 1960, nous avons décidé de déménager.

Mais où aller ? Notre rêve californien était toujours présente mais nous n’avions pas l’argent nécessaire pour financer un voyage de repérage là-bas.

Pour finir, nous avons arrêté notre choix sur Seattle. Nous avions entendu dire que la ville était très belle et la sœur d’un ami a proposé de nous héberger le temps que nous trouvions un travail.

J’ai informé ma mère de nos projets et elle a accepté de rester avec les enfants en notre absence.

Nos "au revoir" aux enfants ont été joyeux. J’ai appris plus tard que les larmes n’avaient pas coulé sur leurs joues jusqu’à ce que nous ayons franchi la porte.

J’ai moi-même versé quelques larmes lorsque Joe et moi avons pris la route. Je n’avais jamais été séparée de mes enfants auparavant et je détestais les quitter. Mais j’étais heureuse, aussi, de savoir que notre vie Gary touchait à sa fin.

Mais quatre-vingts kilomètres après avoir quitté Gary, notre Buick s’est immobilisée et Joe a dû la pousser sur le côté de la route.

« On a cassé le joint d’huile », a-t-il annoncé d’un air grave après avoir scruté l’intérieur du capot. « Je suis désolé, nous allons devoir faire demi-tour ».

J’étais assommée. “Je savais que l’idée de partir à Seattle était trop belle pour être vraie », ai-je déclaré.

Joe est parvenu à rentrer à la maison avec la Buick. Quand les enfants nous ont vu nous engager dans l’allée, ils sont sortis en courant de la maison. Ils étaient surexcités de nous voir revenir.

Nous n’avions pas d’argent pour faire réparer la Buick. « Eh bien, dans ce cas nous resterons à Gary. Ce n’est pas le moment de déménager », avons-nous conclu.

Mais l’année suivant n’était pas le bon moment non plus. Nous n’en avions tout simplement pas la force. Ni l’année suivante. Ni l’année d’après. En réalité, ce n’est que lorsque les Jackson 5 ont commencé à connaître le succès en 1969 que nous avons fini par quitter Gary.

Rétrospectivement, je suis heureuse que nous soyons restés, heureuse de cette peur du crime et de tout le reste. Si nous avions mené à bien notre déménagement, les garçons n’auraient pas autant chanté dans la maison parce qu’ils auraient pu jouer dehors en toute sécurité. Joe et moi n’aurions pas été si motivés à développer leurs talents naissants de chanteurs et de danseurs parce que nous aurions eu de meilleurs emplois. Et nous n’aurions pas rencontré les gens qui ont aidé mes garçons à lancer leur carrière.

En bref, je ne serais pas en train d’écrire ce livre parce que la success story de la famille Jackson ne serait jamais arrivée.
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:47

Chapitre 4 – La route vers Motown



On peut faire remonter l’origine des Jackson 5 à une télévision en panne. On était en 1955. La télé en question était notre vieille Muntz en noir et blanc. Notre réparateur, M. Willis, est venu et a essayé de la dépanner mais en vain. « J’ai peur de devoir la garder un moment », a-t-il dit. Au final, M. Willis a gardé notre télévision bien plus qu’un « petit moment ». Mais c’était ma faute. « Ne la ramenez pas maintenant », lui ai-je dit après qu’il l’ait réparée. « Je n’ai pas d’argent pour vous payer ». A ce moment là, Joe et moi traversions une passe difficile financièrement.

A l’époque, nous étions six à la maison : Rebbie avait 5 ans ; Jackie, 4 ; Tito, 2 ; et Jermaine était bébé. Dépendante de la télé comme je l’étais pour que mes enfants se divertissent le soir, j’ai soudainement dû faire face au défi de les occuper d’une autre manière. J’ai alors décidé de chanter avec eux. Je pensais pouvoir leur interpréter quelques chansons tout en repassant, en cousant ou en faisant la vaisselle.

J’ai commencé à leur apprendre les titres que je chantais avec mon père : « Cotton Fields », « She’ll Be Coming ‘Round the Mountain », « Wabash Cannonball ». Les enfants ont aimé ces séances de chant dès le premier jour. Même le tout petit Jermaine s’agitait dans sa chaise au son de nos voix s’élevant en harmonie.

JACKIE : La première fois que j’ai entendu ma mère se laisser aller à interpréter une chanson country, j’ai été impressionné. Mon Dieu, elle sait vraiment chanter, ai-je pensé. C’est comme ça que tout a commencé pour mes frères et moi… En chantant en harmonie derrière elle.

Nos séances de chant dans le salon sont devenues une tradition pour la famille Jackson. Cependant, à l’époque, je n’ai jamais rêvé un seul instant d’apprendre à mes enfants à se produire ensemble, pas même au début des années 60, quand le « Son Motown » a commencé à rivaliser dans le cœur des enfants avec mes chansons country préférées.

JACKIE : La maison de disques Motown a explosé avec un son que tout le monde – Noirs et Blancs – adorait. C’était un son qui rassemblait les gens.

Motown a très certainement rapproché les aînés de la radio. Ils étaient suspendus à l’écoute de la station WWCA tous les jours, écoutant les dernières musiques sorties sur le label de Detroit fondé par le compositeur et producteur Berry Gordy.

REBBIE : On guettait aussi le moindre mot du D.J. annonçant une apparition des Miracles, des Temptations ou d’un autre groupe Motown à Chicago. Nous mourions d’envie de les voir, même si, évidemment, nous ne pouvions pas nous le permettre. Malgré tout, plus le ton du D.J. était animé, plus nous étions surexcités.

Dès que les enfants entendaient un nouveau disque, ils mettaient en commun leurs piécettes ou me suppliaient de leur donner un peu d’argent et se précipitaient dans le petit magasin de disques situé de l’autre côté de la rue Roosevelt High pour l’acheter. Evidemment, quand ils ramenaient le single à la maison, ils voulaient le mettre dans la chaîne stéréo immédiatement et danser en chaussettes dessus. J’étais heureuse d’autoriser leurs « bonds en chaussettes » dans le salon, surtout quand je venais de cirer le sol en formica. Leur danse permettait au sol de rester brillant pendant des jours !

REBBIE : Nous adorions la danse : le jerk, le Mashed Potato, le Walk, le Pony, le Four Corners…

Longtemps avant d’avoir entendu le mot Motown, Rebbie et Jackie étaient des stars de la danse dans le quartier. Quand ils avaient respectivement 5 et 4 ans, ils ont commencé à gagner des concours de danse dans des fêtes de quartier.

Rebbie aimait tellement la danse qu’elle dansait toute la journée dans la maison après avoir fini ses corvées ménagères. « Maman, comment peux-tu rester assise ? », m’a-t-elle dit plus d’une fois quand une chanson de Motown particulièrement bonne passait à la radio. « Tu n’as pas envie de bouger ? » Elle est encore comme ça aujourd’hui. Quand un technicien lui a apporté une chaise à l’un des concerts de Michael au Madison Square Garden en 1988, elle a répondu « Non, je vais danser ». Elle a dansé dans les coulisses pendant tout le concert.

En fait, à l’exception de Marlon, tous mes enfants semblaient nés pour aimer la danse. Marlon a dû travailler dur en danse, ce qui a payé car aujourd’hui, c’est un excellent danseur lui aussi.

Mais mes aînés ne se contentaient pas de danser au rythme des chansons de Motown. Ils voulaient les chanter, aussi. Et c’est ce qu’ils faisaient, entre eux, dans leur chambre.

JACKIE : Au début, Tito, Jermaine et moi faisions juste les imbéciles en essayant d’apprendre les chansons à la radio. Mais d’un seul coup, nous sommes devenus bons, suffisamment bons pour que les gens qui passaient près de notre maison s’arrêtent pour nous écouter. Il arrivait même qu’ils s’assoient sur la pelouse. A l’époque, nous avions des moustiquaires sur les fenêtres et ils nous entendaient vraiment bien parce que nous faisions beaucoup de bruit. A partir du moment où nous avons capté leur attention, nous savions que quelque chose était en train de se produire…

Moi aussi, ils avaient capté mon attention. Celle de Rebbie également. « Maman, regarde mes bras ! J’ai la chair de poule juste en les écoutant chanter ! » s’est-elle un jour exclamée. Un autre jour, je l’ai trouvée en larmes devant leur chambre parce qu’elle trouvait leurs voix magnifiques.

Comme je l’ai mentionné, l’augmentation de la criminalité à Gary a, ironie du sort, joué un rôle dans leur évolution en tant que chanteurs. Il est arrivé à de nombreuses reprises que Joe et moi soyons obligés de « punir » nos enfants, pas parce qu’ils avaient fait une bêtise mais parce que nous avions repéré des individus indésirables traînant dans le parc derrière la maison. Jackie, Jermaine et Tito ont souvent tiré profit de ces moments en continuant à perfectionner leurs versions des tubes Motown du moment dans leur chambre. Certains soirs, quand les conditions de sécurité le leur permettaient, ils chantaient dehors, au coin de la rue, sous les lampadaires.

JACKIE : Nous aimions chanter dehors, l’harmonie était meilleure à cause de l’écho.

Ils s’amélioraient, encore et encore. Un jour, ils m’ont annoncé : « Maman, nous allons passer à la télé, comme les Temptations ». Quand Michael, âgé de 4 ans, a commencé à joindre sa voix à la leur, je me suis mise à penser : « Eh bien, oui, ils semblent avoir du potentiel ».

J’étais suffisamment enthousiasmée par leur chant pour demander à Joe de les écouter. Etant donné que Joe cumulait à l’époque deux emplois (il travaillait le soir à Inland Steel et le jour à American Foundries), il ne les avait pas encore entendu chanter. Mais Joe ne s’est pas montré très réceptif. « Kate, je n’ai pas le temps maintenant », m’a-t-il dit.

Cependant, Joe a pu goûter au talent musical de ses fils lorsqu’il a entendu Tito, 8 ans, jouer de la guitare pour la première fois. Il y a une histoire qui circule au sujet de la façon dont Tito en est arrivé à « auditionner » devant son père.

Joe avait instauré une règle : aucun de ses enfants n’avait le droit de toucher à sa guitare, qu’il conservait dans un étui dans le placard du couloir. Mais Tito a commencé à sortir la guitare quand même, pendant que Joe était au travail, et à apprendre seul à en jouer. « Tu sais ce que ton père a dit », le grondais-je quand je le surprenais. Mais je n’ai jamais forcé Tito à remettre la guitare en place parce que j’approuvais intérieurement son initiative. J’ai aussi fait l’éloge de son talent naissant pour la guitare auprès de son père, qui s’est empressé de donner à Tito une guitare faite maison (Note : il était courant, lorsque les familles n’avaient pas les moyens d’acheter de vraies guitares aux enfants, qu’elles en fabriquent à l’aide d’une boîte à cigares ou à chaussures).

Tito et Luther – le frère de Joe – jouaient ensemble quand Luther venait nous rendre visite. Mon fils a rapidement fait des progrès.

Puis un jour, Tito a cassé une corde. N’ayant pas l’argent nécessaire pour acheter une nouvelle corde, il a décidé de sortir la guitare de Joe. Je l’ai vu le faire mais je n’ai rien dit. Tito a alors cassé une corde sur la guitare de Joe. Il a remis la guitare dans son étui dans le placard et s’est préparé à faire face aux conséquences.

Quand Joe a vu la corde cassée, il a aussitôt confronté les garçons. « Qui a fait ça ? » a-t-il demandé en soulevant sa guitare qui ne comptait plus, désormais, que cinq cordes. « Tito », ont immédiatement répondu ses frères. A ce moment, j’ai pris la parole. « J’ai donné à Tito la permission de prendre la guitare », ai-je menti. Joe m’a regardée. « Pourquoi lui as-tu donné la permission alors que j’ai dit aux enfants qu’ils ne pouvaient pas toucher à la guitare ? » a-t-il tempêté. « Tu l’encourages à désobéir ! »

Joe s’est tourné pour faire face à Tito. « Tito, assieds-toi », a-t-il ordonné. « Je veux voir si tu sais jouer de la guitare ». Tito a calmement obtempéré et a joué quelques-uns de ses riffs préférés. Joe n’a pu dissimuler sa surprise. “Eh bien, on peut dire que tu sais jouer”, a-t-il déclaré.

Peu de temps après, Joe est revenu à la maison en tenant un cadeau surprise pour Tito derrière son dos : une guitare électrique rouge vif.

« Sérieusement, Joe, les garçons ont du talent ! » lui ai-je répété. « Je veux que tu les écoutes ! ». Finalement, Joe les a « auditionnés » à leur tour. « Ils savent chanter » a-t-il admis après les avoir écoutés. « Mais je n’ai toujours pas le temps de travailler avec eux ».

Peu de temps après, j’ai reçu un coup de fil complètement inattendu d’une femme prénommée Evelyn Leahy qui a confirmé mon intuition que les garçons avaient un certain talent musical.

D’une manière ou d’une autre, elle avait entendu dire qu’ils chantaient et elle m’a demandé s’ils étaient intéressés par une prestation lors d’un défilé de mode pour enfants qu’elle allait organiser dans un centre commercial de Glen Park, dans la banlieue de Chicago. Je lui ai déclaré que j’allais leur demander ; ils ont hésité une seconde avant de répondre « oui ! ». Jusqu’à cette date, la seule fois où ils avaient chanté pour d’autres personnes, c’était pour des proches au domicile de l’un des cousins de Joe.

J’ai ensuite eu une conversation lourde de conséquences avec Evelyn Leahy : « Quel nom de scène se donnent les garçons ? », a-t-elle demandé. « Je veux marquer leur nom sur les prospectus ». « Oh, nous n’avons pas encore trouvé de nom », ai-je répondu. « Mais j’ai pensé à ‘Jackson Brothers Five’ ». Marlon voulait lui aussi faire partie du groupe.

Evelyn Leahy a réfléchi un moment puis elle a suggéré : « Que pensez-vous plutôt des ‘Jackson Five’ ? Vous savez, ça sonne beaucoup mieux ».

Mlle Leahy a demandé aux garçons de préparer trois chansons de leur choix. Pendant qu’ils répétaient les morceaux seuls, je me suis auto-désignée "costumière officielle". J’ai décidé de les habiller avec des pantalons noirs et des chemises rouges portant l’inscription « J5 » et une croche brodée en bleu sur la poche poitrine. Cecille Roach, une femme jamaïcaine qui vivait un peu plus loin dans le quartier, s’est chargée de faire la broderie à ma place.

Le jour du défilé, nous nous sommes entassés dans les voitures de Joe et de son frère Luther et sommes partis pour Glen Park.

Nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre quand nous sommes arrivés au centre commercial. Il s’est avéré que le cadre n’était pas aussi impressionnant que ce que nous aurions aimé pour les débuts des garçons en public : une scène avait été installée au milieu du magasin et il n’y avait pas une seule chaise pliante en vue. La clientèle devrait regarder le spectacle debout.

Quelques groupes d’enfants partageaient l’affiche avec les garçons. Après la prestation d’un duo mixte de danseurs, ça a été le tour des Jackson 5. Parmi les chansons qu’ils ont interprétées, il y avait un tube du moment, « Doin’ the Jerk » des Larks. Jermaine chantait la mélodie principale tandis que les autres faisaient les chœurs. Quant à l’instrumentation, Jermaine jouait la ligne de basse sur la guitare de Joe ; Tito grattait sa guitare électrique ; Jackie frappait un tambourin ; et Michael tapait sur les bongos. Marlon dansait.

JACKIE : J’étais mal à l’aise. Je n’étais tout simplement pas prêt à me produire sur scène dans un centre commercial devant mes amis, dont quelques filles que j’aimais bien. D’un seul coup, nous étions en train d’interpréter notre première chanson et j’ai vu les clients affluer vers nous et nous fixer. Tout cela était un peu bizarre.

Debout tous les deux dans le public, je sentais que Joe était nerveux. Comme s’il les coachait, il articulait silencieusement les paroles de chacune des chansons. Pour ma part, je n’étais pas nerveuse. Juste fière. Et juste un peu excitée à l’idée que, peut-être, juste peut-être, c’était le début de quelque chose de grand pour les garçons.

Gênés ou pas, les garçons s’en sont bien sortis. La foule les a récompensés par un tonnerre d’applaudissements à la fin de leur numéro. « Dans peu de temps, vous vous produirez dans des endroits plus sympathiques », me suis-je surprise à leur dire sur le chemin du retour.

Peu de temps après, la belle-sœur de Joe, Bobbie Rose Jackson, a fait une suggestion qui allait lancer les Jackson Five sur la voie de la musique. « Pourquoi n’inscris-tu pas ces enfants au concours de jeunes talents du lycée Roosevelt ? », a-t-elle demandé. Diplômée de Roosevelt, elle a expliqué que le concours annuel était principalement composé d’étudiants de Roosevelt mais que les participants plus jeunes étaient aussi les bienvenus. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’était la première fois que j’entendais parler du concours, alors que Joe et moi vivions dans le quartier depuis quinze ans. J’ai rapidement appris que le spectacle faisait partie d’un programme local destiné à identifier les jeunes talents prometteurs.

Les gagnants du concours de Roosevelt et des concours de jeunes talents organisés dans d’autres lycées de Gary s’affrontaient ensuite lors de l’Annual Talent Search (Note : Recherche de Talents Annuelle) qui se tenait au stade Gilroy. Au terme de l’Annual Talent Search, on désignait le jeune groupe musical n°1 de l’année à Gary.

J’étais entièrement pour que les Jackson Five participent à la compétition. Il en allait de même pour Joe et les garçons. Deux mois plus tard, Bobbie Rose m’a téléphoné pour m’informer que les auditions pour le concours allaient avoir lieu prochainement. Les garçons se sont mis au travail. Ils étaient centrés sur leur objectif.

« Qui pouvons-nous trouver pour jouer de la batterie ? » ont-ils demandé. Ils ont décidé que de simples bongos et un tambourin ne feraient pas office de percussions cette fois-ci. Un garçon du quartier, Milford Height, venait juste de recevoir une batterie donc ils l’ont recruté.

Même si Joe avait désormais exprimé son désir de commencer à faire travailler les garçons, il était encore trop occupé pour être d’un grand secours. Donc j’ai donné deux ou trois indications aux garçons pendant qu’ils répétaient eux-mêmes.

Pour leurs deux numéros, ils se sont décidés pour « My Girl », un gros hit des Temptations à l’époque et pour une mélodie qu’ils avaient eux-mêmes composée pour présenter chacun des frères. Cette dernière était au départ conçue comme une vitrine pour les talents de danseur de Michael, âgé de six ans.

Pendant que les garçons répétaient leur numéro, j’ai eu le temps de créer un autre ensemble de costumes. J’ai opté pour des chemises blanches avec des nœuds papillon rouges, des ceintures rouges et des pantalons noirs. J’ai acheté les chemises et fabriqué les ceintures.

Les Jackson 5 ont réussi haut la main l’audition de Roosevelt. Ils ont certainement aussi fait grande impression sur le concours.

JERMAINE : Finalement, le jour du concours de jeunes talents est arrivé. Nous étions sur le point d’y aller quand nous avons décidé de vérifier une seconde fois nos instruments, pour s’assurer qu’ils étaient accordés. A notre grande stupeur, nous avons découvert que les guitares et la basse avaient été trafiquées ; elles étaient désaccordées. « Quelqu’un ne veut pas qu’on gagne », ai-je dit. Nous avons rapidement ré-accordé les instruments et avons attendu dans les coulisses que notre nom soit appelé.

Les garçons ont commencé par « My Girl », avec Jermaine qui chantait la mélodie principale. Les applaudissements étaient forts et soutenus. Puis les garçons se sont lancés dans leur morceau original.

JACKIE : Quand nous sommes parvenus à emmener la foule exactement où nous voulions qu’ils soient, Michael a lâché ses bongos, s’est installé au centre de la scène et s’est mis à imiter James Brown. Il a conquis tout le monde.

Ce soir là, nous étions très excités de revenir à la maison avec le trophée des vainqueurs. Nous n’avions pas l’argent nécessaire pour organiser une grande fête mais nous avons joyeusement marqué le coup par un festin de glace.

Ce qui rendait la victoire des Jackson 5 encore plus spéciale pour nous était le fait que les garçons avaient battu une multitude d’artistes talentueux. Deniece Williams, l’une des chanteuses à l’affiche, arriverait elle-même en tête des charts des années plus tard avec « Let’s Hear It For The Boy ».

REBBIE : Je pense que les concours de jeunes talents étaient fortement liés au fait que notre quartier – et Gary en général – devenait le berceau de bon nombre de jeunes talents. Les enseignants encourageaient toujours les enfants à auditionner. Quand un groupe de jeunes s’inscrivait, les autres le faisaient aussi parce qu’ils ne voulaient pas être lésés… La vieille histoire de la compétition… De ce fait, se produire sur scène est devenu très à la mode à Gary.

D’autre part, les enfants ne manquaient pas de sources d’inspiration : le Son Motown était très certainement à son âge d’or. Lorsque je regardais le spectacle, j’avais été frappée par le fait que tous les groupes ou presque avaient un parfum de Motown… Tout le monde, apparemment, complotait pour devenir les prochains Temptations…

JACKIE : Tout le monde s’imaginait que la musique était un ticket de sortie hors de Gary.

Rétrospectivement, je suis heureuse que les garçons aient eu une rude concurrence dans leur propre environnement. Ca les a fait travailler plus dur dès le départ pour obtenir la reconnaissance.

Quelques mois après leur triomphe au lycée Roosevelt, les Jackson 5 ont gagné l’Annual Talent Search. Une fois encore, Michael a éclipsé tout le monde. Son moment de gloire est survenu pendant la reprise d’un tube de Robert Parker par les garçons, « Barefootin’ », sur lequel Michael chantait la mélodie principale. Pendant la partie instrumentale, il a soudainement retiré ses chaussures et s'est mis à danser pieds nus sur la scène.

JACKIE : Sortir une idée comme ça, d’une seul coup, à son âge… Je n’en croyais pas mes yeux !

REBBIE : En dehors de son talent évident, ce qui m’avait frappée chez Michael à l’époque, c’est le fait qu’il n’avait aucune inhibition. Dans un cadre comme celui-là, beaucoup d’enfants de sept ans auraient été intimidés. Mais l’attitude de Michael était plutôt "Je vais y aller et le faire !"

La victoire des Jackson 5 a valu aux garçons leur premier article dans la presse : un compte-rendu avec photo dans le Gary Post Tribune. J’ai découpé l’article et l’ai collé dans mon album flambant neuf. Nourrissant désormais les mêmes rêves de renommée musicale et de fortune pour les Jackson Five que ceux que j’avais un jour nourris pour moi-même et, plus tard, pour Joe et les Falcons, j’ai espéré qu’un jour, cet album déborderait d’articles sur les Jackson Five.

Quant à Joe Jackson, il s’est exprimé sur son avenir et sur celui de ses fils lorsqu’il a préparé une cassette des prestations des garçons pour l’envoyer à son frère Lawrence, qui était dans l’armée de l’air. Joe a enregistré cette prédiction : « Les garçons vont me faire sortir de l’aciérie ».

Cependant, les années que les Jackson 5 allaient passer à courir après un contrat dans une maison de disques et après la célébrité étaient vouées à être tendues. Je m’inquiétais à l’idée que les garçons ne soient pas « découverts » à temps. Les garçons représentent la dernière nouveauté actuellement, pensais-je en 1966, quand Jackie, Tito, Jermaine, Marlon et Michael avaient encore respectivement quinze ans, treize ans, douze ans, dix et huit ans. Quand ils vont grandir un peu, les gens espéreront faire sur scène ce qu’ils font déjà actuellement en tant qu’enfants.

Pour Joe aussi, l’horloge professionnelle tournait… Mais en même temps, nous voulions tous deux être très prudents avec les garçons et ne pas se précipiter à conclure un contrat avec un manager, par exemple, que nous pourrions regretter par la suite. Au final, Joe a décidé de prendre lui-même le contrôle de la carrière naissante des Jackson Five. Ayant lui-même goûté au show-business, Joe avait l’impression de pouvoir faire aussi bien, si ce n’est mieux, que n’importe quel manager extérieur.

C’est certain qu’il avançait rapidement et résolument. L’une de ses premières décisions a été d’investir dans une gamme d’instruments pour les garçons : plus de guitares, des amplis et des micros. « Joe, quitte à continuer à accumuler des dettes, je préférerais le faire pour ajouter une chambre ou deux », me plaignais-je. En réalité, j’économisais mon salaire chez Sears afin de financer un réaménagement de la maison. Mais Joe se montrait insistant : « Fais des sacrifices maintenant, laisse-moi acheter les instruments et un jour, tu pourras avoir une nouvelle maison et plus encore ». J’ai cédé.

Mais je me suis vigoureusement opposée à une autre de ses idées : transformer les Jackson 5 en Jackson 4. Joe ne voulait pas que Marlon fasse partie du groupe.

REBBIE : Marlon n’avait pas des gestes aussi coordonnés que ceux de ses frères lorsqu’il dansait. Peu importe à quel point il travaillait dur dessus – et il travaillait trois, quatre, cinq fois plus que tous les autres – il ne semblait pas avoir le truc. Il était tout le temps en larmes en essayant d’apprendre les chorégraphies.

A l’époque, Marlon était aussi le chanteur le moins talentueux. Son manque de capacités en chant dérangeait Joe encore plus que sa façon de danser. « Si je le garde dans le groupe, il va gâcher toute l’harmonie », m’a-t-il expliqué en privé. « Joe, tu ne peux pas faire ça », ai-je répondu. « Même si Marlon doit se contenter d’être debout sur scène et de bouger les lèvres sans sortir de son, il doit être dans le groupe ». Je voulais que mes enfants connaissent le succès dans la musique mais pas à n’importe quel prix : je ne souhaitais pas que l’un d’entre eux en porte des cicatrices émotionnelles à vie.

Cette fois-ci, j’ai gagné. Mais la réalité, c’est que Marlon n’a jamais chanté un seul mot en tant que membre des Jackson Five jusqu’à ce que les garçons commencent à enregistrer pour Motown.

Joe a imposé aux enfants un programme de répétitions cadré. Ils répétaient les lundis, mercredis et vendredis. S’ils avaient un concert à préparer, Joe adaptait l’emploi du temps en conséquence. Les jours de répétitions, les garçons devaient avoir installé leurs instruments dans le salon pour 16h30, heure à laquelle Joe rentrait du travail. Le dîner était prêt, nous mangions puis Joe et les enfants répétaient pendant les deux heures suivantes. Si Joe devait travailler tard, je dirigeais la répétition à sa place. Parfois, les choses ne se passaient pas bien.

REBBIE : De temps en temps, Joe essayait de faire chanter Michael ou de lui faire faire quelque chose qu’il n’avait pas envie de faire et Michael ne coopérait pas. Parfois, il avait un caractère un peu difficile ; déjà, il savait qu’il était très important pour le groupe en tant que chanteur leader.

Au début, Joe devenait furieux contre Michael et allait même jusqu’à lui donner des fessées. Mais une fessée se retournait toujours contre lui. Michael était alors trop contrarié pour continuer et on devait mettre un terme à la répétition. Alors Joe essayait une approche différente.

REBBIE : Ce que [Joe] et les aînés faisaient, c’est qu’ils lui faisaient des compliments, ils jouaient avec son petit ego. Et parfois, ça marchait !

C’était une chose pour Michael de rêver de vivre un jour dans un château. C’en était une autre pour lui et ses frères de comprendre qu’il fallait de la discipline et des sacrifices pour réaliser un rêve. Ils étaient encore tellement jeunes.

JACKIE : Mon père nous disait « Continuez seulement à bien travailler. Vous allez y arriver. Persévérez ». Mais parfois, quand nous répétions, nous voyions les enfants du voisinage passer à l’extérieur, en route pour le parc, portant leurs battes de baseball et leurs gants et nous ne rêvions que d’une chose : être dehors avec eux au lieu de travailler.

Toutefois, les garçons voyaient que les nombreuses heures qu’ils passaient sur leur musique portaient leurs fruits : ils devinrent imbattables sur le circuit des concours de jeunes talents de Gary. Le seul concours qu’ils ont perdu est celui du lycée Horace Mann dont les juges étaient des enfants, qui, je le soupçonne fort, en avaient marre de voir les Jackson Five gagner sans arrêt. A chaque fois que les garçons s’inscrivaient à un concours, ils entendaient les autres groupes râler « Oh, les Jackson Five participent. On ferait mieux de laisser tomber ».

N’ayant plus rien à prouver à Gary, Joe lança les Jackson Five sur un terrain plus vaste : Chicago. Chicago s’enorgueillissait d’avoir l’un des plus importants concours de jeunes talents du Midwest : le concours amateur du dimanche soir au Regal Theatre.

Le Regal était un célèbre théâtre. Toutes les stars de Motown s’étaient produites là-bas, tous les grands du R&B. Ce qui rendait le concours de jeunes talents du Regal si particulier était le fait que ceux qui le gagnaient trois fois étaient invités au Regal une quatrième fois, non seulement pour se produire lors d’un « super concours de jeunes talents » avec tous les autres multi-finalistes mais aussi pour partager l’affiche d’une star reconnue.

Le premier soir où les Jackson 5 sont montés sur la scène du Regal, je suis restée à la maison avec mes autres enfants. Finalement, tard dans la soirée, le téléphone a sonné. « Bonjour Maman, c’est Jermaine », a dit la voix à l’autre bout du fil. « On a gagné et on s’est dit que ça te ferait plaisir de le savoir ». Mes deux dimanches suivants se sont déroulés à l’identique : ma nervosité suivie d’un appel détaché de l’un des garçons m’annonçant leur victoire.

Les Jackson 5 ont gagné le concours de jeunes talents du Regal lui aussi.

Le Regal a programmé les garçons sur la même affiche – bien qu’on ait retiré sept groupes – que les stars les plus populaires du R&B en 1967 : Gladys Knight & The Pips. Le groupe venait de sortir une petite chanson intitulée « I Heard It Through The Grapevine ».

Les garçons, Joe et l’assistant de Joe, Jack Richardson, sont revenus du concert épuisés mais ravis. « La vache, ces Pips étaient de la bombe ! » s’est exclamé Jack. « Sans rire, Kate, ils sont vraiment bons », a renchéri Joe. « Mais les garçons l’étaient tout autant ».

Après le triomphe des Jackson Five au Regal, Joe s’est renseigné et a découvert qu’il restait encore une montagne à gravir pour les enfants : gagner la compétition amateur du Apollo Theatre de Harlem. Lui et Jack ont conduit les garçons à New York dans notre fourgonnette Volkswagen pour escalader la montagne.

Connaissant la réputation des Jackson 5, l’Apollo les avait directement inscrits à la grande finale, leur évènement amateur le plus prestigieux. Une fois encore, les frères ont gagné. « Quand nous avons arraché la victoire à l’Apollo, nous avons enfin eu l’impression que plus rien ne pouvait se mettre en travers de notre route », écrirait Michael plus tard.

Effectivement, les premiers signes indiquant que leur carrière était en train de décoller se manifestaient. Avant l’Apollo, leurs seules prestations professionnelles avaient été une date dans un club, un petit pub de Gary nommé « Mr Lucky’s », pour lequel ils avaient gagné huit dollars et un paquet de pourboires, et des dates dans quelques établissements de nuit de Chicago. (Concernant les prestations de Chicago, je ne savais pas que certains de ces clubs mettaient des strip-teasers à l’affiche jusqu’à ce que je lise l’autobiographie de Michael. Joe et les garçons avaient visiblement pris soin de ne pas me le dire parce qu’ils savaient ce que j’aurais dit). Mais après leur victoire à l’Apollo, Joe s’est attaché les services d’un agent de New York qui a commencé à trouver des concerts pour les garçons le week-end et pendant les vacances scolaires.

MARLON : Le promoteur nous a associés à bon nombre d’autres jeunes groupes qui étaient en passe de connaître le succès : les O’Jays, les Emotions, les Vibrations et les Delfonics. En général, une star reconnue tenait le haut de l’affiche. Nous avons par exemple fait beaucoup de dates avec Jerry Butler. Mais parfois, c’était juste nous, les jeunes plein d’ambition.

Nous avons voyagé à Philadelphie, New York, Kansas City, St Louis. Nous avons fait tous ces trajets dans la fourgonnette Volkswagen.

TITO : J’adorais l’idée d’être sur la route, de ne pas être à Gary. Tout ce qui était nouveau était excitant pour nous. Peu importe si nous devions rester assis sur notre matériel pendant des heures à l’arrière de la fourgonnette pendant que mon père ou Jack nous emmenaient au prochain show. Nous ne connaissions rien d’autre.

La seule fois où j’ai accompagné les garçons à un spectacle hors de la ville, c’est quand ils se sont produits dans un club de Milwaukee. Deux choses me restent en mémoire au sujet de cette soirée : les regards choqués des gens du public quand ils ont découvert à quel point les Jackson 5 étaient jeunes, et la prestation professionnelle et bien rodée que les garçons avaient préparée.

Le fait de passer de concours de jeunes talents où ils interprétaient deux chansons à des numéros d’une heure était génial car cela donnait aux garçons l’occasion de montrer l’étendue de leur talent, d’offrir un mélange de ballades et de chansons rock et de maîtriser l’art du rythme.

TITO : Nous connaissions toujours les dernières chansons qui passaient à la radio. Quand une nouveauté de Motown ou d’Aretha Franklin sortait, on se mettait dessus en un claquement de doigts. Nous faisions sans arrêt évoluer notre spectacle, écoutant souvent les demandes du public.

Cependant, chaque spectacle des Jackson 5 avait ses numéros fixes, dont on savait qu’ils faisaient plaisir au public. Parmi eux : la reprise de « Stormy Monday » par Jermaine et la version de « Tobacco Road » de Michael. Et toujours, Michael avait les pieds sous les projecteurs pendant un titre de James Brown.

Michael continuait à étonner la famille avec son talent en danse et surtout, sa capacité à inventer de nouveaux pas sensationnels au milieu d'un solo sur scène. Souvent, les premiers mots qui sortaient de la bouche de Joe quand il revenait d’un week-end de concerts étaient « Devine ce que Michael a fait cette fois-ci ? »

Même si j’approuvais le fait que les Jackson Five prennent la route pour accroître leur exposition, il était difficile pour moi d’être séparée d’eux et de Joe si souvent. Comme toutes les mères, je m’inquiétais à l’idée qu’ils aient un accident de voiture sur une autoroute verglacée quelque part.

Tout en faisant tourner la maison, je continuais à m’impliquer dans la carrière des garçons en faisant leurs costumes, souvent aidée de Rebbie. Ma plus grande tâche était de concevoir pour eux des costumes assortis.

Un jour, un colporteur est venu dans le coin, vendant du tissu vert sapin. « Oh, ça va faire de beaux costumes pour les enfants », a remarqué Joe. « Oui ? », ai-je répliqué. « Et qui va les faire ? » Jusqu’à présent, mon travail s’était surtout limité à des ceintures et des vestes. « Toi », a annoncé Joe. « Tu peux apprendre ».

Joe est allé acheter le matériel, j’ai acheté un patron et j’ai pris en charge le projet.

Je me suis heurtée à quelques difficultés. Il existe une photo officielle des garçons portant ces costumes et on peut voir que j’ai eu du mal à terminer le dos de la veste de Tito. Mais globalement, mon travail était correct. La chose frustrante, c’est que les garçons ont grandi de telle sorte que les vêtements sont très vite devenus trop petits pour eux. « La prochaine fois, Joe », ai-je dit, « emmène les garçons chez un tailleur ».

Au milieu de l’année 1968, les Jackson 5 gagnaient jusqu’à 600 dollars par concert. Je me souviens avoir pensé « Oh mon Dieu, mes enfants gagnent beaucoup d’argent maintenant ». C’était suffisant pour que nous nous achetions notre première télévision couleur, une nouvelle machine à laver et un nouveau sèche-linge, un nouveau canapé, de nouvelles lampes et une nouvelle table pour le salon.

(Les garçons continuaient aussi à se produire à Gary et à Chicago mais étaient payés moins cher. Je possède encore un chèque en bois de 375 dollars d’un D.J. de Chicago, le « paiement » des garçons pour un show de Chicago qu’il avait organisé).

A ce stade, les Jackson 5 avaient déjà sorti un disque, sur un petit label de Gary nommé Steeltown. Joe avait décidé que ce serait pour eux une bonne expérience d’aller en studio et d’enregistrer quelques pistes, juste pour voir ce que ça donnerait. Steeltown a fourni les chansons : la face A était « Big Boy », une chanson mignonne sur un petit garçon et une petite fille. L’enregistrement a eu lieu dans le studio de Steeltown en ville, sur quelques samedis.

Un jour plus tard, Joe, les enfants et moi nous sommes rassemblés dans notre salon, les oreilles suspendues à la radio. Nous avions été informés que WWCA diffuserait le disque pour la première fois à une certaine heure et c’est ce qui s’est produit. Au moment où nous l’avons entendu, nous avons tous applaudi.

« Big Boy » ne se vendrait pas à plus de quelques exemplaires, c’est un objet collector aujourd’hui. Pourtant, le sentiment de joie et de fierté que j’ai ressenti en entendant les Jackson 5 pour la première fois à la radio est indescriptible.

En 1968, mes garçons étaient expérimentés et prêts pour la célébrité. Seulement, ils n’avaient pas encore été « découverts ». Et ils continuaient à grandir. « Joe, il faut qu’on leur trouve un contrat avec une maison de disques avant qu’ils ne soient trop vieux », me suis-je inquiétée.

Joe avait essayé. Plusieurs dénicheurs de talents avaient témoigné de l’intérêt aux Jackson 5 mais leurs discussions avec Joe n’avaient pas abouti. Concernant Motown, qui semblait être la maison de disques idéale pour les Jackson 5, Joe avait envoyé une cassette en 1966 au fondateur de la société, Berry Gordy, mais elle lui était revenue trois mois plus tard et nous n’avions eu aucun autre contact avec le label.

Les garçons avaient vraiment besoin d’un coup de pouce.

Finalement, au mois d’août, ils en ont eu un. Un producteur du « David Frost Show », qui avait d’une manière ou d’une autre entendu parler des garçons, a téléphoné à Joe et les a invités à se produire dans l’émission. Ce seraient les débuts des Jackson 5 à la télévision.

Cette offre est arrivée quelques jours avant que les garçons ne doivent se produire au Regal Theatre avec Bobby Taylor, un chanteur de Motown avec qui Joe s’était lié d’amitié. Joe a décidé que lui et les garçons feraient le concert, puis partiraient juste après pour New York en avion pour participer à l’émission de Frost.

Quand lui et les garçons voyageaient, Joe restait en contact avec moi par téléphone. Cependant, il ne m’a pas appelée de Chicago pour me faire savoir comment s’était passé le spectacle du Regal. Inquiète, j’ai téléphoné à New York. Mais ils n’étaient pas là-bas.

Finalement, Joe a appelé. Mais pas de New York. De Detroit. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » me suis-je exclamée. « J’ai eu la peur de ma vie ». « J’ai annulé l’émission de Frost », a expliqué Joe, de l’excitation dans la voix. « Bobby Taylor a voulu nous emmener chez Motown pour une audition et nous avons décidé d’y aller. Nous avons tous dormi par terre chez Bobby. Les garçons ont déjà passé l’audition. Motown l’a même filmée. On ne nous a pas encore proposé de contrat mais à en juger par les sourires sur les visages de tout le monde, Kate, je sais que ça va arriver ! »
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:49

Chapitre 5 – Entrer dans l’histoire


Deux mois après l’audition des garçons chez Motown, ils furent invités à retourner à Detroit pour se produire lors d’une fête chez Berry Gordy. Joe et moi pensâmes que M. Gordy voulait voir qui il allait faire signer. Il n’avait pas été présent lors de l’audition.

Il s’avéra que la fête n’était pas tout à fait comme les autres. Lorsque les garçons commencèrent leur spectacle dans la maison au bord de la piscine, ils découvrirent que le public était composé de presque tous les artistes du label Motown : Diana Ross, Smokey Robinson, Stevie Wonder, ainsi que des membres des Temptations et des Four Tops.

Les garçons avaient rencontré quelques-unes des stars de Motown lors de leurs concerts mais jamais ils ne s’étaient produits sur scène devant un public de vedettes.

JACKIE: C’était angoissant. Effrayant.

MARLON: Mais quand nous avons vu que tout le monde souriait et était dans l’ambiance, on a commencé à se sentir plus à l’aise. Ensuite, quand tout le monde est venu vers nous en nous disant « Super spectacle », on s’est sentis vraiment à l’aise.

M. Gordy figurait parmi les personnes très satisfaites par le spectacle des garçons. Pendant que Joe et les garçons étaient à Detroit, il fit signer aux Jackson Five un contrat d’enregistrement exclusif pour Motown Records.

J’étais ravie. Non seulement le contrat avec Motown était porteur d’une possible célébrité pour les Jackson Five, mais il laissait aussi entrevoir une évasion hors de Gary pour la famille Jackson.

Pendant les huit années qui s’étaient écoulées depuis notre envie de déménagement à Seattle, les problèmes de criminalité à Gary n’avaient fait qu’empirer. Des gangs de jeunes comme les Undertakers et les Kangaroos représentaient une menace permanente.

Nous n’avions pas été épargnés par la violence. Un soir, en 1967, pendant que Joe déchargeait le van à l’extérieur d’une salle où les garçons devaient se produire, il fut entouré par une bande de gros durs qui tentèrent de lui arracher les stands de batterie. Quand Joe résista, ils le frappèrent au visage, au torse et aux bras avec les stands avant de s’enfuir. D’une manière ou d’une autre, Joe et les garçons – qui avaient hurlé et crié tout au long de l’agression – ont repris leurs esprits et les garçons ont donné le spectacle. Je n’ai appris ce qui s’était passé que lorsqu’ils sont rentrés à la maison.

Joe souffrait visiblement mais il refusa de se rendre aux urgences. Quand il finit par céder deux jours plus tard et consulter un médecin, il apprit qu’il avait la mâchoire et la main fracturées. Il dut prendre des antidouleurs et porter un plâtre à la main pendant plusieurs semaines.

Tito aussi l’avait échappée belle.

TITO : Un jour, je revenais de l’école pour le déjeuner. J’avais dans ma poche une pièce de 10 cents et c’était le paradis : de l’argent pour acheter des chewing-gums. Bref, un type s’approche de moi et me demande de lui donner l’argent que j’avais pour déjeuner. Je lui ai répondu que je n’avais pas d’argent, que je rentrais manger à la maison. « Alors je vais te faire sauter la cervelle », a-t-il répondu en pointant sur moi un revolver et en l’armant. J’ai fait une crise de nerfs, je suis parti en courant et en hurlant. Il n’a pas tiré.

Joe se trouvait à la maison donc après le déjeuner, il a emmené Tito au collège Beckman et a signalé l’incident. Le garçon a été retrouvé ; il avait aussi commis un vol à l’école.

Lorsque Joe et Tito étaient chez le directeur, il a ouvert un tiroir et leur a montré un assortiment de revolvers et de couteaux : « C’est ce que nous avons trouvé dans les casiers des élèves pendant une fouille », a-t-il déclaré.

A partir de 1967, je n’ai pas autorisé les aînés à aller à l’école le dernier jour de l’année. C’était le jour le plus dangereux dans les collèges et les lycées de Gary, un jour où toutes les rancunes accumulées pendant des mois se réglaient – généralement dans la violence.

Je n’oublierai jamais avoir vu l’un des gamins du voisinage se pavanant dans la rue l’un de ces derniers jours en agitant des chaînes. « Que fais-tu avec ces chaînes ? » lui avais-je demandé. « S’il y a une bagarre, je vais en profiter aussi », avait-il répondu.

Si cela avait été possible, nous aurions obtenu suffisamment d’argent de Motown pour quitter Gary immédiatement. En réalité, Motown ne nous avait payé aucune avance. De plus, ils ne firent pas enregistrer les garçons pendant plus d’un an. Nous avons dû rester au 2300, Jackson Street.

Quand on a un rêve, l’attente est la chose la plus difficile au monde. Chaque jour ressemble à une année.

“Laisse-tomber, Joe, et essaie une autre maison de disques”, lui disais-je avec dépit quand l’attente se faisait trop pénible. « Motown ne va pas s’occuper de nous ».

A chaque fois, Joe appelait Motown et à chaque fois, on lui faisait la même promesse : « On va le faire. Attendez. Soyez patients ». Nous n’étions pas patients mais nous avons attendu. Joe et les garçons s’occupaient en donnant des spectacles. C’est à cette période que l’aînée s’est mariée, le 30 novembre 1968.

Rebbie, qui avait été baptisée comme Témoin de Jéhovah l’année précédente, épousa un autre Témoin, Nathaniel Brown, qu’elle avait rencontré à la Salle du Royaume quand elle avait onze ans et qu’il en avait douze. Beaucoup de mère auraient été ravies de voir leur fille épouser un jeune homme croyant. Mais j’étais déprimée : j’ai pleuré à chaudes larmes pendant deux semaines. Je ne voulais pas la perdre.

REBBIE : Mon père aussi a eu du mal. En réalité, c’était tellement dur pour lui de me voir partir qu’il n’a pas pu m’abandonner. C’est mon grand-père, Samuel Jackson, qui m’a conduite à l’autel. Toutefois, ce qui m’a vraiment fait souffrir, c’est le fait que Jackie, Tito, Jermaine, Marlon et Michael n’aient pas assisté au mariage ; ce soir là, ils avaient un concert au Regal Theater. Je voulais vraiment qu’ils soient là. Je regrette encore leur absence à ce jour. Mon père avait pris les dispositions nécessaires pour pouvoir y assister et ça m’a réconfortée.

Je ne pense pas que le mariage de Rebbie aurait été si traumatisant pour Joe et pour moi si Rebbie et Nate avaient décidé de s’installer à proximité. J’aurais pu me consoler en disant « Je n’ai pas perdu une fille, j’ai gagné un fils ». Mais un mois après leur mariage à la Salle du Royaume, ils déménagèrent dans le Kentucky. Ils y allaient pour la meilleure des raisons : pour faire un travail de missionnaire. Cependant, je ne pouvais m’empêcher de penser que j’avais non seulement perdu une fille, mais aussi un fils.

Enfin, en août 1969, un appel de Motown nous parvint. Après que les garçons aient fait un peu de travail préliminaire en studio à Detroit avec Bobby Taylor, on leur demanda de préparer leurs bagages pour Los Angeles. Motown avait entrepris de déménager ses bureaux à LA et c’était là-bas que la maison de disques voulait que les garçons enregistrent sérieusement. La Californie !

"On y arrive. On y arrive,” répétait Joe, comme s’il n’arrivait pas à croire à ce nouveau tournant si soudain dans le destin de la famille. Mais les garçons étaient tout aussi excités que Joe et moi à l’idée d’enregistrer sur la Côte Ouest.

JERMAINE : Même avant qu’il n’y ait les Jackson Five, mon père nous disait souvent « Un jour, je vais vous emmener en Californie ». Nous répondions toujours « Oui, c’est ça… » Il nous était tout simplement impossible de croire qu’une chose aussi grandiose pouvait un jour nous arriver. Ironie du sort, des années plus tard, j’ai eu pour voisin à Brentwood James Garner, la star de “Maverick”, notre série télé préférée quand nous étions enfants. J’ai dû aller lui demander un autographe et lui dire à quel point mes frères et moi avions rêvé de déménager un jour à Hollywood.

Quel bonheur ce fut pour Joe, qui était encore employé chez Inland Steel, d’aller donner sa démission. Ensuite, lui, Tito, Jack Richardson, le batteur Johnny Jackson et le claviériste Ronny Rancifer partirent pour Los Angeles dans notre tout nouveau Maxivan Dodge. Jackie, Jermaine, Marlon et Michael les rejoignirent en avion quelques jours plus tard. C’était seulement le deuxième voyage des garçons en avion, le premier étant un vol pour New York qu’ils avaient pris pour l’une de leurs apparitions à l’Apollo.

Motown était encore en quête d’une maison à louer pour la famille donc ils trouvèrent un arrangement temporaire pour Joe, Jack et les garçons. Je fus stupéfaite d’apprendre que cet « arrangement temporaire » n’était autre que la maison de Diana Ross sur les collines d’Hollywood… Diana et les garçons s’attachèrent immédiatement.

MARLON : La période que j’ai passée chez Diana est l’un des meilleurs moments de ma vie ; on pouvait faire ce qu’on voulait. Diana était un enfant aussi, d’une certaine manière. On se déchaînait. Oh la la, qu’est-ce qu’on s’amusait ! Diana, Michael et moi allions nager toute la journée. Pour éveiller notre intérêt pour l’art, elle avait acheté du matériel de peinture, notamment plusieurs chevalets qu’elle avait installés dans le salon. Mais la plupart du temps, nos séances peinture dégénéraient en bataille de peinture générales. On en a fait un certain nombre sur son tapis blanc à poils longs.

Bien sûr, les garçons passaient la plupart de leur temps en studio d’enregistrement. Outre Bobby Taylor, on avait demandé aux auteurs et producteurs Freddie Perren, Deke Richards, Hal Davis et “Fonce” Mizell de travailler avec eux. Chez Motown, ce groupe était connu sous le nom de « La Corporation ». Inutile de le dire, leur objectif était de produire des tubes.

En guise de premier single pour les Jackson 5, Berry Gordy et la Corporation avaient choisi une chanson que Freddie Perren avait au départ composée pour Gladys Knight & The Pips. La Corporation en produisit une version puis M. Gordy lui-même emmena les garçons en studio pour la retravailler. Finalement, ils passèrent plus de temps à enregistrer ce titre que toutes les autres chansons de leur premier album réunies.

Je reçus une copie du single avant sa sortie. Avec fébrilité, je le plaçai sur le tourne-disque. Quelle déception !

« Oh mon Dieu ! Motown pense réellement pouvoir vendre une chose comme ça ? », me suis-je dit. A l’époque, je pensais être plutôt douée pour dénicher des tubes et ce disque ne me semblait pas en avoir les caractéristiques. Je trouvais que les morceaux étaient trop chargés, que les producteurs n’avaient pas exploité au maximum le potentiel vocal des garçons. A la place, ils faisaient hurler le chanteur – Michael – et les autres…

La chanson s’appelait « I Want You Back ». Quand elle sortit en octobre, les Jackson 5 firent leurs débuts télévisés dans l’émission « The Hollywood Palace ». L’invitée vedette n’était autre que Diana Ross qui faisait sa dernière apparition avec les Supremes. Le souffle court, je regardais depuis mon salon à Gary avec LaToya, Randy et Janet à mes côtés.

Après avoir ouvert le show avec un extrait de la comédie musicale de Broadway « Hair », Diana prit le micro. « C’est merveilleux de revenir en tant qu’animatrice», déclara-t-elle, « surtout ce soir, où j’ai le plaisir de vous présenter une immense jeune star, qui a passé toute sa vie dans le métier. Il travaille avec sa famille et quand il chante et danse, il illumine la scène. Voici Michael Jackson et les Jackson Five ! »

Ayant été informée que Motown avait créé des costumes « modernes » pour les garçons, je m’attendais à les voir sur scène avec des vêtements à rayures et à pois. En réalité, ils portaient d’élégants costumes que Joe et moi avions achetés pour eux dans l’Indiana.

Ils commencèrent doucement en interprétant la ballade « Can You Remember », qui devait figurer sur leur premier album. « Maintenant, nous aimerions vous interpréter notre premier single chez Motown », annonça Michael en regardant la caméra bien en face. « Il est en vente partout ! »

A ces mots, les Jacksons 5 se lancèrent dans une interprétation exaltante de « I Want You Back » qui leur valut un tonnerre d’applaudissements et, j’imagine, l’attention des téléspectateurs du pays tout entier.

Au cours des années à venir, les garçons se produiraient dans bien d’autres émissions. Mais aucune de leurs apparitions télévisées suivantes ne fut aussi particulière pour moi que leur premier passage dans « The Hollywood Palace », parce que c’était une première. "Des millions de gens ont le même rêve que ma famille mais ces rêves ne deviennent jamais réalité", pensais-je en les regardant. "Et là, le rêve de ma famille se réalise juste sous mes yeux".

Mais une fois l’émission terminée, je me sentais triste et éplorée. J’étais séparée d’eux et de Joe depuis déjà deux mois et ils me manquaient terriblement.

Enfin, en novembre, je reçus un appel m’enjoignant à les rejoindre avec le reste des enfants. Motown nous avait trouvé une maison sur Queens Road, près de Sunset Boulevard, sur les collines d’Hollywood.

Je n’avais jamais pris l’avion et je ne savais pas à quoi m’attendre. Une amie à moi qui l’avait déjà pris auparavant alimenta mon excitation en me décrivant comment son avion avait décollé par une journée nuageuse puis avait achevé son ascension loin au-delà des nuages dans la lumière superbe et éclatante du soleil. « Mon Dieu, c’est épatant ! », m’exclamai-je.

LaToya, Randy, Janet et moi vécûmes la même chose lors de notre vol. Avec l’air pollué de Gary, il y avait bien longtemps que je n’avais pas vu un ciel si bleu.

Joe avait emmené le comité d’accueil à l’aéroport international de Los Angeles. Présents avec lui pour nous saluer, son frère Lawrence, qui était encore dans l’armée de l’air ; un ami de Lawrence ; et Jack Richardson. Je pouffai de rire en voyant Joe et Jack. Ils étaient habillés à la mode du moment – de grosses perruques Afro, des chemises bariolées, des pantalons pattes d’eph et des chaussures à talons hauts. Aussi drôles étaient-ils, j’étais heureuse de les voir. « Bienvenue en Californie », annonça Joe.

Je garde des souvenirs vivaces du trajet entre l’aéroport et Hollywood. Je n’avais jamais vu de palmiers avant. Je fus enchantée lorsque j’en vis une rangée à l’extérieur de l’aéroport.

Les garçons m’avaient parlé d’une autre vue magnifique à LA : les rangées de petites « lumières » sur les autoroutes. Ils faisaient allusion aux réflecteurs orange marquant chaque voie de circulation, chose que nous n’avions pas à Gary. Tandis que nous conduisions dans la nuit jusqu’à notre maison de location, je les regardais se refléter dans nos phares. Je trouvais même que cette vision était belle.

Parcourir le Sunset Strip en voiture était l’un des rêves de ma vie. Toutefois, mon rêve ne mentionnait pas la présence de centaines de hippies. C’était pendant le « mouvement hippie » et ils étaient partout, y compris allongés sur le trottoir.

Nous tournâmes à gauche après Sunset et conduisîmes jusqu’à la maison, au sommet de la colline. Depuis le jardin, je m’arrêtai pour contempler Los Angeles. La vue de la ville était le plus beau spectacle que j'aie jamais vu.

Les enfants étaient à l’intérieur. Après que nous nous soyons étreints et embrassés, ils se retournèrent et dirent « Maman, nous voulons te présenter Diana Ross ».

Diana, qui était en visite dans la maison, s’est approchée de moi. « Je suis si heureuse de vous rencontrer », a-t-elle déclaré. « Vos enfants m’ont tellement parlé de vous ». Puis elle m’a serrée dans les bras et m’a embrassée aussi.

Le lendemain matin, quand je me réveillai, les oiseaux chantaient et les fleurs étaient épanouies. « Je n’arrive pas à croire que je suis en Californie », pensai-je. « Enfin, j’ai réussi. Enfin, j’y suis ».

Pour célébrer mon arrivée et celle de LaToya, Randy et Janet, Joe et moi décidâmes d’emmener la famille sur la côte dans le Maxivan.

Pendant les années passées à Gary, le mot « vacances » faisait à peine partie de notre vocabulaire. Nous avions fait quelques séjours en camping dans le Wisconsin et rendu visite au frère de Joe, Lawrence, dans le Massachusetts et à ses parents en Arizona. C’était tout.

Etant donné que les garçons devaient retourner en studio quelques jours plus tard, nous n’allâmes pas au-delà de la région de San Francisco. C’était malgré tout merveilleux de s’évader ensemble et de jouer les touristes presque pour la première fois de notre vie. Nous étions loin de savoir que notre brève escapade constituerait nos dernières vacances authentiques en famille.

Tony Jones, un employé de Motown, fut l’un des premiers à me parler de l’épopée tumultueuse qui attendait la famille Jackson lorsqu’il m’annonça : « Vos enfants sont des garçons très chanceux ». « Pourquoi dites-vous cela ? » lui demandai-je. « Eh bien, ils vont devenir de très grandes stars », répondit-il. « Comment pouvez-vous en être sûr ? » « Parce que M. Gordy leur porte un intérêt très spécial ».

En réalité, j’avais déjà appris de la bouche de Berry Gordy lui-même son intérêt pour les enfants. Quelques jours après mon arrivée à Los Angeles, il était venu à la maison pour se présenter et pour me parler de ses ambitions pour les garçons. Je l’avais trouvé très chaleureux et amical, et plus jeune que ce à quoi je m’attendais étant donné son immense succès dans le milieu musical.

Evidemment, les propos de Tony Jones étaient prémonitoires. « I Want You Back » parvint à la première place des charts pop – beaucoup plus que ce que ma critique experte me laissait présager. La seule chose qui, à l’époque, expliquait selon moi le succès du disque était le fait qu’il s’agissait d’un nouveau son, d’un nouveau style, d’une nouvelle « chose ».

Au printemps suivant, le deuxième single des garçons, « ABC », atteignit lui aussi la première place. Idem pour leur troisième single « The Love You Save » et pour leur quatrième, « I’ll Be There ».

On leur annonça qu’aucun groupe n’avait jamais atteint la première place des charts avec ses quatre premiers titres. Les garçons, à la surprise de Joe (et de moi-même) étaient entrés dans l’histoire.

MARLON : On pourrait imaginer que mes frères et moi étions stupéfaits ou que nous sautions de joie. Mais pas du tout. Nous étions encore si jeunes. Notre attitude était plutôt “Quatre disques numéro 1 ? Super ! ». Mais on ne pouvait ni toucher ni ressentir un disque n°1, si bien que nous ne pouvions pas vraiment saisir ce que ça représentait.

Alors que les disques des garçons atteignaient les sommets des hit-parades, nous étions encore à des mois de recevoir notre premier chèque de royalties de Motown, ce qui rendait notre situation encore plus surréaliste. Le seul salaire que nous recevions de la maison de disques pendant la fin de l’automne et l’hiver 1969, c’étaient 150 dollars par semaine, pour la nourriture. Etant donné que j’avais treize bouches à nourrir – celles des Jackson, de Jack Richardson, de Johnny Jackson et de Ronny Rancifer – ce n’était pas beaucoup. Heureusement que j’avais beaucoup d’expérience en matière d’économies.

MARLON : Je peux vous dire à quel moment nous avons su que nous étions devenus des stars : c’est quand nous sommes partis en tournée et que nous avons vu les fans. Ca, c’était la réalité.

Motown envoya les garçons sur les routes peu de temps après la sortie du premier single et les y laissa la majeure partie de l’année 1970. Pour leur premier spectacle en tant que nouvelles superstars de Motown, ils se produisirent dans une petite salle.

Je les vis au Forum à Inglewood et je n’en crus ni mes yeux ni mes oreilles ! 18 000 jeunes étaient dans la salle et on aurait dit que chacun d’entre eux criait. Je pense que les garçons avaient même du mal à s’entendre chanter et pourtant, ils ont donné un excellent spectacle. En les regardant, je me sentais tellement fière : fière parce qu’ils étaient devenus « quelqu’un », fière parce que j’avais joué un rôle dans leur succès. Je me sentis soudainement très reconnaissante pour toutes ces heures de répétitions qu’ils avaient faites dans le salon, pour tous ces concours de jeunes talents auxquels ils avaient participé, pour tous ces concerts où ils avaient assuré la première partie. Quand la chance est venue leur taper sur l’épaule, ils étaient bien préparés.

D’autre part, le concert du Forum était mémorable pour une raison navrante : le spectacle dut être interrompu à un moment donné lorsque des dizaines de filles se précipitèrent sur scène, forçant les garçons à courir pour se mettre à l’abri. A ce moment là, la seule chose que j’avais en tête était le fait que mes plus jeunes fils, Marlon et Michael, n’avaient encore respectivement que treize et douze ans.

MARLON : Au bout d’un moment, on aurait dit que le chef du service d’ordre faisait partie de notre spectacle. Il est arrivé de nombreuses fois que les membres de la sécurité locale soient obligés d’interrompre le concert après la deuxième ou la troisième chanson parce que les gens étaient dans les allées ou se ruaient sur scène.

Rebbie fut témoin de l’hystérie des fans des Jackson lorsqu’elle et Nate firent plus de 240 kilomètres depuis leur maison de Murray, dans le Kentucky, jusqu’à Memphis, pour voir le spectacle des Jackson 5 au Coliseum. Lorsqu’elle se rendit au concert avec ses frères, elle se souvint avoir vu deux filles - qui avaient repéré leur limousine - s’empoigner tellement fort qu’elle s’était dit qu’elles allaient déchirer leurs vêtements.

Pendant le concert lui-même, Rebbie passa plus de temps à se retourner pour regarder les visages des filles en train de hurler qu’à regarder la scène. « Je n’imaginais pas que des gens pouvaient se comporter d’une telle manière face à quelqu’un », me confia-t-elle par la suite. « C’était comme s’ils ne voulaient même pas écouter le concert ».

Après que la dernière note de leur show ait retenti, les garçons suivirent leur plan d’évasion post-concert habituel, abandonnant leurs instruments sur scène et courant jusqu’à la limousine puis commençant immédiatement à quitter le Coliseum. Rebbie se souvint que quelques fans les avaient quand même pris de vitesse. Plusieurs d’entre eux avaient bondi devant la limousine tandis que d’autres étaient même grimpés dessus.

Cette scène n’était rien comparée à l’accueil qui fut réservé aux garçons par 10 000 fans hurlants lors de leur arrivée à l’aéroport d’Heathrow (Londres) pendant leur tournée européenne de 1972.

MARLON : La sécurité n’était pas ce qu’elle aurait dû être. Il y avait tellement de filles entourant notre Rolls-Royce que nous ne pouvions pas avancer. Finalement, nous avons dû évacuer. Ensuite, les fans ont réussi à renverser la limousine. Pendant ce temps, tandis que la police nous poussait vers la sortie, nous avons été attaqués. On nous a bousculés et empoignés, on nous a tiré les cheveux… c’était vraiment effrayant.

Les apparitions télévisées des Jackson Five ont aussi joué un role clé dans leur ascension rapide vers le statut de superstars. Ils passèrent à trois reprises le « Ed Sullivan Show » mais se rendirent aussi dans le « Tonight Show », le « Jim Nabors Hour, » le « Flip Wilson Show, » « American Bandstand, » et « Soul Train. » De toutes, les apparitions au « Sullivan » show étaient les plus significatives. Comme des millions d’Américains, nous avions passé nos dimanches soirs à Gary scotchés devant « Ed Sullivan ». Nous aimions le fait que Sullivan accueille les plus grandes stars de Motown – les Supremes, les Temptations, Marvin Gaye, Smokey Robinson & The Miracles, les Four Tops… Quand les enfants entendaient dire que des artistes Motown allaient passer dans l’émission suivante, ils faisaient le décompte des jours et, le dimanche, des heures précédant le début du « Ed Sullivan Show ».

MARLON : Ed Sullivan s’est un peu trompé dans son texte quand il nous a présentés pour la première fois ; il a aussi confondu nos noms. Mais il nous appréciait vraiment. « Votre show est super », nous a-t-il dit après. Michael et moi étions fascinés par le fait que Sullivan préférait descendre à pied les cinq étages séparant les loges du studio plutôt que d’emprunter l’ascenseur. Un jour, nous l’avons attendu dans les coulisses pour voir combien de temps il lui fallait pour faire le trajet. Je me souviens encore très bien de la réponse : quinze minutes.

Aussi importantes soient les tournées et les prestations télé, elles n’étaient pas plus essentielles au succès des Jackson 5 que l’était la presse. En l’espace de quelques mois après l’ascension des garçons vers le succès, on écrivait à leur sujet dans Time, Newsweek, Look, le Saturday Evening Post et Rolling Stone.

A la même période, les fanzines explosaient. A chaque fois que j’allais faire les courses, j’avais l’impression de voir un (ou plusieurs) des garçons en couverture de Right On ! Ou de Soul. Souvent, des numéros entiers étaient consacrés aux Jackson Five.

Une partie du génie de Berry Gordy résidait dans le fait de promouvoir une image bien distincte pour chacun des garçons : Jackie, qui avait un jour envisagé de devenir un joueur de baseball professionnel, était « l’athlète » ; Tito était le mécano ; Jermaine était l’idole ; Marlon était celui qui aimait danser (à l’époque, grâce à son acharnement, il était devenu l’un des meilleurs danseurs du groupe) ; Michael était le petit frère ultra-talentueux.

Les garçons commencèrent à recevoir des quantités astronomiques de lettres de fans. Motown dut embaucher quelqu’un pour aider à y répondre. Elles arrivaient chaque jour par sacs entiers. Chacun des garçons recevait à peu près la même quantité de courrier. Etant le plus vieux, Jackie se délectait de davantage de lettres romantiques que les autres. Tito, pour sa part, recevait de nombreux compliments sur sa voix et sa manière de jouer de la guitare. Il avait la voix la plus grave du groupe.

La lettre de fan la plus mignonne que je me souvienne avoir lue ne s’adressait pourtant pas à l’un des Jackson Five mais à Randy, qui avait huit ans à l’époque. Il se trouve que Randy avait été photographié avec les cheveux coupés assez courts et une jeune fille ayant vu la photo dans un magazine lui écrivit à quel point elle le trouvait sexy parce qu’il avait « la tête chauve comme Isaac Hayes » !

Les garçons vécurent leur célébrité soudaine mieux que je ne l’espérais. Ils étaient, à juste titre, fiers de leur succès mais ils ne prirent pas la grosse tête. Si Joe et moi avions détecté qu’un ou plusieurs d’entre eux commençaient à avoir un ego surdéveloppé, nous leur aurions parlé. Mais nous n’avons jamais eu à le faire.

Cela ne signifie pas que Joe et moi n’avions pas d’inquiétudes au sujet des enfants à l’époque. Même avant de déménager en Californie, nous étions préoccupés par l’influence que Johnny Jackson – le batteur que nous avions recruté – pouvait avoir sur eux.

Alors que nous avions pris soin de mettre de côté la plupart des sommes gagnées par les enfants à Gary, ne leur donnant que deux ou trois dollars d’argent de poche par semaine, les parents de Johnny lui avaient apparemment permis de dépenser l’argent gagné avec les garçons comme il voulait et pour faire ce qu’il voulait. A l’âge de quinze ans, il conduisait sa propre voiture et s’habillait dans des vêtements onéreux. Nous entendîmes aussi qu’il restait dehors jusqu’à un horaire tardif et avait commencé à fumer des cigarettes. Un jour, Joe me dit : « Je vais peut-être devoir me séparer de Johnny. Les garçons vont vouloir avoir les mêmes choses et faire les mêmes choses que Johnny et je ne peux pas les y autoriser ».

Mais nous appréciions Johnny et nous ne voulions pas le priver de l’expérience de venir en Californie avec les garçons, si bien que nous imaginâmes une solution ingénieuse au problème : inviter Johnny en Californie à une condition : qu’il emménage avec nous. Johnny accepta. En vivant sous notre toit à Los Angeles, Johnny Jackson se rendit compte soudainement qu’il devait suivre nos règles.

Suite à notre déménagement en Californie, nous avons eu une conversation sérieuse avec nos garçons. Elle portait sur la drogue.

A notre connaissance, aucun de nos enfants n’avait jamais touché à la drogue. Mais après avoir découvert avec choc que la consommation de drogue était encore plus répandue chez les jeunes de Los Angeles que chez les jeunes de Gary, nous étions terrifiés à l’idée qu’ils puissent être tentés d'en prendre.

Dans notre discussion, nous avions évoqué les récents décès par overdose de Jimmy Hendrix et Janis Joplin, ajoutant « C’est ce qui peut arriver si vous consommez de la drogue. De toute façon, Dieu ne veut pas que vous détruisiez votre corps avec cette saleté ! »

Ils écoutèrent et acquiescèrent. En réalité, ils restèrent si opposés aux drogues que lorsqu’ils apprirent qu’un trafic existait dans l’école privée où ils étaient scolarisés à l’époque, ils informèrent la police et on mit un terme au trafic.

Insensibles comme ils l’étaient à la célébrité, ils étaient fiers de partager leurs racines modestes avec leurs fans. C’est ce qu’ils firent en 1971 dans l’émission spéciale « Goin’ Back To Indiana ».

Sous l’œil des caméras, les garçons retournèrent à Gary dans un hélicoptère qui se posa sur le terrain de football du Lycée Roosevelt. Des centaines de fans étaient présents pour les accueillir malgré le fait que la température soit inférieure à zéro degré.

Bien entendu, les garçons firent un saut à notre ancienne maison. Ils furent accueillis par une pancarte que la ville de Gary avait placée sur la pelouse, disant : BIENVENUE A LA MAISON LES JACKSON FIVE, GARDIENS DU REVE.

JACKIE : Tout à coup, la maison avait l’air vraiment petite. « J’ai vécu là-dedans ? » avais-je pensé. Quand j’étais petit, je la voyais comme un château.

Un autre temps fort du voyage fut la remise de la clé de la ville par le maire Richard Hatcher ainsi que les panneaux, dans la rue, indiquant « JACKSON 5 BOULEVARD ». Mais ce que les garçons espéraient le plus de ce voyage – revoir certains de leurs anciens amis – s’avéra être une déception. Leurs amis n’acceptaient pas l’idée qu’ils n’avaient pas changé en tant que personnes.

JERMAINE : Ils nous touchaient les mains, criaient et hurlaient, nous traitant comme si nous n’étions pas réels. On n’arrêtait pas de répéter « Hé, nous sommes toujours les mêmes personnes que celles avec qui vous êtes allés à l’école ! »
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:52

Chapitre 6 – S’adapter



Je vécus une expérience similaire à celle de mes fils la première fois que je suis retournée à Gary, dans notre ancienne maison – que l’un des cousins de Joe louait. Bon nombre de nos anciens voisins avaient fait un saut pour me rendre visite mais Mildred White, la voisine dont j’étais la plus proche, ne vint pas. J’étais perplexe donc j’allai la voir. « Tu vois, Louis, elle n’a pas changé ! » s’exclama-t-elle à l’attention de son mari lorsqu’elle me vit à la porte. « Changé quoi ? », demandai-je. « Mildred, de quoi parles-tu ? »

Mildred appréciait les anciens amis des garçons et avait apparemment supposé que compte tenu du degré auquel la chance avait tourné pour la famille Jackson, nous devions avoir changé en tant que personnes.

Le fait d’être traités différemment par de vieux amis et voisins était seulement l’une des nombreuses choses auxquelles les garçons, Joe et moi dûmes nous adapter après que les Jackson Five soient devenus célèbres. Le plus important changement auquel eux et moi dûmes faire face fut l’emploi du temps des garçons.

MARLON : A l’époque où on essayait de réussir, la vie était mouvementée. Après avoir réussi, la vie était encore plus mouvementée. Nous revenions à la maison après l’école et disposions d’une fraction de seconde pour manger un morceau. Ensuite, on allait au studio. Chez Motown, on enregistrait une chanson par jour. Si nous avions de la chance, nous rentrions à la maison suffisamment tôt pour faire quelques devoirs avant de nous endormir. C’était comme ça tous les jours de la semaine. Puis, le samedi, on répétait.

TITO : Je n’avais pas un seul moment à moi à l’époque. Savez-vous quand j’en ai eu un pour la première fois ? Après le Victory Tour, en 1984. Je ne me souviens pas avoir passé un seul jour, auparavant, sans « faire ça ».

Quand les garçons n’enregistraient pas ou ne répétaient pas, ils étaient en tournée. Entre 1969 et 1972, ils ont fait des tournées aux Etats-Unis, en Europe, en Afrique et au Japon.

Pour qu’ils ne prennent pas de retard dans leurs études, ils avaient une préceptrice qui voyageait avec eux : Rose Fine. Avant le départ, les garçons recevaient leurs devoirs des professeurs ; Mme Fine s’entretenait avec chacun de leurs professeurs pour savoir où ils en étaient dans chaque matière. Puis, quand ils étaient sur les routes, elle leur demandait de se présenter tous les cinq devant sa chambre d’hôtel le matin pour deux ou trois heures de travail. Sa chambre devenait une version moderne des écoles à classe unique…

A mon agréable surprise, les garçons – qui étaient tous des élèves meilleurs que la moyenne en Indiana – obtinrent des notes encore plus élevées en Californie. Tout le mérite pour cela revient à Mme Fine, dont le dévouement envers les garçons ne connaissait aucune limite. « J’ai l’impression d’avoir été leur mère dans une autre vie », me dit-elle un jour et, en réalité, elle se comportait comme une seconde mère pour eux pendant les tournées. Elle les accompagnait dans leurs visites touristiques et dans leurs séances de shopping, essayant même de s’assurer qu’ils aillent se coucher à une heure raisonnable.

Les garçons l’adoraient. Moi aussi. A l’époque, je rêvais juste de pouvoir passer autant de temps qu’elle avec mes fils ; même si j’avais encore LaToya, Randy et Janet avec moi, la maison semblait vide sans les garçons. Certaines personnes n’aiment pas quand des proches restent chez eux pendant longtemps mais quand nos proches commencèrent à affluer en Californie à cette époque, je les accueillis à bras ouverts. Je voulais de la compagnie.

J’aurais pu ne pas me sentir si seule si j’avais eu des voisins avec qui me lier d’amitié. Mais j’appris rapidement qu’en Californie, les gens avaient tendance à rester chez eux. Je ne voyais même pas d’enfants faire du vélo dans la rue ou se courir après, chose qui me manquait. Ils restaient dans leur propriété, tout comme leurs parents. Je me souviens avoir un jour pensé « Mon Dieu, on aurait tout aussi bien pu me construire une maison au milieu d’un cimetière ».

C’était si difficile pour moi de passer de l’animation de Jackson Street à un quartier paisible de Los Angeles que je ne supportais pas de rester à la maison. Je devais sortir tous les jours, même si c’était juste pour aller au parc et lire. Quand des proches étaient en ville, je me faisais une joie de leur servir de guide. J’ai connu tous les coins et recoins de Disneyland des années avant Michael.

Même quand les garçons étaient en ville, je ne les voyais qu’en coup de vent tous les jours parce qu’ils passaient énormément de temps en studio. Leur emploi du temps mouvementé finit même par mettre un terme à la tradition familiale des Jackson que je préférais : dîner tous ensemble.

Je fis de mon mieux pour que la tradition perdure à L.A, en cuisinant le grand repas habituel. Mais je me lassai de devoir jeter la nourriture quand les sessions d’enregistrement des garçons s’éternisaient si bien qu’un jour, je cessai complètement de préparer le dîner.

Nous dûmes faire face à un deuxième défi majeur : nous habituer à notre nouveau statut de « personnages publics ». Pour les garçons, cela voulait dire gérer les fans, non seulement lors de leurs concerts et dans les aéroports, mais aussi à chaque fois qu’ils franchissaient le seuil de la porte.

TITO : Même en revenant à l’hôtel après un concert, nous n’échappions pas aux fans. Bien que nous ayons toujours des agents de sécurité à chaque bout du couloir, les filles arrivaient à passer outre le barrage si elles voyaient l’un d’entre nous quitter sa chambre pour rendre visite à l’un de nos frères.

Les fans devinrent aussi une partie de ma vie. De temps en temps, notre sonnette travaillait intensément ! J’ouvrais la porte et je voyais jusqu’à sept jeunes fans en même temps qui me dévisageaient.

Je les faisais toujours entrer, leur servait à boire et répondais à leurs questions. Dans ma tête, c’était la bonne chose à faire. C’était comme ça que ma mère m’avait élevée. (Ma mère mettait en pratique ce qu’elle m’avait appris. Quand un fan de New York la pista jusqu’à Rutherford, dans l'Alabama, où elle était retournée pour vivre avec mon beau-père, elle laissa le fan vivre avec eux pendant trois mois).

Quand Motown loua pour nous une autre maison sur Bowmont Drive à Beverly Hills – une adresse moins accessible – je pensais qu’il n’y aurait pas autant de fans. J’avais tort. Ils venaient de plus en plus nombreux sur Sunset Boulevard et campaient devant notre portail. Une fois encore, je ne les empêchais pas d’entrer.

Même après notre déménagement dans notre propre maison à Encino, je parvins à conserver un moment cette politique de "porte ouverte" mais ma patience finit par atteindre ses limites. Le problème, c’est que beaucoup de fans profitaient de mon hospitalité pour rester dans notre maison pendant des heures, s’imaginant, j’en suis sûre, que si elles y restaient suffisamment longtemps, l’un des garçons finirait par se montrer. J’étais trop polie pour leur suggérer « Vous ne croyez pas que vous devriez partir ? »

Finalement, l’une d’entre elles disait « Bon, je crois qu’on ferait mieux de partir. » Mais là, il était minuit et je m’inquiétais pour leur sécurité. « Vous ne pouvez pas rentrer seules », leur disais-je et je finissais par tous les ramener chez elles.

Un matin, j’en vins à me demander « Mais que fais-tu ? Ces filles ne cesseront jamais de venir si tu continues à les laisser entrer et à les reconduire chez elles ». Dès lors, je fis de mon mieux pour les ignorer. Mais à l’époque, je me disais que je préférais accueillir de jeunes fans adorables dans ma maison plutôt que d’être abordée en public par des étrangers impolis.

Peu de temps après que ma photo soit diffusée pour la première fois, on me reconnut dans un magasin Pic ‘n Save. « Que faites-vous à faire du shopping dans un endroit comme ça ? », me demanda une femme. « La même chose que vous », lui répondis-je après avoir surmonté mon choc temporaire.

Par la suite, je fis en sorte d’éviter qu’on me photographie car je me sentais tout simplement plus à l’aise en restant à l’arrière-plan. Même quand je repérais un ou plusieurs de mes fils en couverture d’un magazine au supermarché, je me contentais de prendre calmement le magazine et le mettais dans le caddie. Si fière étais-je, ce n’était pas mon genre de donner un coup de coude à la personne à côté de moi en disant « Ce sont mes enfants ».

Je ne veux pas donner l’impression que tous les changements que mes enfants et moi dûmes faire à Los Angeles étaient difficiles ou traumatisants. Nous avions par exemple l’heureuse mission de nous habituer à avoir suffisamment d’argent pour la première fois de notre vie.

Quand les royalties commencèrent à affluer, il devint évident pour nous que nos soucis financiers étaient terminés ; après vingt ans passés à économiser le moindre centime, je ressentis un énorme soulagement. Le simple fait de savoir qu’on avait de l’argent pour satisfaire nos besoins et nos désirs nous rendait la vie bien plus facile.

REBBIE : Après la naissance de mon premier enfant, Stacee, en 1971, ma mère vint nous rendre visite dans le Kentucky. En termes de personnalité, elle était la même. Mais ce que je remarquai – et qui me plut vraiment – c’est un changement dans son apparence. Maintenant, elle pouvait se permettre de s’habiller élégamment, de porter de jolis bijoux. Elle avait un nouveau look plus raffiné.

Nous nous laissâmes tenter par l’achat de nouveaux vêtements. Je m’offris un tailleur pantalon bleu dans une petite boutique de Fairfax Avenue. Les garçons achetèrent des pantalons en cuir et des vestes. Nous fîmes aussi venir des tailleurs à la maison afin de prendre leurs mesures pour des ensembles en jean qui étaient très populaires à l’époque. Joe et les garçons les porteraient pour leurs concerts ainsi que pour les spectacles d’autres artistes. A l’époque, les costumes avaient l’air plutôt élégants mais quand on les revoit aujourd’hui, ils semblent affreux.

Le seul d’entre nous qui fit immédiatement un gros achat fut Jackie, qui acheta sa première voiture : une Datsun 280Z de 1970. Etant donné qu’il avait dix-neuf ans, il eut ma bénédiction et celle de Joe. Bien entendu, Tito et Jermaine voulaient eux aussi des voitures mais Joe et moi leur demandâmes d’attendre d’achever le lycée.

Alors que faisions-nous de notre argent ? La majorité des revenus était versée sur les comptes-épargne individuels des garçons. Une partie alla dans « le pot », des fonds dans lesquels les garçons pourraient puiser s’ils se mariaient et voulaient payer un acompte sur une maison. Le reste revenait à Joe pour son rôle de manager et à eux sous forme d’une somme hebdomadaire.

Concernant les fonds communs, Joe et moi ne voulions pas laisser cet argent sur des comptes-épargne donc nous fîmes quelques investissements au profit de la famille.

Nous investîmes notamment dans des immeubles résidentiels. Nous achetâmes deux complexes de 212 logements à West Covina ; deux autres à Tarzana dont l’un comportait 212 logements également, l’autre en comptant 196. Quand nous les revendîmes à la fin des années 70, nous en tirâmes des bénéfices considérables.

Nous décidâmes aussi d’investir dans une maison pour la famille. Après avoir vécu pendant deux ans dans les deux maisons que Motown avait loué pour nous, nous avions le sentiment qu’il était temps pour nous d’avoir notre propre demeure.

Au départ, nous limitâmes nos recherches à Hollywood ; l’idée d’être proches de Motown et des studios d’enregistrement était séduisante. Mais nous nous mîmes en tête l’idée d’acheter une maison à Bel-Air, au sommet de la colline avec une vue sur la ville.

Notre agent immobilier nous présenta une propriété à Bel-Air. Pour nous prouver qu’il s’agissait d’un bon investissement à faire, il nous conduisit un jour dans la vallée de San Fernando jusqu’à une maison située à Encino, qui était en vente à peu près au même prix : 140 000 dollars. L’agent était convaincu que la maison d’Encino ne valait pas celle de Bel-Air parce qu’elle était sur un terrain plat et n’avait pas une vue particulière.

Mais il se trouva que la maison d’Encino nous plut davantage. Nous aimions le fait qu’elle était située sur un terrain de plus de 8000 m² avec dix-huit citronniers, orangers et mandariniers ainsi qu’un endroit où les garçons pourraient jouer au basket.

La maison elle-même était agréable. Elle avait le style d’un ranch californien, un étage avec six chambres, une pièce à vivre en contrebas et cinq salles de bain. Nous appréciâmes particulièrement le salon et ses murs en verre, qui était inondé de lumière.

C’est la maison que nous finîmes par acheter. Nous déménageâmes dedans le 5 mai 1971, le lendemain de mon 41ème anniversaire.

Les enfants devaient encore partager leur chambre : Jackie se mit avec le claviériste Ronny Rancifer ; Tito avec le batteur Johnny Jackson ; Jermaine avec Marlon ; Michael avec Randy ; et LaToya avec Janet.

Le jour des dix-sept ans de Jermaine, un treizième résident « emménagea » : Rosie, le boa constrictor. C’était un cadeau de la petite amie de Jermaine, Hazel Gordy, la fille de Berry Gordy.

Ce fut un changement de plus auquel je dus m’accoutumer à L.A. : les nouveaux goûts exotiques des garçons en matière d’animaux domestiques. Bien que nous possédions quelques chiens, ils ne s’en contentaient plus. Ils voulaient des serpents.

Rosie devint l’un de leurs compagnons de jeu favoris. Ils se promenaient dans la maison avec elle enroulée autour de leur cou. Ils aimaient aussi taquiner leurs amis en faisant semblant de lancer Rosie à l’attaque sur eux.

Je me souviens que Johnny Jackson se réveilla en sursaut une nuit en hurlant « Mamaaaan, il y a quelque chose qui rampe sur mon ventre ! » Evidemment, c’était Rosie. Quelques-uns des garçons l’avaient sortie du terrarium de Jermaine dans l’après-midi et avaient oublié de l’y remettre. Elle avait pris la fuite vers le rez-de-chaussée...

Rosie vécut quelques années. Après sa mort, les garçons achetèrent un deuxième boa constrictor. Tout comme Rosie, il aimait se prélasser au soleil dans les arbres de notre jardin.

« On ne laisse pas un serpent en liberté comme ça ! » m’exclamais-je. « Mais il a besoin de faire un peu d’exercice ! » répondaient-ils. Eh bien, un jour, il fit davantage d’exercice que prévu. Quand les garçons sortirent le chercher, il avait disparu. Je n’ai pas osé le dire aux voisins…
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:53

Chapitre 7 – En solo



Etant donné la fascination de mes fils pour les créatures exotiques, je crois qu’il n’est guère surprenant que l’un d’entre eux ait fait un tube n°1 au hit-parade en 1972 au sujet d’un rat. La chanson s’intitulait « Ben » et provenait du film du même nom. Le chanteur était Michael.

« Ben » était le troisième tube de Michael en tant qu’artiste solo, faisant suite à « Got To Be There » et à « Rockin’ Robin », une reprise d’une vieille mélodie de Bobby Day. L’idée que lui et quelques-uns des garçons enregistrent en solo venait de Berry Gordy. (Jermaine lui-même classa un tube dans le Top 10 en 1973 avec sa version de « Daddy’s Home », un succès de Shep & The Limelites en 1961).

Je sais que le fait de se voir accorder l’opportunité d’enregistrer « Ben » était pour Michael un rêve devenu réalité. Non seulement c’était une jolie ballade – si on ne savait pas que Ben était un rat, on ne l’aurait jamais deviné – mais, par ailleurs, Michael adorait les rats.

Je me souviens avoir un soir dîné avec la famille dans un restaurant et avoir vu Michael ramasser des miettes dans son assiette et les mettre dans la poche de sa chemise. « Michael, que fais-tu », finis-je par lui demander. A cet instant, un rat sortit la tête de la poche de Michael… J’avais ma réponse.

Michael élevait des rats quand nous vivions à Beverly Hills. Nous habitions dans une zone où la végétation était abondante et je voyais de temps à autre de gros rats bruns trottiner dans les plantes et les buissons. Au bout d’un moment, j’eus la surprise de voir que les rats semblaient changer de couleur : certains étaient partiellement blancs, d’autres l’étaient totalement. C’est alors que je réalisai que Michael laissait ses rats blancs se promener en liberté et qu’ils se reproduisaient avec les rats sauvages.

Je n’abordai jamais avec Michael le sujet de son élevage mais quand nous déménageâmes dans notre maison d’Encino, je l’informai « Tes rats ne t’accompagneront pas ».

En plus d’aimer les rats, Michael aimait la magie. A l’âge de douze ans, il dépensait pour des tours de magie l’intégralité des trois dollars d’argent de poche hebdomadaire qu’il recevait.

Il aimait aussi dessiner et peindre. Charlie Chaplin et Mickey Mouse étaient ses deux sujets favoris ; ses croquis d’eux ornaient un mur de sa chambre dans notre maison d’Encino.

Comme n’importe quel enfant, Michael avait aussi ses peurs… dont la pire était de prendre l’avion pendant un orage, sous les éclairs...

REBBIE : Après leur concert à Memphis, mes frères étaient supposés attraper un vol pour Atlanta. Tout le monde était prêt à quitter l’hôtel mais impossible de trouver Michael. Ils cherchèrent partout. Ils finirent par le trouver, caché dans un placard. Il avait entendu dire qu’un orage se préparait.

Rebbie revit ses frères quelques mois plus tard, à Nashville. Elle amena avec elle sa fille de six mois, Stacee, que Joe et les garçons n’avaient pas encore rencontrée. Michael était si heureux de voir sa nièce qu’il grimpa dans son petit lit pour jouer avec elle… après quoi ils s’endormirent rapidement tous les deux.

Alors que Michael se comportait comme un enfant ordinaire à de nombreux égards, lorsque je le vis interpréter « Ben » aux Oscars en 1973, cela me rappela que professionnellement parlant, il était très en avance sur son âge.

Je n’imagine pas de situation plus stressante dans le show-business que celle de chanter lors des Oscars. Pourtant, Michael, 14 ans, ne semblait pas plus stressé en chantant « Ben » ce soir là qu’il ne l’avait été en chantant « Climb Ev’ry Mountain » en CP à l’école primaire Garnett.

Même les commentaires qu’il me fit après le spectacle – « Ben » était voué à remporter l’Oscar de la Meilleure Chanson (Note : en réalité, Ben figurait parmi les titres nominés mais ne remporta pas l’Oscar, attribué à la chanson « The Morning After » de Al Kasha et Joel Hirschhorn) - étaient ceux d’un professionnel aguerri : « Maman, est-ce que tu as remarqué que dans son discours de remerciement, l’auteur de « Ben » ne m’a même pas remercié d’avoir chanté la chanson et d’avoir contribué à en faire un succès ? Qu’il n’a même pas mentionné mon nom ? »

Quatorze ans fut un âge difficile pour Michael. En 1972, il éprouva des sentiments mitigés lorsque Tito initia une nouvelle tendance chez les aînés en se mariant. En 1975, Jermaine, Jackie et Marlon s’étaient à leur tour mariés. « Une partie de moi-même », confia Michael dans Moonwalk, >« voulait que nous restions comme avant : des frères qui étaient aussi des meilleurs amis »…

REBBIE : Je pense en réalité que Michael en a voulu à ses frères de se marier et de quitter la maison, à la fois sur un plan personnel et professionnel. Professionnellement, Michael ne voyait pas comment lui et ses frères pouvaient construire quelque chose d’efficace sur les solides fondations musicales qu’ils avaient bâties si les frères ne restaient pas concentrés à 100% sur les Jackson Five comme il l’était lui-même.

Il ne le verbalisa pas de cette façon. Même en tant que pré-ado, Michael avait du mal à exprimer ce qu’il ressentait, surtout si ses opinions pouvaient engendrer des dissensions ou de la souffrance. Mais de temps en temps, il lâchait quelques phrases qui furent pour moi autant d’indices sur son état d’esprit – par exemple, en disant qu’il perdait un autre camarade de composition lorsque l’un des frères déménageait…

A la même période où Michael s’inquiétait au sujet de ses frères et de l’avenir des Jackson Five, il traversait les traumatismes ordinaires de l’adolescence : un pic de croissance, une mue et une acné sévère. Mais Michael étant dans le show-business, ces traumatismes étaient amplifiés.

Depuis des années, les gens nous disaient au sujet de sa voix aiguë : « Mais qu’allez-vous faire quand la voix de Michael muera ? » C’était comme si le succès des Jackson Five dépendait entièrement de sa voix aiguë.

Ils s’avéra que la voix de Michael ne fut pas trop affectée – les voix aiguës sont courantes dans notre famille – mais au départ, il ne voulait pas du tout accepter le fait qu’elle avait changé. Un jour, LaToya me dit : « Tu sais, Michael ne veut pas abandonner sa voix. Il doit le faire mais il essaie encore de chanter des notes aiguës ».

Mais les inquiétudes qu’il pouvait avoir au sujet de sa voix n’étaient rien comparées à la honte qu’il ressentait à cause de son acné. Contrairement à Jermaine et Marlon qui prirent leur mal en patience, Michael était tellement gêné par les boutons sur son visage qu’il ne voulait pas sortir de la maison. Quand il le faisait, il baissait la tête. Même quand il me parlait, il n’arrivait pas à me regarder en face.

J’étais malade d’inquiétude pour lui. Je l’emmenai voir un spécialiste mais le médecin ne pouvait pas faire grand-chose pour l’aider.

L’acné de Michael finit par disparaître mais les changements qu’elle avait provoqués en lui perdurèrent. Ce n’était plus un garçon insouciant, sociable et espiègle. Même s’il se joignait occasionnellement à ses frères pour une partie de basket sur le terrain (« Comment peux-tu être aussi bon alors que tu ne joues presque jamais ? » lui demandaient-ils toujours avec étonnement), il était devenu plus silencieux, plus sérieux et plus solitaire.

Je percevais aussi le nouveau Michael à travers les photos qu’il prenait : alors que LaToya et moi aimions aller au Lion Country Safari pour photographier les animaux, Michael préférait rester à la maison à photographier les fleurs et la rosée… se laissant glisser dans son propre univers…
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BILLIE.JEAN
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:55

Chapitre 8 - Luttes



De tous les mariages de mes garçons, celui qui a fait le plus de bruit dans les médias a été celui de Jermaine. Pour beaucoup, son mariage avec la fille de Berry Gordy, Hazel, en décembre 1973, symbolisait le mariage de deux familles de la pop, soulignant la force du lien entre les Jackson 5 et Motown.

Le mariage, organisé au Beverly Hills Hotel, était spectaculaire. Parmi les deux cents invités figuraient la crème des artistes Motown et des amis de la famille Gordy comme Coretta Scott King. Le thème était « Les merveilles de l’hiver ». Il y avait 175 colombes blanches dans des cages, 7000 camélias blancs et des monticules de neige artificielle. Jermaine portait un smoking blanc et Hazel, une robe blanche couverte de perles et ornée de vison. Rebbie, LaToya et Janet étaient demoiselles d’honneur ; Tito, Marlon et Michael jouaient le rôle de garçons d’honneur. Le temps fort de la cérémonie a été l’interprétation par Smokey Robinson d’une ballade qu’il avait écrite spécialement pour les jeunes mariés.

Cependant, le public était loin de savoir qu’au moment où Jermaine et Hazel se disaient « Oui, je le veux », Joe et quelques-uns des garçons envisageaient un « divorce » avec Motown.

Au cœur du problème, la liberté créative que Motown voulait bien accorder aux garçons. Motown ne voulait pas leur donner le moindre contrôle quel qu’il soit dans le studio, alors que les garçons voulaient avoir leur mot à dire sur la sélection de chansons qu’ils enregistraient ainsi que sur la façon dont elles devaient être produites. A l’époque, ils avaient commencé à écrire leurs propres titres et à les enregistrer dans le studio que nous avions à la maison. Leur modèle était un autre artiste de Motown, Stevie Wonder, qui était parvenu à acquérir un contrôle artistique auprès de Motown quelques années plus tôt, et qui continuait à décrocher des places au Top Ten pour le label.

Joe et moi discutions souvent de la situation chez Motown ; elle était pesante pour lui. Mais à chaque fois qu’il abordait le sujet de la liberté artistique avec Berry Gordy, il essuyait un refus. M. Gordy pensait que les garçons n’étaient pas prêts à écrire et produire leurs propres disques. Un jour, Joe en a eu marre.

« Je dois commencer à m’occuper de trouver un nouveau label pour les garçons », m’a-t-il confié. « Motown freine leur essor. Je veux qu’ils puissent développer et exercer tous leurs talents ».

Il y a eu au cours de l’année 1974 un évènement spécial dans la carrière des Jackson 5 sur lequel Joe et les garçons avaient un contrôle total : les débuts du groupe à Las Vegas. Joe avait planifié cet engagement de deux semaines au MGM Grand afin de montrer au monde entier que les Jackson 5 étaient plus qu’un groupe Motown.

« Maintenant, on doit monter un vrai spectacle », se sont mis d’accord les garçons. Tout comme Joe, ils savaient que leur spectacle rock ne passerait pas auprès d’une foule assise et plus âgée. Parmi leurs idées, un medley pop dans lequel les frères, assis chacun sur un tabouret, chanteraient tour à tour en solo sur des titres comme « By The Time I Get To Phoenix » ou encore « Killing Me Softly With His Song ».

Leur meilleure idée a été d’impliquer leurs sœurs et Randy dans le spectacle, leur donnant un premier aperçu de la scène et permettant au public de voir que Jackie, Tito, Jermaine, Marlon et Michael n’étaient pas les seuls enfants Jackson à avoir du talent. Pour Randy, avoir la chance de se produire sur scène avec ses frères aînés était un rêve qui devenait réalité.

REBBIE : Quand ses frères prenaient la route à l’époque de Gary, Randy était toujours celui qu’on laissait à la maison. Et il n’aimait pas ça. Il s’est mis aux bongos et mon père lui a dit que le jour où il les maîtriserait, il l’autoriserait à se joindre au groupe. C’était tout ce que Randy avait besoin d’entendre. Il a tapé sur ces bongos nuit et jour. « Je peux participer maintenant ? » demandait-il à son père presque tous les jours. Mais il n’était pas encore prêt. A chaque fois que mon père secouait la tête pour dire non, Randy se comportait comme s’il avait perdu ses ailes.

RANDY : A l’époque, étant le plus jeune des garçons, je me sentais effectivement laissé pour compte. Mais je n’éprouvais pas de tristesse ; je pense que Dieu a Sa manière unique de s’occuper de nous. Etre souvent le seul garçon à la maison m’a donné l’occasion de penser un peu à moi-même. La famille me considère comme le plus individualiste des enfants, c’est ainsi que ça s’explique. Quand je n’étais pas avec mes frères, je n’étais pas vraiment « seul ». J’avais une maison pleine d’instruments. Débutant à l’âge de huit ans, j’ai appris tout seul à en jouer. J’ai débuté avec le piano. Puis je me suis orienté vers la guitare, la basse et la batterie.

Plus d’une fois, je me suis réveillée au milieu de la nuit et décidais d’aller jeter un œil sur les enfants, seulement pour découvrir que Randy n’était plus dans sa chambre. A chaque fois, je finissais par le trouver dans le studio d’enregistrement, en train de répéter.

Pour le numéro de Randy, Joe et les garçons avaient décidé de l’associer à Janet et de les faire chanter un medley de titres rendus populaires par des duos : le « I Got You, Babe » de Sonny & Cher, « Indian Love Call » de Jeanette MacDonald et Nelson Eddy, et « Love Is Strange » de Mickey et Sylvia. Michael a fait une excellente suggestion : « Janet est toujours en train de faire le clown, de faire des imitations amusantes. Laissons-la faire son imitation de Mae West quelque part ». Nous avons juste trouvé l’emplacement idéal dans « Love Is Strange », au moment où Sylvia dit à Mickey « Come here, loverboy ».

Quant à LaToya et Rebbie, il a été décidé qu’elles danseraient : LaToya pendant la séquence de claquettes, Rebbie pendant son interprétation du vieux tube de Peggy Lee, « Fever », aux côtés de Michael et Marlon.

Malheureusement, à cause d’un accident malencontreux, la seule apparition que Rebbie finirait par faire sur la scène du MGM Grand se situerait à la fin du spectacle, quand les enfants salueraient. La nuit précédant le début de la série de spectacles, elle descendait les escaliers dans le casino de l’hôtel en tenant la main de Stacee, quand Stacee a soudainement sauté quelques marches. Rebbie a dû faire un bond en avant et, en le faisant, elle s’est tordu la cheville. Elle avait le cœur brisé et n’a pas pu se produire sur scène.

Cela s’est avéré êthttp://www.elusiveshadow.com/administrator/index.php?option=com_content§ionid=14&task=edit&cid[]=1572re la seule déception liée à ces spectacles. « C’est le meilleur show que j’aie jamais vu à Vegas ! » nous ont confié, à Joe et moi, des dizaines de spectateurs au cours de ces deux semaines. Tout le monde savait qui nous étions parce que les enfants avaient tenu à nous présenter depuis la scène, en dépit de mes objections.

Les enfants donnaient deux spectacles chaque soir et je n’en ai pas manqué un seul. « Tu n’es pas fatiguée ? » me demandaient-ils. « Pourquoi tu ne restes pas à te reposer ce soir ? » « Je ne suis jamais fatiguée de vous regarder », répondais-je toujours. Cela me rappelle un vieux dicton du Sud « Toutes les mamans corbeaux pensent que leur petit corbeau est le plus noir ». Eh bien, je pense que toute mère qui a des enfants sur scène aime ce qu’ils font et veut les soutenir. A ce jour, si je suis sur les routes avec l’un de mes enfants, il ou elle peut s’attendre à me voir dans le public tous les soirs !

Désireuse de me rendre utile pendant les spectacles de Las Vegas, j’ai commencé à prendre des notes au sujet de chaque prestation et, après le show, je partageais mes commentaires avec les enfants. « Michael, pourquoi tu ne tiens pas cette note là plus longtemps ? » suggérais-je. Ou : « Janet, que penses-tu de modifier un peu ce pas de danse ? » Les enfants aimaient entendre mon avis, à tel point que mes critiques post-concert sont une tradition familiale à ce jour.

En ce qui concerne le show des enfants à Las Vegas, le plus fort des temps forts était l’imitation de Mae West par Janet. Soir après soir, elle volait la vedette avec ça, la chipie ! J’ai alors su qu’elle était faite pour une carrière dans le show-business, elle aussi.

« La vie est comme un bateau », aimait dire Michael. « On en est le capitaine. La façon dont on tient la barre détermine la façon dont elle va avancer ».

A Las Vegas, nous étions les capitaines de notre bateau et tout s’est passé à merveille. Mais une fois de retour à Los Angeles, c’était encore Motown qui tenait la barre de la carrière des Jackson 5. Après le triomphe de Las Vegas, il est devenu encore plus difficile pour Joe d’accepter ce fait. Cependant, plus Joe évoquait la possibilité de quitter Motown à la fin du contrat des garçons en 1976, plus j’étais anxieuse.

« Si nous quittons Motown, alors personne, toi y compris, n’aura de travail », ai-je souligné.

« Kate, ce n’est pas vrai », a-t-il répondu. « Je sais que nous pouvons obtenir un meilleur contrat avec une autre maison de disques ».

Joe a commencé à dialoguer avec d’autres maisons de disques. Berry Gordy a eu vent de ce qu’il faisait et a envoyé un responsable de Motown, Ewart Abner, à New York – où les garçons se produisaient à ce moment là – pour rencontrer Joe. Le message que M. Abner apportait était le suivant : M. Gordy « se fiche de ce que ça implique, il veut juste que les garçons restent chez Motown ». Mais à ce stade, la décision de Joe était prise : les Jackson 5 signeraient avec un nouveau label désireux d’autoriser les garçons à enregistrer quelques-unes de leurs propres chansons.

Ce nouveau label s’avéra être Epic Records, l’une des filiales détenues par CBS Records.

« Eh bien, après tout, ta décision de quitter Motown n’était pas une si mauvaise idée », ai-je dit à Joe après qu’il ait accepté l’offre d’Epic.

Le seul problème, c’est que Jermaine a décidé qu’il ne voulait pas quitter Motown. Marié à la fille du président du label que ses frères quittaient, Jermaine se trouvait dans une position difficile. S’il décidait de rejoindre ses frères chez Epic, il ferait de la peine à Hazel et à M. Gordy. S’il décidait de rester chez Motown en solo, il ferait de la peine à Joe, à moi et aux garçons. Au final, Jermaine a fait de la peine à sa famille.

Quand il a expliqué à Joe et à moi-même qu’il avait le sentiment de devoir sa loyauté à Motown pour avoir donné leur chance aux Jackson 5, Joe a été outré.

« C’est mon sang qui coule dans tes veines, pas celui de Berry Gordy ! » a-t-il explosé.

Quand Jermaine a ajouté que c’était M. Gordy « qui mettait des steaks sur notre table et des dents dans notre bouche », j’ai pris la parole.

« Nous mangions déjà des steaks à Gary. Et même si c’est vrai que M. Gordy nous a prêté l’argent nécessaire pour acheter des couronnes dentaires pour les dents cassées de Jackie et Tito, il a récupéré par la suite des sommes cent fois supérieures à celle-là ».

Mais la décision de Jermaine était définitive et la famille Jackson a affronté sa première déchirure.

MARLON : à vrai dire, je respectais la décision de Jermaine. Il devait faire ce qu’il pensait être le mieux pour sa vie. Je n’ai simplement pas aimé la façon dont il s’est comporté et c’est ce que je lui dis aujourd’hui. Nous avions un spectacle familial à donner à New York, à Westbury. Le jour du spectacle, il nous a informés qu’il ne monterait pas sur scène parce que Berry Gordy lui avait dit « Ne fais pas le show ». Je me souviens que nous lui avons tous dit : « D’accord, dans ce cas, si c’est comme ça que tu prends les choses, très bien. Mais nous on va assurer ». Nous avons recruté le meilleur musicien de l’orchestre pour faire le spectacle avec nous.

Pendant plusieurs mois après sa décision, j’étais la seule que Jermaine appelait. Il savait que je l’écouterais et je le faisais. Je lui ai dit que je comprenais la situation difficile dans laquelle il se trouvait et que je l’aimais de la même manière, quelle que soit la décision qu’il avait prise… même si, au fond de moi, j’en souffrais encore.

« Eh bien, j’espère que mon père et mes frères ne m’en veulent pas pour ce que j’ai fait », m’a-t-il dit durant une conversation. Je lui ai répondu qu’ils ne lui en voulaient pas. Mais le fait est qu’il s’est écoulé six mois avant qu’ils ne recommencent à se parler.

Ce qui a rendu cette période nos vies encore plus difficile a été la décision de Motown de poursuivre CBS Records et les Jacksons en justice, réclamant 20 millions de dollars suite au départ du groupe. Dans l’affaire, Motown affirmait avoir subi des dommages étant donné qu’Epic Records avait annoncé la signature d’un contrat avec les garçons neuf jours avant la fin de leur contrat avec Motown, affectant en conséquence les ventes de l’album Moving Violation des Jackson 5 en 1975.

Motown gagna aussi une procédure nous interdisant d’utiliser le nom « Jackson 5 » par la suite. Cela m’a préoccupée encore davantage que la somme d’argent en jeu dans le procès.

« Comment Berry Gordy peut-il garder le nom alors que ce n’est même pas lui qui l’a donné aux garçons ? » ai-je naïvement demandé à Joe.

La réponse : Motown avait inclus une clause dans le contrat qui le désignait comme propriétaire du nom. Ca faisait partie des « petites lignes » du contrat et elles nous ont échappé !

Le conflit avec Motown est tombé plus bas que terre quand le vice-président de la maison de disques, Michael Roshkind, a menacé de former… un « nouveau groupe Jackson 5. Nous pouvons faire tout ce que nous voulons avec le nom », a-t-il affirmé. « Il y avait des tonnes de Jackson partout et non seulement nous avons fait de 5 d’entre eux des stars, les avons installés dans leur propre maison, avons payé pour leur éducation… mais nous avons aussi travaillé une année complète avec eux avant leur premier disque ».

C’était dur à entendre.

Tous les garçons ont ressenti l’impact du départ de Jermaine du groupe. Pourtant, la première fois que les garçons se sont produits sur scène sans lui lors du spectacle familial de Westbury, ils ont bénéficié de 4 standing ovations. Marlon a chanté les vieux couplets de Jermaine à la perfection, Randy a donné le meilleur de ses bongos et Michael a chanté et dansé avec plus de grâce que jamais.

Joe n’a pas perdu de temps pour conduire les enfants en studio pour qu’ils enregistrent leur premier album chez Epic. La maison de disques a sélectionné l’équipe bien connue de compositeurs-producteurs Kenny Gamble et Leon Huff pour qu’ils travaillent avec mes enfants. Gamble et Huff avaient écrit des tubes pour bon nombre d’artistes et ont réussi à en écrire un pour les garçons : « Enjoy Yourself ». J’aimais vraiment cette chanson, tout comme l’album entier, sobrement baptisé The Jacksons. Le son de Gamble et Huff était plein de classe et de maturité.

J’ai encore plus aimé Goin’ Places, le deuxième album enregistré par les garçons avec Gamble et Huff. J’ai particulièrement apprécié la chanson engagée « Man Of War », un plaidoyer pour la paix. Motown avait éloigné les garçons de ce type de morceau ; le terme « black power » était en vogue au début des années 70 et je suis sûre que M. Gordy ne voulait pas que mes fils soient associés avec une chanson ou une déclaration susceptible d’être mal interprétée et de sembler politique voire, pire, militante. A l’époque, j’étais d’accord. Cependant, en 1977, chanter des chansons engagées était, de mon point de vue, un autre signe de maturité chez mes garçons.

Malheureusement, le public n’a pas partagé mon enthousiasme pour The Jacksons et Goin’ Places. Les ventes étaient décevantes.

TITO : D’un seul coup, les gens nous disaient que notre carrière était finie.

Nous avons aussi entendu dire que les garçons étaient stupides d’avoir quitté Motown. Pourtant, Motown ne semblait pas vraiment faire des merveilles avec Jermaine à l’époque. « My Name Is Jermaine », son premier album solo depuis qu’il avait quitté ses frères, s’est mal vendu malgré les affirmations de Berry Gordy dans la presse, disant que Motown allait faire de lui une superstar. Le single « Let’s Be Young Tonight » de Jermaine a fait un flop.

Mes garcons ont eu un long parcours, un parcours bien plus long que dans mes rêves les plus fous, pensais-je à l’époque. Les « experts » auraient-il raison lorsqu’ils disent que c’est fini ?

Michael, lui, n’a pas douté de lui-même ou de ses frères une seule seconde.

« Ne t’inquiète pas, Maman », m’a-t-il dit quand je lui ai fait part de mes inquiétudes. « Nous allons revenir au sommet ».

Joe et les garçons avaient un plan. Joe et Michael ont dévoilé ce plan lors d’une réunion avec Ron Alexanderburg, le responsable de CBS Records qui avait fait signer les Jacksons chez Epic, en 1978. Le plan était simple : les garçons se sortiraient de l’ornière en écrivant et en produisant eux-mêmes leur troisième disque chez Epic. Leur argument face à M. Alexanderburg était simple : « Gamble et Huff ont donné au groupe le meilleur d’eux-mêmes mais les choses n’ont pas fonctionné. Nous pouvons mieux faire ».

Joe et Michael ne demandaient pas au responsable de CBS Records de faire un pari fou en exauçant leur vœu. M. Alexandenburg avait pu suivre l’évolution des garçons en tant qu’auteurs et producteurs dans les quatre chansons qu’ils avaient réalisées pour les deux albums enregistrés avec Gamble et Huff. Les garçons étaient particulièrement fiers de « Different Kind Of Lady », une collaboration de groupe. Ils ont dû se battre pour qu’elle soit incluse sur Goin’ Places. Même s’ils affirmaient le contraire au départ, Gamble et Huff ne se sont jamais vraiment intéressés aux chansons des garçons, si bien qu’ils ont éprouvé une satisfaction toute particulière quand ce titre est devenu populaire dans les boîtes de nuit.

Pour notre plus grand plaisir, Ron Alexenburg a exaucé le vœu de Joe et des garçons. Il n’a formulé qu’une seule demande : que les employés de CBS Bobby Colomby et Mike Atkinson soient autorisés à superviser le projet en tant que producteurs exécutifs de l’album. Joe et les garçons ont accepté.

RANDY : En tant qu’êtres humains, nous ne connaissons pas nos capacités. Les seuls moments où nous semblons pouvoir véritablement progresser sont ceux où l’on nous teste. Créer notre propre album a été le meilleur test pour moi et mes frères.

Les garçons ne manquaient pas de chansons. Ils en écrivaient depuis le début de leur carrière chez Motown et, selon Tito, « les stockaient dans notre banque personnelle ». Ils avaient aussi de l’expérience grâce à l’enregistrement de démos de leurs morceaux dans le studio que nous avions à la maison. A ce stade, Jackie, Tito et Marlon avaient aussi fait construire des studios chez eux.

MARLON : Nous sommes allés en studio pleins de confiance : « Nous allons montrer à tout le monde que nous ne sommes pas finis ».

L’album s’est révélé être un véritable travail de groupe. Cinq des huit chansons étaient co-écrites par eux tous. Les garçons avaient aussi inventé une manière astucieuse de mixer chacune des chansons ensemble.

MARLON : Quelques-uns d’entre nous faisaient un premier jet en mixant une chanson donnée. Quand le mix était fait, le reste d’entre nous l’écoutait avec des oreilles neuves et faisait les changements que nous jugions nécessaires. Nous répétions ce procédé pour chaque chanson et ça a très bien marché.

Le fruit de leur travail a été Destiny, commercialisé à l’automne 1978. Il a été salué par la critique comme le renouveau des Jackson. Je l’ai adoré. Mais à la première écoute, j’ai eu peur. Epic allait-il le promouvoir ? me suis-je demandé. Comment les acheteurs vont-ils savoir que c’est un excellent album ? L’anxiété est montée d’un cran quand le premier single de l’album, « Blame It On The Boogie », la seule chanson que les garçons n’avaient pas écrite, a été un échec.

RANDY : Nous avons dit à CBS « Non, non, non, ne sortez pas ‘Blame It On The Boogie’ ! Sortez ‘Shake You Body (Down To The Ground)’ », que Michael et moi avions écrite. Mais CBS aimait Boogie donc je pense qu’ils ne croyaient pas encore en nous à 100%.

Heureusement, Shake Your Body a été le deuxième single extrait de l’album. Il a très bien marché, atteignant la 7ème place des charts pop du Billboard.

RANDY : A vrai dire, cette chanson aurait dû être n°1. Elle s’est vendue à 2 millions d’exemplaires, un score excellent pour un single. Mais je crois que la radio et la presse n’étaient pas encore prêtes à accepter notre retour.

Le public, lui, l’était. Destiny, au final, a été double disque de platine. Pendant qu’il surfait au sommet des charts au début de l’année 1979, les Jacksons se sont produits en Grande-Bretagne, en Europe et en Afrique, les premières destinations de leur tournée mondiale cette année là. Quel titre approprié et positif pour leur album ! ai-je pensé en me penchant sur le retour des garçons sous les projecteurs…

Il s’avéra que « Destiny » était un mot qui pouvait aussi s’appliquer au retour de Michael en tant que talent solo.
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Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:57



Chapitre 9 – Startin’ Somethin’



Je n’oublierai jamais la leçon que LaToya, Janet et moi avons reçue de Michael, un jour, lorsqu’il est tombé sur nous alors que nous nous détendions devant la télé.

« Vous ne réalisez pas que vous perdez un temps précieux ? » nous a-t-il asséné. « Levez-vous et faites quelque chose ! Ecrivez une chanson ! Je me sens coupable de rester assis quand je sais que je peux faire quelque chose ».

A la fin des années 70, Michael était loin de rester assis à se laisser ronger par la culpabilité. Même si les Jacksons étaient à un tournant de leur carrière, le groupe seul ne suffisait plus à contenir ses ambitions croissantes. En réalité, l’album Destiny était pris en sandwich entre deux projets solo d’envergure.

Le premier était le rôle de l’Epouvantail dans The Wiz, la version noire du Magicien d’Oz.

Michael parlait de devenir acteur depuis le début des années 70. Il avait joué bon nombre de sketches dans la série TV estivale des Jacksons en 1976 mais avait trouvé ce travail peu épanouissant. The Wiz était bien plus à son goût. Michael avait vu la version de « The Wiz » jouée à Broadway, qui avait remporté un Tony Award. Il avait suivi avec intérêt l’achat des droits du film par Motown, même si les Jacksons quittaient le label.

Quand Diana Ross a été désignée pour jouer Dorothy, cela a donné à Michael une motivation de plus pour obtenir un rôle dans le film ; il était amoureux d’elle depuis qu’elle l’avait hébergé chez elle avec ses frères. « Vous ne serez belles que quand vous commencerez à ressembler à Diana », disait-il à LaToya et à Janet pour les taquiner.

Etant donné que nous faisions encore l’objet de poursuites judiciaires de la part de Motown à l’époque, Michael s’est quelque peu interrogé sur ses chances de décrocher un rôle dans The Wiz. Mais avec les encouragements de Diana, il n’a pas abandonné et a passé l’audition pour le rôle de l’Epouvantail devant le réalisateur, Sidney Lumet. A sa plus grande joie, M. Lumet a aimé sa prestation et l’a choisi pour le rôle.

L’idée d’être impliqué dans « The Wiz » était très excitante pour Michael. Je me rappelle qu’il poussait de petits cris enthousiastes en lisant le script dans sa chambre. Il était ravi, en particulier, de travailler avec un réalisateur aussi réputé que M. Lumet, dont la filmographie incluait des œuvres comme Serpico, Midnight Express, Un après-midi de chien et Douze Hommes en Colère. Il l’a fait savoir à tout le monde, à la maison. « Tout le monde », à l’époque, représentait Joe et moi ainsi que LaToya, Randy et Janet. Comme ils vivaient encore à la maison, Michael, Janet et LaToya étaient particulièrement proches. D’une manière ou d’une autre, Janet et LaToya avaient la capacité de transformer mon fils – de plus en plus secret et acharné à la tâche – en le Michael enjoué du passé, même si ce n’était que pour un court moment.

Ils adoraient se jouer des tours. Michael, en particulier, aimait embêter LaToya avec de fausses araignées et tarentules. Il mettait l’une de ses créatures en plastique sur le téléphone de sa chambre, l’appelait et écoutait ses hurlements. Sachant à quel point elle prenait soin de sa chambre, il adorait aussi se ruer dans la pièce et se jeter sur le lit, avec ses draps en satin blanc.

« Je vais t’apprendre à être aussi méticuleuse ! » s’exclamait-il sous ses cris furieux.

Ayant été informée par Michael qu’il était très fier de travailler avec Sidney Lumet, LaToya a mijoté la plus grande revanche de tous les temps. La veille de son départ à New York pour le début du tournage, Michael a reçu un appel sur sa ligne privée de la part de « la secrétaire de M. Lumet ». M. Lumet était dans le quartier, a annoncé la voix, et passerait dans cinq minutes pour l’emmener dîner quelque part.

Michael ne savait pas par où commencer : il n’était pas habillé et sa chambre était en désordre. D’une manière ou d’une autre, en cinq minutes, il a réussi à se rendre présentable, à se coiffer, et il a couru de pièce en pièce pour annoncer à tout le monde avec excitation : « Sidney Lumet vient me chercher pour m’emmener dîner ! » Puis il s’est assis et a attendu que notre service de sécurité l’informe de l’arrivée de M. Lumet. Il a attendu. Attendu. Et moi avec lui ; je croyais, moi aussi, que le réalisateur venait.

LaToya a fini par avouer : « Michael, Sidney Lumet ne va pas t’emmener dîner. C’était moi au téléphone ! »

Je n’ai jamais vu Michael si fâché. Il a traîné LaToya dehors et l’a aspergée de la tête aux pieds avec le tuyau d’arrosage.

Pour que Michael ne soit pas seul à New York, sa copine de farces l’a accompagné. Je lui ai aussi rendu visite. Non seulement je voulais voir comment Michael allait, mais je voulais aussi voir comment se passait la vie sur un tournage.

J’ai assisté au tournage de la scène dans laquelle Nipsey Russell, qui jouait le bûcheron de Fer-Blanc, chante « Slide Some Oil To Me ». Cette scène a été rejouée tant de fois ce jour là que j’ai fini par perdre le compte. J’ai quitté le plateau en éprouvant un respect nouveau pour le dur travail que doivent faire les acteurs.

Michael devait montrer son courage sur le plateau même quand les caméras ne tournaient pas. Par exemple, il devait supporter des séances de maquillage quotidiennes de quatre heures pour devenir l’Epouvantail. Si je ne concevais pas que quelqu’un – à plus forte raison Michael l’hyperactif – puisse rester assis aussi longtemps sans bouger, lui n’en avait cure. L’une des raisons pour lesquelles il aimait se faire maquiller chaque jour, en toute honnêteté, était le fait que ses complexes le faisaient encore souffrir.

Une fois les scènes du jour tournées, Michael se faisait démaquiller ; ses yeux étaient rouges et sa peau couverte de plaques rouges. Un jour, alors qu’il quittait le tournage, des fans qui attendaient dehors ont commenté : « Hé, ce type est shooté ! » Michael leur a patiemment expliqué qu’il n’avait pas consommé de drogue, qu’il avait simplement porté un lourd maquillage toute la journée.

Michael devait aussi affronter un climat glacial. Il m’a parlé d’une grande scène de danse au World Trade Center où plusieurs dizaines de danseurs légèrement vêtus sur les 600 présents ont eu tellement froid qu’ils sont partis sur-le-champ. Mais, une fois encore, Michael a affirmé que le froid ne le gênait pas. Il s’était sans aucun doute endurci grâce aux hivers rigoureux de Gary.

Diana Ross l’a beaucoup soutenu au cours du tournage. Michael faisait référence à elle comme « ma maman » sur le plateau. Elle avait pris l’habitude de jeter un œil sur lui le matin dans sa loge. Cependant, il y a eu quelques moments pendant les répétitions de danse où Diana a sans doute été quelque peu contrariée par Michael. Michael apprenait tellement vite les pas de danse montrés par le chorégraphe qu’il a involontairement énervé tout le monde, y compris Diana, en se distinguant des autres.

« Michael, attends une minute ! » devait-elle lui dire ; « Ne va pas si vite. Tu me fais passer pour une idiote ! »

L’avant-première de The Wiz à Los Angeles a eu lieu à Century City. C’était ma première avant-première de film et elle était exactement comme je l’imaginais : des stars, des paillettes et des fans en délire. Malheureusement, le film lui-même a été mal accueilli par les critiques et a été un échec au box-office. La seule nomination aux Oscars que le film a reçue concernait la direction de la photographie.

Néanmoins, il y avait pour Michael des côtés positifs : même les critiques les plus dures saluaient sa prestation. La scène dans laquelle son personnage de l’Epouvantail descend de son perchoir de façon bancale mais pourtant gracieuse a été désignée comme l’un des moments forts du film. Mais je sais que la critique qui a eu le plus d’importance pour Michael était celle de Sidney Lumet : « Michael est le jeune homme le plus talentueux depuis James Dean : un acteur brillant, un danseur phénoménal, l’un des talents les plus rares avec qui j’aie jamais travaillé. Je ne dis pas ça pour faire un battage publicitaire ».

Michael a considéré The Wiz comme une expérience très enrichissante. Mais même si sa participation avait été un désastre à bien des égards, elle valait le coup pour une raison : au cours du tournage, il a fait la connaissance de l’homme qui allait l’aider à entrer dans l’histoire du disque.

Leur rencontre s’est déroulée dans un contexte assez comique : Michael tournait une scène dans laquelle il devait sortir un bout de papier de son ventre de paille et en lire le contenu, une citation. Quand il en est arrivé au nom de l’auteur, Socrate, il l’a mal prononcé et a dit « So crate » (Note : le mot « crate » en anglais signifie « cageot », ce qui revenait à dire « tellement cageot »).

« So-cra-te », a chuchoté un homme qui se tenait non loin de lui pour l’aider.

Cet homme, que Michael n’avait pas encore formellement rencontré, se trouvait être Quincy Jones, le compositeur de la musique du film.

Michael et Quincy ont développé une relation proche sur le tournage. C’est donc tout naturellement que Michael a contacté Quincy quand, en 1979, il a décidé d’enregistrer un album solo « pour montrer que je peux y arriver tout seul, que mon talent ne dépend de personne d’autre ».

Michael disait vouloir simplement recueillir les idées de Quincy Jones concernant la personne à qui il devait demander de produire l’album. Il ne voulait pas affronter la pression supplémentaire d’essayer de produire lui-même son album solo.

Quincy a marqué une pause puis il a répondu : « Je vais te dire quelque chose… Pourquoi tu ne me laisses pas m’en occuper ? »

Quincy semblait avoir tout fait dans le milieu de la musique : il avait produit des tubes pop remontant au « It’s My Party » de Leslie Gore en 1963 ; il avait joué de la trompette dans le groupe de Ray Charles ; il dirigeait son propre groupe de jazz qui composait des musiques de films comme In The Heat Of The Night et In Cold Blood ; pour finir, il avait été le directeur musical de la série télé « Roots ».

Mais quand la collaboration de Quincy avec Michael a été rendue publique, l’un de nos amis dans le milieu de la musique nous a mis en garde, Joe et moi : « Ne laissez pas Quincy s’en occuper. Il ne connaît pas la dance et, par ailleurs, il n’a pas fait un seul tube avec les autres artistes qu’il a produits dernièrement. Il va détruire la carrière de Michael ».

Nous avons transmis cette information à Michael mais il est resté imperturbable. « Je pense que Quincy et moi pouvons bien travailler ensemble », a-t-il répondu. Progressivement, c’est devenu une évidence.

Comme Quincy n’avait pas beaucoup d’expérience en matière de dance, il a encouragé Michael à co-produire les trois chansons qu’il avait écrites : « Don’t Stop 'Til You Get Enough », « Working Day And Night » et « Get On The Floor » (co-écrite par Louis Johnson).

J’appréciais tout particulièrement la touche de percussions inhabituelles que Michael avait apportée à « Don’t Stop ‘Til You Get enough »… le son de bâtons tapant sur des bouteilles de soda. Jackie et Randy étaient les « tapeurs de bouteilles » désignés. La première fois que j’ai entendu « Don’t Stop », j’ai trouvé qu’elle avait le potentiel pour être n°1. Mais j’éprouvais des sentiments mitigés au sujet du titre.

« Michael, tu sais que ces mots peuvent être interprétés d’une autre manière ? » ai-je souligné.

« Si on a l’esprit tordu, ce sera le cas, Maman », m’a répondu Michael. « Mais ce n’est pas ce que j’ai voulu dire ».

Quincy a révélé tout son talent pour trouver la bonne chanson en rapportant à Michael plusieurs morceaux écrits par Rod Temperton, qui avait travaillé avec un autre groupe d’Epic, Heatwave. Parmi eux, une chanson au tempo modéré, « Rock With You », et le titre qui allait donner son nom à l’album, « Off The Wall ».

Sachant aussi à quel point Michael aimait chanter des ballades, Quincy en a déniché une belle : le « She’s Out Of My Life » de Tom Bahler, qu’il a arrangée avec autant de talent.

Off The Wall est sorti à l’été 1979 avec, annonçant sa commercialisation, le premier single de l’album, « Don’t Stop ‘Til You Get Enough », qui a atteint la première place du hit-parade en Septembre. Le deuxième single, « Rock With You », a également atteint la première place. Son règne de 4 semaines a débuté en décembre et s’est achevé en janvier, en faisant la première chanson n°1 des années 80. Un heureux présage, pensais-je.

Le troisième single de l’album, “Off The Wall”, et le quatrième, “She’s Out Of My Life”, sont également entrés dans le Top Ten.

Avec tous ces tubes pour le propulser, l’album de Michael a connu un grand succès. Il est resté dans le Top 10 du Billboard pendant sept mois, se vendant à cinq millions d’exemplaires rien qu'aux Etats-Unis. Il surfait aussi en tête des charts en Grande-Bretagne, en Australie, au Canada et en Hollande. D’un seul coup, Michael Jackson, l’artiste solo, était devenu une superstar planétaire.

Michael était extatique. Lecteur assidu des magazines professionnels, il rentrait dans ma chambre, trimballant une pile d’entre eux, les étalait sur mon lit, ouvrait les magazines à la page des charts et surveillait l’évolution de son album et de son dernier single avec moi.

Néanmoins, l’enthousiasme de Michael face à la façon dont Off The Wall avait été reçu a été tempéré, au final, par une déception. Bourreau de travail comme il l’est, il cherchait non seulement à gagner la reconnaissance du public mais aussi celle des médias et de ses pairs dans le milieu de la musique. A ses yeux, il n’avait pas réussi sur ces deux derniers fronts.

Concernant les médias, le rêve de Michael depuis un bon moment était de faire la couverture d’un ou plusieurs magazines musicaux. Il a même téléphoné lui-même aux rédacteurs en chef de divers magazines pour leur soumettre son histoire. Mais il n’a reçu aucune proposition.

« On m’a dit et redit que ‘les Noirs en couverture, ça ne fait pas vendre’ », s’est un jour énervé Michael. « Maman, attends, tu verras. Un jour, ces mêmes magazines me supplieront pour avoir une interview ».

Un jour de janvier 1980, Michael a affiché la même attitude de défi lorsque les nominations pour les 22e Grammy Awards ont été annoncées. Bien qu’il ait récemment gagné dans trois catégories aux American Music Awards où, contrairement aux Grammys, les gagnants sont désignés par les fans, il n’a été nominé que pour une seule récompense, dans la catégorie « Meilleure performance R&B » (qu’il n’a pas gagnée).

« Je n’arrive pas à le croire », a dit Michael, les yeux pleins de larmes, après avoir appris les nominations des Grammys. « Mais peu importe. Mon prochain album solo sera tellement bon que le jury des Grammys n’aura d’autre choix que de le reconnaître ».
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:58

Chapitre 10 – Un long chagrin



Jusqu’à ce que je lise l’autobiographie de Michael, j’ignorais totalement qu’il considérait la période Off The Wall comme étant l’une des plus éprouvantes de sa vie, une période à laquelle il se sentait si seul et isolé qu’il se promenait dans le quartier à la recherche de quelqu’un avec qui se lier d’amitié. Je me souviens que Michael avait des difficultés à se faire des amis de son âge. Il avait essayé mais quelques garçons s’étaient montrés méchants avec lui. Par jalousie, avait pensé Michael.

REBBIE : A cette période, Michael a aussi souffert de la décision de Randy de déménager. Lui et Randy étaient très proches et composaient beaucoup ensemble.

RANDY : Après que j’aie quitté la maison, nous avons cessé de collaborer, ce qui a chamboulé tout le monde dans la famille. « Vous formez une si bonne équipe ! » disaient-ils. Mais pour moi, ça cachait un bienfait : rétrospectivement, je dépendais beaucoup de Michael. Il était « le chanteur » et j’avais le sentiment que la seule chose que je pouvais faire, c’était de jouer et d’arranger de la bonne musique. Je ne savais pas que je pouvais changer, moi aussi, parce que je ne m’y étais pas essayé.

Malgré ces revers personnels, Michael me paraissait heureux. Travaillant extrêmement dur et de plus en plus secret, mais heureux. Néanmoins, quand je repense à cette période, je réalise que je n’étais pas en bonne position pour « décoder » Michael, ou toute autre personne, de ce point de vue. Je traversais moi-même une période difficile.

En 1975, ma mère a souffert de sa première attaque. Elle lui a partiellement paralysé la gorge pendant un moment et a affecté sa mémoire de manière permanente. Elle est cependant parvenue à me rendre visite en Californie ainsi qu’à la famille, pour la première fois cette année, mais c’était triste pour moi de la voir affaiblie, elle qui avait toujours été si forte et si pleine de vie.

En 1976, elle a eu une seconde attaque, suite à laquelle son état s’est dégradé de plus en plus. En 1978, elle tenait parfois des propos incohérents mais cette année là, elle est encore venue à Los Angeles. Il y avait pour elle une raison impérieuse de faire le voyage : assister aux funérailles de ma sœur, Hattie.

Même si Hattie avait déménagé à Lorraine, dans l’Ohio, avec son mari, Vernon Whitehead, le beau-frère de Joe, dans les années 60, nous étions restées aussi proches que peuvent l’être deux sœurs. Lorsque Joe et moi traversions des périodes difficiles à Gary, elle m’écrivait, glissant parfois un dollar ou deux dans l’enveloppe même si, étant elle-même mère de huit enfants, elle ne pouvait guère se le permettre. Quand les garçons débutaient tout juste au sein des Jackson 5, Vernon, qui avait travaillé dans une aciérie de Cleveland, leur avait décroché l’un de leurs premiers contrats dans un club. C’était leur manière de nous amener à leur rendre visite.

Après notre déménagement en Californie, cinq des enfants de Hattie nous ont suivis, si bien qu’Hattie avait une bonne excuse pour passer une partie de l’année en Californie. A chaque fois que nous étions ensemble, elle me faisait rire. Hattie n’avait jamais changé ; elle était toujours la reine de la fête. Le dernier souvenir que je garde d’elle en bonne santé, c’est lorsqu’elle avait essayé de me convaincre de regarder le sport à la télé. Elle et son fils Courtney sautaient littéralement de joie et couraient partout dans la pièce à chaque fois que leur équipe de football préférée marquait un but. « Allez, Katy, viens profiter des matches avec moi ! » me suppliait-elle.

Hattie était rentrée à Lorraine lorsqu’elle est tombée malade. Etant une scientiste chrétienne, elle ne l’a dit à personne dans un premier temps. Quand elle n’est plus parvenue à cacher sa maladie, Vernon et moi l’avons suppliée d’aller à l’hôpital. Mais elle a refusé, même si sa santé continuait à se détériorer. Finalement, j’ai décidé de prendre l’avion pour Cleveland. L’une des filles d’Hattie l’a amenée à l’aéroport dans un fauteuil roulant pour me rejoindre et nous sommes reparties ensemble pour Los Angeles.

Malgré les objections de plusieurs de ses enfants qui vivaient à L.A, j’ai fait admettre Hattie dans un hôpital. Mais avant même que les médecins ne puissent diagnostiquer sa maladie, les enfants l’ont fait sortir et, à la place, l’ont fait admettre dans une maison de santé du mouvement scientiste chrétien. Elle est morte deux semaines plus tard.

A ce jour, je ne sais pas de quoi elle est décédée ou si elle aurait pu survivre à sa maladie si elle avait été soignée. Il est difficile pour moi de vivre avec ces questions.

Malheureusement, en 1981, je n’étais pas très bien équipée pour faire face à la perte de ma sœur et au déclin de ma mère. Je traversais, depuis plusieurs années déjà, une crise conjugale avec Joe. Pour deux personnes ayant des tempéraments aussi différents l’un de l’autre – Joe est lunatique, nerveux, solitaire ; je suis l’inverse – nous avons vécu de nombreuses années harmonieuses. En réalité, durant les deux premières décennies de notre union, cette dernière n’a été en danger qu’une seule fois. Cette crise est survenue peu de temps après notre mariage, quand Rebbie était encore toute petite.

Un jour, Joe était revenu de son travail à Inland Steel dans l’équipe du soir et était allé se coucher. Rebbie dormait encore dans son berceau. Je suis allée derrière la maison pour étendre quelques vêtements sur le fil, j’ai vu ma voisine Edna Humphrey dans son jardin et je me suis dirigée avec elle pour discuter. Quelques minutes plus tard, Joe a déboulé dans le jardin en pyjama.

« Pourquoi tu ne rentres pas voir le bébé ? » a-t-il aboyé. « Elle hurle ».

Joe est retourné à l’intérieur. Je me tenais quelques mètres derrière lui.

« Je ne savais pas qu’elle s’était réveillée », ai-je répondu.

Joe a brutalement perdu le contrôle. Il a fait volte-face et m’a donné une grande gifle. Ma joue droite s’est engourdie. Furieuse, j’ai attrapé le premier objet qui se trouvait à portée de main – un chauffe-biberon en céramique – et je l’ai lancé sur lui. Il s’est brisé sur son bras droit, lui faisant une entaille juste au-dessus du coude.

« Regarde ce que tu m’as fait ! » a-t-il hurlé, serrant son bras tandis que le sang coulait sur le sol.

« Tu as eu le culot de me frapper ! » ai-je crié tout en essayant de le faire rester immobile pour que je puisse examiner la blessure.

J’ai téléphoné à la mère de Joe, qui l’a emmené aux urgences. La plaie a nécessité des points de suture. Joe a aussi dû porter le bras en écharpe.

« Qu’est-ce qui t’est arrivé ? » lui ont demandé ses collègues le lendemain.

« J’ai eu un accident », s’est contenté de dire Joe.

Ca a été la première et la dernière fois que Joe Jackson m’a frappée. Aussi horrible a été cet incident, j’ai réussi à le laisser derrière moi. Notre mariage était récent, tout allait bien par ailleurs et nous commencions à bâtir notre famille. De plus, je tenais à respecter le vœu que j’avais formulé dans mon enfance : celui de rester avec mon mari, pour que nos enfants soient élevés par leurs deux parents biologiques.

Je me rappelle avec tendresse des années qui ont suivi à Gary. Si certains hommes auraient pu être tentés de fuir les responsabilités auxquelles Joe faisait face en tant que chef de famille, il n’a jamais abandonné ni moi ni la famille. Il tenait lui aussi à ce que les Jackson restent soudés.

Quand les jeunes Jackson 5 ont commencé à obtenir un succès local, Joe et moi avions plus que nos enfants pour nous souder ; nous avions un rêve. Quand ce rêve est devenu réalité en Californie et que la famille Jackson est devenue la star du monde de la pop, Joe et moi avons partagé autre chose : une success story personnelle tout à fait unique.

Néanmoins, je savais que la Californie était un environnement totalement différent de Gary. « Si une femme arrive à garder son mari en Californie, c’est qu’elle est douée ! » entendais-je. Joe étant dans le show-business, je savais qu’il aurait de nombreuses occasions de me tromper s’il en avait envie. Mais je ne croyais pas qu’il le ferait. Je ne le pensais pas capable de risquer tout ce pour quoi nous avions travaillé en tant que couple. Je n’y croyais pas… jusqu’à ce que je reçoive un coup de fil d’une amie, en 1974, m’informant que Joe avait une aventure.

Je connaissais la fille en question. Un ami de la famille l’avait un jour amenée à la maison et par la suite, elle avait commencé à revenir toute seule. A l’origine, elle s’intéressait à Jackie.

J’étais anéantie. Une part de moi-même voulait signer les papiers du divorce avec Joe dès le lendemain. Mais une autre part de moi-même ne voulait pas le laisser partir à cause de toutes les années passées ensemble – même si je me pensais incapable de pouvoir le pardonner un jour pour ce qu’il avait fait.

Je suis demeurée dans cet état de confusion pendant plus longtemps que je ne veuille bien l’admettre. Durant cette période, j’ai entendu des rumeurs concernant d’autres aventures. Malgré cela, je n’ai pas pu me résoudre à demander le divorce même si, plusieurs fois, j’ai été sur le point de le faire. Je ne cessais de repenser au vœu que j’avais fait, étant enfant, de rester avec mon mari envers et contre tout pour le bien de mes enfants. De plus, je dois admettre que je ne supporte pas les disputes et la méchanceté.

REBBIE : Mes frères et sœurs, comme moi-même, savaient ce qui se passait mais mes frères ne m’ont pas impressionnée par leur implication. Ils étaient très absorbés par leur travail. Mais ce qu’a fait mon père m’a atteinte. Parfois, je ne supportais pas d’être en sa compagnie parce que je me mettais à penser à son aventure. Je ne sais pas comment ma mère a tenu le coup durant toutes ces années. Elle n’avait pas besoin que ce chagrin s’ajoute à toutes les autres choses qu’elle devait gérer en tant que mère et belle-mère : soutenir les prestations des enfants, s’impliquer dans les affaires, etc. C’était trop. Je l’ai incitée à le quitter. Je savais qu’il lui faisait du mal et qu’elle ne pouvait pas trouver la paix de l’esprit.

En 1981, j’ai fini par demander le divorce. Mais à ma grande surprise, Joe n’a pas voulu quitter la maison.

« Je ne veux plus de toi », lui ai-je dit. « Tu dois partir ».

« Je ne vais nulle part », m’a-t-il répondu. « Je suis ton mari et tu es ma femme, et ce sera comme ça pour toujours ».

Mon avocat m’a dit que je pouvais obtenir une ordonnance restrictive contre Joe et, s’il refusait encore de quitter la maison, faire intervenir la police pour le faire partir de force.

Je devais choisir entre la peste et le choléra. Même si je voulais que Joe s’en aille, je ne voulais pas que ce soit « étalé sur la place publique » en le faisant partir par la force. Je savais que la presse se jetterait sur l’histoire et je ne pouvais pas supporter que ça devienne public. Donc j’ai décidé de continuer à vivre avec Joe temporairement, en faisant chambre à part toutefois, tandis que la procédure de divorce se poursuivait.

C’était pour moi une période très étrange. Parfois, la seule vision de Joe me remplissait de colère. A d’autres moments, je me surprenais en train de lui parler comme si rien ne s’était jamais produit entre nous.

Rétrospectivement, je sais qu’au fond de moi, je voulais le pardonner. C’est dans ma nature. Même si, parfois, j’ai été en colère contre moi-même pour ma tendance à pardonner si facilement, une partie de moi croit sincèrement qu’en ayant de la rancune contre quelqu’un, une personne se fait plus de mal qu’elle n’en fait à celui à qui elle en veut. D’autre part, j’adhère aussi aux enseignements du Christ sur le pardon. Combien de fois, a-t-Il dit, peut-on pardonner quelqu’un ? 77… autant de fois que nécessaire.

Je pense que vous voyez où je veux en venir : j’ai fini par abandonner ma procédure de divorce. Mais je ne prétendrai pas que tout est soudainement revenu à la normale entre Joe et moi. Parce que ce n’était pas le cas.
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 14:59

Chapitre 11 - Triomphes

L’une de mes années difficiles avec Joe, 1980, est devenue encore plus éprouvante quand l’un de mes fils a failli être tué. Nous avions eu de la chance : jusqu’à cette année là, seul l’un de mes enfants avait été impliqué dans un accident grave. Marlon, six ans à l’époque, avait été renversé par une voiture.

MARLON : Michael m’avait donné un penny et je me dirigeais vers le magasin du coin pour acheter des chewing-gums. A l’époque, on pouvait en avoir deux pour un cent. Et… je crois que je ne savais pas comment traverser la route.

J’ai été informée de ce qui s’était passée par deux enfants du voisinage.

« Votre petit garçon s’est fait renverser ! » a hurlé l’un d’entre eux.
« Oui, et je crois qu’il est mort ! » s’est exclamé l’autre.

J’ai failli m’évanouir. Après avoir repris mes esprits, je me suis précipitée à l’hôpital où j’ai appris que Marlon souffrait d’une fracture du crâne. L’ironie du sort a voulu que l’homme qui l’a heurté soit un cousin de Joe qui venait tout juste d’arriver du Sud. Quelle façon de rencontrer un proche !

Marlon est resté trois semaines à l’hôpital. Grâce à Dieu, il n’a pas gardé de séquelles. La seule chose qu’il n’a pas pu faire pendant un moment, c’est se tenir sur la tête.

Après que Marlon l’ait échappée belle, quelques-uns des petits ont vécu des mésaventures typiques de l’enfance. A l’âge de dix ans, Tito s’est cassé le bras en jouant au football. Au même âge, Jermaine s’est cogné la tête avec un autre joueur en courant après une balle haute pendant un match de la Little League de baseball. « Est-ce que je vais mourir ? » a-t-il demandé à Joe et à moi alors que nous l’emmenions aux urgences pour qu’il se fasse recoudre la plaie au-dessus de son œil droit. Mais le seul de mes garçons qui semblait enclin à avoir des accidents après notre déménagement en Californie était Randy.

C’est le pied de Randy qui, alors qu’il répétait ses prises de karaté – dans la douche, pour être original – a traversé la vitre quand il avait dix ans. Il a marché avec des béquilles pendant des semaines après avoir reçu des points de suture.

C’est Randy qui, deux ans plus tard, a été attaqué par le pitbull de Johnny Jackson dans notre cour. « Michael, il ne veut pas te mordre, il veut juste jouer ! » s’est exclamé Randy après que Michael, craignant que le chien ne soit sur le point de se retourner contre eux, ait sauté sur le capot de notre Jeep. A peine Randy avait-il prononcé ces mots que le pitbull lui a planté ses dents dans le bras, lui arrachant un morceau de chair. Alors que Randy courait vers la Jeep, le chien l’a mordu une seconde fois au talon. Nous sommes retournés aux urgences une fois de plus.

Et c’est Randy qui a failli se tuer aux premières lueurs de l’aube, en 1980, en perdant le contrôle de sa Mercedes dans une rue d’Hollywood rendue glissante par la pluie et en allant s’encastrer dans un lampadaire. Il se trouve qu’un ami à nous passait par là et il m’a appris la nouvelle par un coup de téléphone à quatre heures du matin. Il a ajouté qu’il avait vu les pompiers utiliser les « mâchoires de survie » pour désincarcérer Randy de l’épave.

Joe, Michael, LaToya et Janet étaient aussi à la maison à l’époque et nous étions tous paniqués. Nous avons appelé les hôpitaux locaux et l’avons trouvé aux urgences du centre médical St Joseph à Burbank. Nous avons ensuite prévenu le reste de la famille. Nous avons dû nous téléporter à Burbank parce que cinq minutes plus tard, c’était comme si la famille Jackson au grand complet était là !

MARLON : C’était difficile pour nous de regarder Randy dans la salle des urgences. Il avait encore des éclats de verre dans les cheveux, le drap qui le recouvrait était taché de sang. Quand j’ai soulevé le drap, nous avons vu que ses jambes étaient en miettes de la cuisse aux orteils. On voyait l’os.

RANDY : Je me suis détruit tous les orteils. Je me suis cassé tous les os de mon pied gauche. Je me suis brisé les genoux, les deux chevilles, les deux tibias. Je me suis fracturé le bassin. J’ai failli mourir aux urgences avant l’arrivée de ma famille… mais pas à cause de mes blessures, à cause de l’erreur d’une infirmière : au lieu de faire une injection de méthadone à l’héroïnomane qui se trouvait dans la pièce, elle me l’a faite à moi. Comme je ne consomme pas de drogue, mon corps a réagi violemment. Mon cœur a cessé de battre et j’ai arrêté de respirer. Ils ont dû batailler pour me réanimer.

« Ca va aller », est parvenu à articuler Randy après que nous l’ayons rejoint aux urgences. Mais à l’extérieur de la pièce, le médecin n’en était pas si sûr.

« On va peut-être devoir amputer », a-t-il annoncé. « Même si nous pouvons sauver ses jambes, je ne pense pas qu’il pourra un jour remarcher ».

Mon cœur s’est brisé. « Comment Randy pourrait-il vivre sans marcher ? » me suis-je mise à pleurer. « C’est l’enfant le plus indépendant de la famille ! »

Plus tard cette nuit-là, Randy a quitté les urgences et a été transféré dans sa chambre. Nous avons pu de nouveau passer un moment avec lui. Il a jeté un œil sur nous et s’est énervé. « Allez-vous en si vous avez envie de pleurer ! » a-t-il dit. Quand son médecin a essayé de l’informer de la gravité de son état, Randy a répondu qu’il ne voulait pas en entendre parler.

RANDY : Je savais que si j’acceptais le diagnostic disant que je ne remarcherais jamais, alors je ne remarcherais jamais. Donc, dès le départ, je me suis dit : « Ce n’est pas terminé pour moi. Je vais surmonter ça ». J’ai toujours beaucoup cru au pouvoir de l’auto-suggestion et de la pensée positive.

La première mission des médecins a été de stopper les saignements internes de Randy. Après avoir réussi, ils ont commencé à travailler sur ses jambes. Six mois et sept opérations plus tard, il est sorti de l’hôpital. Chacune de ses jambes était protégée par un plâtre remontant jusqu’à sa hanche. Il est resté un moment à la maison mais il a insisté pour retourner chez lui avec sa petite amie, Julie Mijares, ce qui m’a inquiétée. « Comment vais-je pouvoir m’occuper de toi maintenant ? » lui ai-je demandé.

RANDY : Je tenais vraiment à être dans mon propre environnement, où je ne serais pas distrait et où je pourrais lire les choses que j’avais besoin de lire. Ca faisait partie de mon processus de guérison. J’étais aussi soumis à un régime strict que m’avait conseillé mon ami Dick Gregory pour renforcer mes os. Et je travaillais avec un kiné spécialiste des athlètes. Je croyais que si je m’entourais de personnes sportives à longueur de journées, ça m’aiderait à récupérer. Mon kiné était Clive Brewster, qui travaille avec les Lakers de Los Angeles. Je l’ai amené à croire que je voulais remarcher, que je devais remarcher. Quelques semaines après que j’aie quitté la maison de ma mère, ma petite amie Julie m’y a ramené pour que je lui rende visite. A l’époque, j’étais encore confiné dans un fauteuil roulant. « Maman, je veux te montrer quelque chose », lui ai-je dit après qu’elle soit venue à la porte m’accueillir. Tandis que les larmes coulaient sur ses joues, j’ai réussi à me tenir debout pour la première fois depuis mon accident.

Compte tenu de la récupération miraculeuse de Randy, le titre de l’album des Jacksons en 1980, « Triumphs » (Triomphes) était totalement approprié. Il s’agissait du deuxième album qu’ils produisaient, il est sorti en juillet 1980 alors que Randy se trouvait toujours à l’hôpital. Pour la première fois sur un album des Jacksons, chaque chanson était écrite par les Jacksons.

Comme Destiny, Triumph était voué à devenir disque de platine, se vendant à plus d’un million d’exemplaires. Le succès des singles « Lovely One » et « Heartbreak Hotel » a contribué à celui de l’album.

J’appréciais tout particulièrement « Heartbreak Hotel », l’une des compositions de Michael. Non seulement elle avait un bon rythme, une bonne musique et des paroles mystérieuses, mais elle comportait également des arrangements agréables, comme l’intro au violoncelle et la coda au violoncelle et au piano. C’est la chanson sur laquelle Michael a commencé pour la première fois à expérimenter et à tester ses limites en tant que compositeur.

Les garçons avaient pour habitude de faire une tournée pour promouvoir un nouveau disque mais comme la convalescence de Randy se poursuivait, le Triumph Tour a été reporté.

La thérapie de Randy s’est poursuivie pendant des mois. Lorsque ses plâtres ont été retirés, il s’entraînait à fléchir ses jambes, affrontant de puissantes douleurs. Puis, avec l’aide de quelqu’un, il a fait son premier pas… puis son deuxième… et son troisième… Après avoir commencé à marcher, il a pu s’entraîner plus vigoureusement et nager. Au bout d’un moment, il a pu utiliser un appareil de musculation, il pouvait faire du vélo et jouer au basket.

En juillet 1981, il était apte à faire une tournée.

JERMAINE : Quand nous avons vu à quel point Randy était déterminé à remarcher, les frères n’ont pas douté un seul instant qu’il remonterait sur scène avec nous.

Le report de la tournée des Jacksons a joué en leur faveur car il leur a permis de mettre au point leur spectacle le plus élaboré jusqu’à présent. A l’époque, des groupes rivaux comme Earth, Wind & Fire testaient des productions ambitieuses et les garçons ne voulaient pas se laisser dépasser. C’était là la trace de leur vieil esprit de compétition qui s’exerçait dans les concours de jeunes talents de Gary.

Inspiré par le film « Rencontres du Troisième Type », Michael a imaginé pour le spectacle un décor de l’ère spatiale. Mordu de magie depuis longtemps, il a aussi recruté le magicien Doug Henning pour qu’il planifie les effets spéciaux du show, le plus stupéfiant de tous étant la disparition de Michael dans un nuage de fumée à la fin de « Don’t Stop ‘Til You Get Enough ».

« Michael, quel est le secret de ce tour ? » lui ai-je demandé après avoir tenté en vain de comprendre le principe.
« Je ne peux pas te le dire, Maman », a répondu Michael. « C’est un secret ».

Cependant, mon moment préféré du Triumph Tour a été bien moins spectaculaire, quoique magique à sa manière. Il s’est déroulé lors du premier concert au Colisée de Memphis quand Randy, vêtu d’une armure médiévale, a ouvert le spectacle en conduisant ses frères sur scène. Le voir se produire avec eux seulement seize mois après que son médecin ait dit qu’il pourrait ne jamais remarcher a rendu le « Triumph » personnel de Randy total.

Les Jacksons se sont produits dans plus de 35 villes. La tournée a donné naissance au seul album live des garçons, « The Jacksons Live ! », enregistré au Madison Square Garden. Ce double-album sert à rappeler, en musique, que le triomphe de Michael et des Jacksons durait depuis déjà plus de dix ans. Parmi les chansons figurent un medley de tubes des Jackson Five, le « Ben » de Michael, des tubes des Jacksons comme « Shake Your Body (Down to the Ground) », « Lovely One » et « Heartbreak Hotel », et des tubes extraits de l’album Off The Wall de Michael.

A l’aube de l’année 1982, les Jacksons étaient au sommet de leur gloire… et Michael a décidé qu’il était temps, une fois de plus, de partir en quête d’autres triomphes en solo.
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:01

Chapitre 12 - Frissons



En 1982, je n’ai vu Michael que par intermittence, c’était son année la plus chargée jusqu’à présent en tant qu’artiste solo. Il a écrit et produit le tube « Muscles » de Diana Ross pour la remercier de son amitié au fil des années. Il a collaboré avec son ami Paul McCartney sur plusieurs chansons. Et il a raconté l’histoire d’E.T L’Extraterrestre dans un livre audio accompagnant le film de Steven Spielberg.

Pour certaines personnes, ces projets auraient équivalu à une bonne année de travail. Michael, pour sa part, les a intercalés entre deux séances de travail sur Thriller, son deuxième album solo pour Epic Records. C’était l’album dont Michael m’avait précédemment promis qu’il bouleverserait le monde de la musique. Désormais, il m’affirmait qu’il allait devenir l’album le plus vendu de tous les temps.

Il n’est pas dans les habitudes de Michael de se fixer un but sans établir aussi un plan de bataille. Dans le cas de Thriller, il savait juste comment il allait en faire un succès phénoménal : grâce à l’utilisation des meilleurs clips de tous les temps.

A l’époque, les vidéos musicales commençaient tout juste à servir d’outil promotionnel pour les disques. Mais Michael était déjà fan de clips depuis plusieurs années. En 1980, lui et ses frères avaient créé un film ambitieux de huit minutes utilisant la chanson « Can You Feel It ». Les garçons diffusaient la vidéo au début de leurs concerts Triumph.

Bien entendu, avant de pouvoir tourner un excellent clip, il faut avoir une excellente chanson. Quand Michael était à la maison en 1982, on le trouvait généralement enfermé dans sa chambre, un stylo à la main. De temps à autre, il me faisait savoir qu’il était encore vivant en laissant échapper un « Whooo ! » et en tapant dans ses mains… sa façon de célébrer une bonne idée.

Après avoir achevé une chanson qu’il voulait inclure sur l’album, Michael enregistrait une démo seul, dans le studio près de notre garage. Puis il me passait la démo et la faisait écouter à toute personne qui était dans les parages, pour recueillir nos avis.

L’une des premières mélodies qu’il m’a fait écouter était « Billie Jean ».

Ma première réaction a été l’incrédulité : j’avais du mal à croire que Michael ait pu écrire une chanson si dure. Michael n’est pas un macho donc je me suis dit qu’avec « Billie Jean », il faisait un effort conscient pour changer son image. Je pense qu’il avait le sentiment qu’elle était devenue trop gentillette. Après m’être remise de mes émotions, j’ai écouté « Billie Jean » pour ce qu’elle était : une chanson n°1.

Immédiatement, elle m’a frappée comme étant bien plus que de simples notes de musique. Michael et ses frères avaient été harcelés par des Billie Jean – ou des filles agressives – depuis les débuts des Jackson 5. Cela m’avait vraiment inquiétée, au point qu’un jour, j’avais réuni les garçons pour leur dire : « Faites attention. A chaque fois qu’une fille vous court après, c’est sans doute que ce n’est pas la bonne ». Si les vraies Billie Jean – incluant des filles qui avaient réellement affirmé que l’un des garçons était le père de leur enfant – avaient fait souffrir les garçons, le sujet était assurément une source intéressante pour des paroles de chanson.

La démo de Michael préfigurait elle aussi un tube. Quand Michael l’a par la suite fait écouter à Quincy, Quincy a tout aimé sauf la ligne de basse. Il a essayé de convaincre Michael de la modifier, mais quand Michael a des idées très arrêtées sur quelque chose, on ne peut pas le faire changer d’avis… et justement, il avait des idées très arrêtées au sujet de cette ligne de basse. Je suis heureuse qu’il ait campé sur ses positions. Comme lui, je trouvais que la ligne de basse était l’un des meilleurs éléments du titre.

Néanmoins, quand Michael m’a fait écouter sa démo de « Beat It », je suis restée perplexe. Même si je savais que Michael était un grand fan du film West Side Story, je me suis dit « Mais pourquoi a-t-il voulu écrire une chanson au sujet de deux gangs qui s’affrontent ? » J’ai dû réécouter plusieurs fois avant de réaliser que les paroles renfermaient en fait un message positif. La vraie bravoure, affirmait Michael, était de résoudre des différends sans avoir recours à la violence.

Michael a tourné des clips pour chaque chanson. J’ai d’abord vu celui de « Billie Jean », que j’ai trouvé mystérieux et stupéfiant. Mais, si bon était-il, il n’égalait pas celui de « Beat It ».

C’est Michael qui avait eu l’idée de recruter de vrais membres de gangs de Los Angeles pour faire de la figuration. Le clip s’ouvrait sur des images de ces jeunes durs s’apprêtant à se bagarrer et on n’avait pas l’impression qu’ils jouaient la comédie.

La tension grandit au fur et à mesure que les deux gangs s’approchent de plus en plus d’une guerre à grande échelle. Mais au moment précis où les premiers couteaux à cran d’arrêt fendent l’air, Michael fait irruption sur les lieux en chantant « It doesn’t matter who’s wrong or right ! » (Peu importe qui a tort ou raison). Instantanément, les gangs se mettent en place. Et Michael mène la danse avec sa brillante chorégraphie.

Michael a diffusé le clip de « Beat It » pour la première fois à la famille dans notre cinéma privé. A la fin, nous nous sommes levés, nous avons applaudi et nous l’avons serré dans les bras. C’est dire comme nous le trouvions fantastique !

Comme tout fan de Michael pourra en attester, « Billie Jean » et « Beat It » étaient voués à devenir des tubes exceptionnels pour lui. Ce sont eux, avec « The Girl Is Mine », le duo de Michael avec Paul McCartney, qui ont maintenu Thriller en tête des hit-parades au cours des premiers mois de l’année 1983.

Mais en mai, les ventes de Thriller avaient commencé à ralentir. S’il voulait avoir une chance de devenir l’album le plus vendu de tous les temps, il fallait que Michael fasse quelque chose pour inverser la vapeur. Ce quelque chose, il l’a fait pendant l’émission de télé « Motown 25 : Yesterday, Today, Forever » diffusée le 16 mai.

L’ironie du sort a voulu qu’il a fallu négocier avec Michael pour qu’il apparaisse dans l’émission avec ses frères. J’ai été l’une des personnes qui se sont chargé des négociations.

« Motown a permis à toi et à tes frères de commencer dans le métier », lui ai-je rappelé. « Et tu te produirais sur la même scène que tous les artistes que tu idolâtrais quand tu étais petit ».

Michael a accepté d’y réfléchir. Quand Berry Gordy lui a personnellement rendu visite au studio un jour, pour lui adresser à son tour quelques flatteries, Michael a fini par dire oui. Il a posé une condition : pouvoir chanter « Billie Jean » après avoir participé à un medley de tubes des Jackson 5 avec ses frères. « Billie Jean » serait la seule chanson extérieure à Motown de toute l’émission, mais comment M. Gordy pouvait-il refuser ?

J’étais impatiente que les garçons participent à l’émission, pas seulement parce que cela marquerait leur première apparition ensemble depuis le Triumph Tour, mais parce qu’ils se produiraient de nouveau avec Jermaine.

Insatisfait de ses ventes de disques, Jermaine avait récemment quitté Motown à son tour. Il avait laissé derrière lui un héritage de sept albums sortis entre 1976 et 1982, incluant son disque « double platine » de 1980, Let’s Get Serious, comprenant le tube du même nom.

Hazel avait soutenu la décision de Jermaine de demander à quitter Motown. M. Gordy a ajouté une touche de grâce lorsqu’il a déclaré que cette séparation professionnelle avec son gendre « était non seulement amicale, mais entourée d’amour ».

Inutile de dire que la famille a été ravie de réintégrer Jermaine au groupe.

Les garçons ont répété leur numéro à la maison. L’un des problèmes auxquels ils ont dû faire face concernait le rôle de Randy. Je suis sûre que Randy a eu le cœur serré quand il a entendu Michael déclarer « Vous savez, Randy ne peut pas faire partie du spectacle parce qu’il a rejoint le groupe après qu’on ait quitté Motown ». Mes les garçons ont décidé de faire sortir Randy de scène pendant leur medley.

J’étais impatiente de me faire une idée de ce qu’ils prévoyaient de faire sur scène mais en regardant les garçons « répéter », je n’en ai pas eu la moindre idée. C’est quelque chose qui, dans leurs répétitions, avait le don de m’énerver. Ils se contentaient de rester debout à chanter.

« Il faut vous vendre ! » m’exclamais-je souvent. « Sinon le spectacle de ce soir va être minable ! »

« On est timides quand on répète devant toi et les autres membres de la famille » , répondaient-ils toujours.

« Ah bon ? Dans ce cas, comment ça se fait que vous ne soyez pas timides quand vous êtes sur scène devant des milliers de gens dans un stade ? »

Ils avaient là aussi la réponse : « Mais, Maman, parce que ces gens ne nous connaissent pas ! »

Quant à la prestation de Michael sur « Billie Jean », je n’avais aucune idée quelle qu’elle soit de ce qu’il prévoyait de faire. Non seulement il n’avait pas répété la chanson devant moi, mais il refusait aussi d’en parler.

« Motown 25 » s’est avéré être un spectacle merveilleux. Il a recueilli les meilleures audiences et a remporté un Emmy Award.

Parmi les nombreux temps forts du spectacle : Smokey Robinson se produisant de nouveau avec les Miracles ; Diana Ross partageant de nouveau la scène avec les Supremes ; les Four Tops et les Temptations participant à une fausse « bataille entre groupes » ; et, bien évidemment, les Jacksons réunis suscitant leur dose d’excitation.

Après le medley des garçons, Michael est resté seul en scène, sous les projecteurs.

« C’était le bon vieux temps » , a-t-il dit au sujet des « vieux titres » qu’il venait de chanter avec ses frères. « Mais ce que j’aime vraiment, ce sont les nouvelles chansons » .

A ce moment précis, les premières mesures de « Billie Jean » ont retenti.

Reconnaissant l’intro, bon nombre de gens dans le public se sont levés instantanément. Du haut de mon mètre cinquante-sept, j’ai dû moi aussi bondir sur mes pieds pour pouvoir voir quoi que ce soit.

Surgissant à côté de moi, Joe a déclaré : « Michael vient de voler la vedette ! »

« Tais-toi donc, il n’a encore rien fait ! » me suis-je exclamée.

Mais Michael n’a guère tardé à faire quelque chose : le Moonwalk. Voici donc sa surprise, me suis-je dit.

Contrairement à ce que pensaient la plupart des gens à l’époque, le Moonwalk – dans lequel le danseur semble marcher en avant et en arrière en même temps – n’était pas nouveau. Les Noirs avaient fait ce pas dans des films remontant aux années 30. Michael adore regarder des vieux films et il avait étudié ces scènes. Il aimait aussi les films du mime français Marcel Marceau. Marcel pouvait glisser de la même manière. Il a lui aussi influencé Michael. Tout comme les membres des gangs qui, à l’époque, effectuaient ce pas dans les rues. C’est là que le terme « Moonwalk » est né.

Mais c’est Michael qui a rendu célèbre le Moonwalk pendant sa prestation électrisante de « Billie Jean », une prestation qui vaudrait à Michael une nomination aux Emmy Awards.

Les garçons, qui regardaient le numéro de Michael sur les écrans de télé situés en coulisses, n’en croyaient pas leurs yeux. Michael ne leur avait pas parlé du Moonwalk non plus. Il voulait que sa famille, tout comme les téléspectateurs, soit surprise.

Quelques jours plus tard, nous avons appris à quel point les audiences étaient élevées : 47 millions de téléspectateurs. Et des dizaines de milliers d’entre eux se sont mis en quête de l’album de Michael le lendemain, hissant de nouveau Thriller à la première place des hit-parades.

A l’automne 1983, Thriller avait donné naissance à deux autres tubes : « Wanna Be Startin’ Somethin’ » et « Human Nature ». Tandis que le sixième single de l’album, « P.Y.T. (Pretty Young Thing) » commençait son ascension dans les charts en octobre, Michael a pris la décision fatidique de tourner une troisième vidéo. Il a choisi la chanson donnant son titre à l’album, écrite par Rod Temperton, récit amusant et sinistre d’une nuit passée à regarder des films d’horreur.

Si visuelle soit la chanson « Thriller », je me suis montrée sceptique quand j’ai entendu pour la première fois que Michael prévoyait d’en faire un clip.

« Tu ne vas pas pouvoir dépasser le clip de Beat It », lui ai-je dit.

« Oh, Thriller va être meilleur », m’a répondu Michael.

« Mais comment peut-il être meilleur ? »

« Attends, tu verras », m’a-t-il affirmé avec assurance.

Il s’est avéré que je n’ai pas eu besoin d’attendre de voir le produit fini pour savoir que Michael avait raison. Une seul visite sur le tournage a suffi à me convaincre. Au moindre de mes mouvements je me trouvais face à un « monstre » incroyablement maquillé. Les enfants vont adorer cette vidéo, me suis-je dit.

D’une durée de quatorze minutes, « Thriller » constituait un court-métrage. Il comportait un protagoniste, Michael, qui prouve de façon très visuelle qu’il n’est « pas comme les autres », une petite amie à la fois choquée et abasourdie, une scène de cimetière à donner la chair de poule et la scène de transformation en monstre la plus stupéfiante jamais tournée… avec Michael, bien sûr, dévoilant ses derniers pas de danse.

Le clip « Thriller » a été diffusé pour la première fois dans le monde sur MTV en décembre 1983. Peu de temps après, Thriller, l’album, était de retour à la première place des charts. Et comme si ça ne suffisait pas, Michael a terminé l’année 1983 par un single numéro 1 dans tout le pays : son duo « Say, Say, Say » avec Paul McCartney.

Inutile de dire que quand les 26e Grammy Awards ont pointé le bout de leur nez en février 1984, Michel était le grand favori et est reparti les bras chargés de statuettes. Cette fois-ci, il n’était pas déçu.

Nous avions entrevu qu’il allait vivre une grande soirée au Shrine Auditorium quand il a gagné trois des quatre récompenses secondaires pour lesquelles il était nominé au cours de la première partie de la cérémonie, non diffusée à la télévision.

Lorsqu’il s’est assis au premier rang avec la jeune femme qui l’accompagnait, Brooke Shields, pendant la partie de l’émission diffusée en prime time, Michael a entendu son nom être appelé pour la première fois pour le prix d’Album de l’Année. Ensuite, il s’est levé et assis tellement de fois pour aller recevoir des récompenses – il en a gagné huit au total, un record – que Joe et moi n’avons pas eu le temps de lui dire autre chose que « Félicitations ! » alors que nous étions assis juste derrière lui !

J’étais vraiment très, très fière et heureuse pour lui. Je ne cessais de me dire que c’était sa revanche par rapport à Off The Wall. Le fait qu’il ait porté des lunettes noires pendant tout le spectacle, comme il l’avait le mois précédent aux American Music Awards, ne m’a pas dérangée. C’était son image pour la soirée, juste quelque chose qu’il avait voulu faire. Vous savez bien comment sont les enfants…

Michael savait qu’une grande victoire aux Grammys boosterait les ventes de Thriller. Mais je pense qu’il a lui-même été stupéfait en apprenant combien d’exemplaires supplémentaires de l’album s’étaient vendus au premier trimestre 1984 : sept millions et demi.

Début 1984, la chanson « Thriller » est devenue le septième single de l’album à entrer dans le Top Ten, battant un nouveau record.

Mais l’objectif dont Michael se souciait le plus, c’était d’avoir l’album le plus vendu de tous les temps. Et au printemps 1984, Thriller avait vendu plus d’exemplaires que nécessaire pour que les employés du Guinness mènent leur enquête.

Leurs résultats ont été publiés dans le Guinness des Records 1984 : Thriller, avec plus de 35 millions d’exemplaires vendus, avait dépassé la bande originale de Saturday Night Fever, devenant l’album le plus vendu de tous les temps.

Le rêve de Michael s’était réalisé grâce à une collection de neuf chansons excellentes, quatre clips merveilleux, deux apparitions triomphantes dans des cérémonies de remise de prix et une prestation inoubliable à la télévision.

La question qui se posait désormais était la suivante : qu’est-ce que Michael pouvait faire de plus ?

Il s’est avéré que Joe avait déjà la réponse…
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:03

Chapitre 13 – Une victoire durement gagnée



Ironiquement, quand Joe a soumis son idée sur la façon dont Michael et ses frères pouvaient passer l’été 1984 en profitant du succès de Thriller, il n’avait plus officiellement voix au chapitre dans leur management. Au printemps 1983, quand son contrat a dû être renouvelé, les garçons ont choisi de ne pas re-signer avec lui.

JACKIE : Nous lui avons dit. « Papa, maintenant, laisse-nous nous en occuper. Je pense qu’on peut gérer ça ». Donc il nous a dit « Ok » et s’est retiré. Aussi simple que ça.

Joe arrivait à paraître « cool » devant ses fils. Mais en privé, il pleurait. « Je n’arrive pas à croire qu’ils m’abandonnent », disait-il. « Je ne comprends pas ».

Moi aussi, je pleurais. Même si je n’avais pas totalement pardonné Joe pour son adultère, j’étais triste qu’il doive regarder partir ses enfants après s’être occupé d’eux pendant tant d’années.

Cependant, malgré nos larmes, Joe et moi savions qu’il n’était le manager attitré de Michael et des Jacksons que depuis la fin des années 70. Homme de terrain – il n’avait pas son baccalauréat – Joe avait fait des erreurs en guidant la carrière des garçons au début des années 70. Il y avait eu quelques mauvais contrats, des arnaques, surtout au sujet des tournées des garçons.

L’une des raisons pour lesquelles les choses étaient difficiles pour Joe, c’est que c’était un homme honnête parmi des requins. « Les promoteurs, les agents et les hommes d’affaires viennent me voir et me proposent des pots-de-vin pour faire ceci ou cela, mais je ne peux pas fonctionner comme ça », m’a-t-il confié un jour. « D’autres gens le font ».

Les garçons reconnaissaient les points faibles de Joe.

MARLON : Un jour, nous sommes allés voir notre père et nous lui avons dit : « Tu as besoin d’aide ». Nous voulions d’autres managers. Son contrat n’avait pas encore expiré donc nous lui avons demandé de partager son rôle avec Ron Weisner et Fred DeMann à partir de 1978.

Dès le premier jour, la collaboration n’a pas été facile. La relation est devenue franchement hostile quand Joe s’est aperçu que Weisner et DeMann l’empêchaient de jouer un rôle dans les prises de décisions.

« Vous essayez d’éloigner mes garçons de moi, je le sais ! » a accusé Joe un jour.

Weisner et DeMann ont démenti. Mais le fait est que l’implication de Joe au quotidien dans la carrière des garçons avait cessé. C’est donc avec jubilation que Joe a accueilli la nouvelle lorsque les Jacksons ont décidé de ne pas renouveler leur contrat avec Weisner et DeMann en 1983.

MARLON : D’un seul coup, Weisner et DeMann ont commencé à trop se focaliser sur Michael, ce qui n’aurait dérangé aucun des frères s’ils n’avaient pas négligé les Jacksons en même temps. Michael était aussi fâché avec eux pour d’autres raisons. Tout ce que je sais, c’est qu’il les a licenciés lui aussi.

Joe, Weisner et DeMann se lançaient des flèches à tour de rôle dans la presse. Joe a évoqué des « sangsues essayant d’amener les Jacksons à se séparer » et a déclaré que la seule raison pour laquelle il avait embauché Weisner et DeMann au départ, c’était « parce qu’à une période, je sentais que j’avais besoin de l’aide des Blancs pour traiter avec la structure d’entreprise de CBS ».

Fred DeMann, aussitôt, a suggéré que le problème avec Joe était peut-être lié à la race.

Joe était piqué au vif. « Si j’étais raciste, je ne serais pas assis là en train de vous parler », a-t-il déclaré au magazine Time. « Si j’étais raciste, je n’aurais pas embauché des tas de gens qui ne sont pas Noirs pour travailler avec moi. Si j’étais raciste, je serais dehors en train d’essayer de monter les Noirs contre les Blancs. Je ne suis pas comme ça… c’est même tout le contraire ».

Si Joe disait la vérité, il ne pouvait pas effacer la mauvaise publicité causée par sa guerre verbale avec Weisner et DeMann. Je crois pouvoir dire sans me tromper que la mauvaise presse a joué un rôle dans la décision des garçons de ne pas renouveler Joe dans ses fonctions de manager.

Cependant, la chose étonnante chez Joe, c’est qu’il n’abandonne jamais. Il pourrait tomber cinquante fois, cinquante fois il se relèverait, s’époussetterait et recommencerait tout. A la fin de l’année 1983, après son revers avec les garçons, Joe a regardé autour de lui : il a vu que Michael n’avait pas encore recruté un nouveau manager pour son travail solo ; il a vu que les garçons, en tant que groupe, n’avaient pas non plus embauché de nouveau manager ; il a vu que le Thriller de Michael continuait à se vendre.

Et il a vu une opportunité.

Joe, lui aussi, voyait les choses en grand. Il imaginait les Jacksons sur scène, lors de la plus grande tournée de tous les temps, une tournée qui ne passerait par aucun endroit plus petit qu’un stade de foot.

Et il participerait à la promotion.

MARLON : L’idée de remonter sur scène nous effleurait déjà l’esprit. Mais nous n’avions pas encore choisi de promoteur. On en était encore au tout, tout, tout début quand mon père nous a abordés.

Les garçons hésitaient lourdement à retravailler avec Joe. Il s’est empressé de gagner leur confiance.

Lors d’une réunion avec un co-promoteur potentiel et avec le comptable du groupe chez Jackie, Joe était au sommet de sa forme managériale. Quand le promoteur a tendu au comptable un chèque de 250 000 dollars, Joe a ordonné sèchement : « Rendez-lui ce chèque ! » Quand le comptable a protesté, Joe a saisi le chèque et l’a déchiré. « On ne va se vendre moins cher que ce qu’on vaut ! » a-t-il déclaré. « Cette tournée va générer des millions et cette fois-ci, nous voulons que ça se ressente sur nos revenus ».

Peu de temps après, Joe a affiché son goût pour le spectaculaire en contactant Don King, le promoteur de boxe exubérant, pour qu’il l’aide à promouvoir la tournée. King a bondi sur l’occasion. « Avec le succès énorme de l’album de Michael, cette tournée pourrait engranger des dizaines de millions de dollars », s’est-il enthousiasmé. C’était exactement ce que Joe voulait entendre.

Le choix de Joe concernant un deuxième co-promoteur était tout aussi surprenant. Moi.

Quand nous avions déménagé en Californie, Joe et moi avions conclu un accord. En réalité, Joe l’avait décidé pour nous deux. « Tu t’occupes de la maison », m’avait-il dit, « et je m’occupe de gérer la carrière des enfants. Je ne pense pas que tu aies besoin de te prendre la tête avec ça ».

Il avait raison. Tout au long de la période où Joe a été le manager des garçons, je suis restée à l’arrière-plan. Mais désormais, Joe avait besoin de moi. Il avait le sentiment que si j’étais à ses côtés à la table des négociations pour l’aider à s’assurer que les garçons bénéficiaient d’un arrangement financier honnête, ils lui feraient plus facilement confiance pour s’occuper de la tournée.

J’ai accepté. La tournée promettait d’être une expérience unique dans une vie.

Tous les garçons, sauf un, se sont laissé convaincre de travailler avec Joe. Le seul à s’y opposer, c’était Michael, qui n’était pas enthousiaste à l’idée de reprendre la route. En réalité, en 1981, il avait annoncé qu’il arrêtait de faire des tournées. « J’aime être sur scène », avait-il déclaré à l’époque, « mais je n’aime pas les autres choses qui accompagnent les tournées ».

« Je pense que c’est important d’évoluer et je fais ça depuis tellement longtemps que j’ai parfois l’impression d’avoir 70 ans ».

Si sérieux paraissait-il, ce n’était pas là « l’accro à la scène » (comme il se décrivait) que je connaissais. Persuadée que sous son apparente réticence se cachait un Michael piaffant d’impatience à l’idée de remonter sur scène, j’ai décidé d’essayer de faire preuve de persuasion, tout en douceur. « Réfléchis juste à l’idée de faire la tournée », lui ai-je dit. Quelques jours plus tard, j’ai remis le sujet sur la table. Sentant qu’il était réceptif, je lui ai dit : « Michael, j’aimerais que tu le fasses. Tes frères ont besoin de toi ».

« D’accord, Maman », a-t-il répondu. « Si tu veux que je le fasse, je le ferai ».

L’une des premières annonces au sujet de la tournée concernait la signature d’un contrat avec Pepsi, qui sponsoriserait les concerts.

En échange de la somme d’argent que payait l’entreprise pour les droits de sponsorship, les Jacksons ont accepté de tourner une série de publicités pour Pepsi.

En janvier 1984, le tournage a débuté au Shrine Auditorium, sous la direction de Bob Giraldi. Giraldi avait travaillé avec Michael sur son clip « Beat It ». Le soir du 27 janvier, les caméras filmaient l’interprétation de « Billie Jean » par les garçons, dont les paroles avaient été réécrites sous forme de couplet publicitaire, quand soudainement, Michael s’est effondré sur le sol, les cheveux en flammes.

J’ai appris l’accident survenu sur le tournage par une amie qui en avait entendu parler à la radio.

« Eh bien, je ne suis au courant de rien », lui ai-je répondu nerveusement.

J’ai immédiatement appelé le plateau.

« Michael est dans l’ambulance. Ils l’emmènent à l’hôpital », m’a dit la personne qui a répondu au téléphone.

Je n’en croyais pas mes oreilles. J’ai demandé à parler à Bill Bray, le chef de la sécurité de Michael.

« Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas très grave », a expliqué Bill. « Tout devrait aller bien pour Michael ».

Bill m’a expliqué ce qui s’était passé. Michael descendait un petit escalier pendant qu’explosaient des fumigènes au magnésium, lorsqu’une pluie d’étincelles est tombée sur lui. Sans qu’il s’en aperçoive, les étincelles ont enflammé ses cheveux. Michael a continué à danser jusqu’en bas des marches quand il a brutalement senti la douleur de la brûlure à l’arrière de sa tête. Il s’est écroulé sur le sol et des gens lui sont immédiatement venus en aide.

J’ai sauté dans la voiture avec LaToya et Janet et nous avons conduit à vivre allure en direction de la clinique Cedars-Sinai à West Hollywood. Nous y sommes arrivées quelques secondes avant l’ambulance de Michael.

« Je vais bien », nous a dit Michael tandis que nous le transportions jusqu’à l’hôpital.

Deux heures plus tard, à la demande de son chirurgien, le Dr Steven Hoefflin, Michael a été transféré au Brotman Memorial Hospital, qui possède un service pour les grands brûlés.

Il s’est avéré que Michael avait souffert de brûlures au deuxième et troisième degré sur une zone du crâne de la taille d’une paume de main. Son médecin a déclaré qu’il avait eu de la chance que ses blessures ne soient pas plus étendues. Cela aurait sûrement été le cas si les étincelles avaient aussi enflammé son costume, a expliqué le docteur. Le Dr Hoefflin a commencé à traiter Michael avec des antibiotiques et des analgésiques.

Michael souffrait autant émotionnellement que physiquement. Il était convaincu que l’accident aurait pu être évité si des mesures de sécurité appropriées avaient été prises. Il avait appris que les deux fumigènes les plus proches de lui n’avaient explosé qu’à 60 cm de chaque côté.

Cependant, même dans son état d’agitation, Michael a avoué qu’il avait secrètement adoré son premier trajet en ambulance, toutes sirènes hurlantes. C’est quelque chose qu’il voulait faire depuis qu’il était tout petit, a-t-il déclaré.

L’accident de Michael faisait la Une de tous les journaux télévisés tardifs. Cette nuit là et le lendemain, des centaines de fans se sont présentés dans le hall de l’hôpital avec des fleurs, des peluches et d’autres cadeaux. Le standard de l’hôpital était saturé d’appels demandant de ses nouvelles.

A la demande de Michael, Bill Bray a apporté un magnétoscope et Michael a passé la majeure partie de la matinée suivante et de l’après-midi à regarder ses cassettes préférées. A aucun moment il n’a envisagé d’abandonner la tournée en raison de ses blessures. En réalité, ce soir là, Michael a annoncé qu’il était prêt à rentrer à la maison.

Son médecin l’a supplié de rester à l’hôpital quelques jours de plus, pour se reposer. Mais Michael détestait l’idée que sa chambre soit gardée par des agents de sécurité, donc il a insisté pour qu’on l’autorise à partir.

Trois mois plus tard, après la guérison de sa brûlure, Michael est retourné à l’hôpital pour que le Dr Hoefflin puisse effacer la cicatrice de son crâne avec un laser carbone-dioxyde et greffer de la peau sur la zone brûlée.

De manière générale, il s’agissait d’une expérience traumatisante pour Michael. Mais quelque chose de positif en est malgré tout sorti : le Michael Jackson Burn Center.

Michael a eu l’idée de donner son nom à l’unité des grands brûlés de Brotman après avoir rendu visite à d’autres patients du service. Il a été ému aux larmes en voyant à quel point les brûlures de certains étaient graves et il a voulu faire quelque chose pour aider. Quand il a informé Pepsi de ses souhaits, la société – qui, j’en suis sûre, s’attendait à ce que Michael engage des poursuites judiciaires, chose que Michael n’a jamais faite – n’a été que trop heureuse de donner un million et demi de dollars au centre. Le Michael Jackson Burn Center était né.

Quand il est devenu évident que Michael serait totalement guéri et apte à monter sur scène cet été là, les préparatifs de la tournée ont débuté pour de bon. Toutefois, on aurait dit que rien ne se passait correctement.

A l’époque, Michael avait embauché un nouveau manager, Frank Diléo. Diléo a commencé à s’intéresser de près aux détails de la tournée, tout comme deux des avocats de Michael, l’avocat de Jermaine, les deux avocats des autres garçons, le comptable du groupe, le manager personnel du groupe et leur manager commercial.

J’ai réalisé que trop de chefs convergeaient dans la cuisine où les garçons se plaignaient à Joe et à moi de l’implication de Don King dans la tournée. Un – ou plusieurs – des individus précédemment cités avaient parlé de King à l’oreille de mes fils, rappelant sa condamnation pour homicide involontaire et lui reprochant son manque d’expérience dans la promotion de tournées rock.

Pour calmer les garçons, Joe et moi avons accepté de chercher un quatrième co-promoteur. Nous avons reçu des propositions d’une poignée de gens. Nous étions au cœur de négociations sérieuses avec l’un d’entre eux quand les divers avocats des garçons ont commencé un lobbying pour que ce soit un autre qui soit retenu à la place. Brutalement, les préparatifs de la tournée ont sombré dans le tumulte.

Je n’oublierai jamais une réunion entre ces avocats, Joe, Don King et moi-même. Nous sommes restés dans le bureau de l’un des avocats de midi à cinq heures le lendemain matin, à se plaindre et à se disputer au sujet de la tournée et de la façon dont elle devait être gérée. J’apprécie la paix et je n’aime pas les différends, si bien que cette réunion m’a achevée. Je ne cessais de me dire que je ne pourrais jamais être dans un milieu comme ça. L’homme est un loup pour l’homme…

Pour moi, ce que les avocats faisaient en jouant des coudes pour avoir un rôle dans la prise de décisions au sujet de la tournée était évident. Ils gonflaient leurs honoraires.

« Ecoutez », ai-je un jour dit aux garçons, « si ça finissait par dégénérer en bataille judiciaire, les avocats gagneraient de l’argent. Ils ne sont pas ici pour faire en sorte que les choses se passent bien ».

« Vous êtes des frères », a ajouté Joe. « Parlez vous-mêmes des problèmes. Les avocats ne devraient même pas être là. Ils devraient être dans leur bureau, à attendre que vous leur disiez ce que vous avez décidé ».

Mais les avocats sont restés.

Joe, Don King et moi pensions que l’issue était inéluctable. Néanmoins, Don a juré de partir en beauté.

« Si vous voulez nous écarter de cette tournée », a-t-il dit aux avocats, « vous allez devoir nous payer ».

Il a réussi à obtenir pour nous trois un pourcentage des bénéfices de la tournée. En retour, nous avons accepté de jouer un rôle qui tenait largement de la figuration…

Alors que la tournée devait débuter le 22 Juin, ce n’est que la première semaine de juin que les représentants de garçons ont finalement recruté un nouveau promoteur. Ironiquement, après avoir étudié les offres de plusieurs promoteurs de rock expérimentés, ils ont fini par choisir quelqu’un qui n’avait pas plus d’expérience que Don King en matière de tournées rock : Chuck Sullivan, le propriétaire des New England Patriots au sein de la Ligue Nationale de Football. Toutefois, Sullivan avait des liens étroits avec le personnel des stades à travers le pays, ce qui était un plus.

Sullivan a aussi fait une offre que les avocats ne pouvaient pas refuser : une garantie de près de quarante millions de dollars couvrant la tournée des Jacksons.

Aussi énorme que semblait l’offre, elle renfermait un piège. Pour tirer profit de cette garantie et dégager des bénéfices confortables, Sullivan devait faire payer cher l’entrée. Les garçons ne connaissaient pas le prix jusqu’à ce que les papiers soient signés : 30 dollars par place. De plus, Sullivan a décidé que les fans devraient acheter quatre tickets – ni plus, ni moins – et devraient envoyer leur commande par courrier avec la somme de 120 dollars sans aucune garantie d’obtenir une date spécifique, une place spécifique ou même un billet…

Au départ, les garçons avaient évoqué un prix de vente compris entre 12.50 et 20 dollars, sans restriction sur le nombre de places commandées, si bien qu’ils n’étaient pas satisfaits des décisions de Sullivan concernant les billets.

Inutile de le préciser, les fans non plus. Même si les commandes affluaient par dizaines de milliers, beaucoup ont accusé les garçons d’être cupides. Une petite fille texane de 11 ans a adressé des reproches à Michael lui-même. Dans une lettre ouverte à Michael publiée dans un journal de Dallas, elle a écrit : « Comment peux-tu être aussi égoïste ? »

Michael a eu le cœur brisé en lisant la lettre. En vérité, sa participation à la tournée n’était basée que sur le don. Le don à ses frères, qui voulaient faire une tournée plus que lui n’en avait envie, et le don à ses fans et à ceux des Jacksons.

Le 5 Juillet, la veille du début de la tournée des Jacksons à Kansas City – reportée de deux semaines – Michael a répondu à sa jeune fan. D’abord, il a annoncé dans une déclaration préparée qu’il demanderait au promoteur de trouver une autre manière plus juste de vendre les places (par la suite, la règle des 4 tickets a été abandonnée). Ensuite, il a annoncé qu’il donnait l’intégralité de ses bénéfices lors de la tournée à des œuvres caritatives.

Etant donné tous les problèmes et toutes les complications jusqu’ici, il semblait plus qu’ironique que la tournée des garçons – et l’album studio l’accompagnant – porte le nom de « Victory » (Victoire).

Mais le soir du 6 juillet, j’ai contemplé un stade Arrowhead bondé et ma frustration au sujet des évènements des mois écoulés s’est dissipée. La nuit était douce, il y avait de l’électricité dans l’air. En fermant les yeux, je peux revivre ce moment.

Tout ce que j’entends, c’est « Jacksons ! Jacksons ! Jacksons ! » C’est la Jacksonmania. Il y a des enfants qui portent un seul gant à paillettes, comme Michael. Il y a leurs parents. Et il y a des gens âgés, dont certains sont en fauteuil roulant.

Je discute avec une jeune fille du public. « Vous savez, ma petite sœur est malade depuis cinq ans », me dit-elle. « Nous pensions qu’elle allait mourir. Et puis, pendant l’une des tournées des Jacksons, Michael est venu lui rendre visite à l’hôpital. Et elle est encore là. Nous pensions que la visite de Michael y est pour beaucoup ».

Enfin, le spectacle commence. Après une autre de ces introductions montrant Randy comme chevalier, cette fois-ci tirant d’un coup sec une épée hors d’un rocher tandis que des lasers frappent la lame, les garçons font leur entrée. Ils arrivent sur une plateforme qui s’élève lentement depuis le dessous de la scène. Les projecteurs derrière et devant eux sont aveuglants.

Quand ils atteignent le niveau de la scène, ils montent quelques marches au milieu de la fumée jusqu’à une autre plateforme. J’entends le « clunk ! clunk ! clunk ! » de chaque pas jaillissant des enceintes installées dans les tours de chaque côté de la scène.

Maintenant, les voici qui marchent vers le public, portant tous des lunettes de soleil. Ils se tiennent là pendant une minute, tous alignés. Puis ils lèvent leur main droite à l’unisson et retirent leurs lunettes. Amusant !

D’un seul geste, Michael donne le signal de sa main gantée. Les voici maintenant qui dansent et les musiciens se lancent dans « Wanna Be Startin’ Somethin’ ». C’est parti !

Tandis que je regarde depuis mon siège, dans la tour de régie, je me focalise tour à tour sur chacun de mes garçons.

Comme Jackie s’est récemment blessé au genou en jouant au basket et ne peut pas monter sur scène, Randy essaie de pallier à son absence en délaissant de temps en temps son clavier et en occupant l’espace davantage. Il joue les machos. Il a fait un peu de musculation et il se pavane sur scène en gonflant ses biceps devant tout le monde.

Tito se tient un peu en retrait. C’est hilarant de le voir bouger parce qu’il ne sait pas danser. Mais ses frères lui disent toujours « Tu dois bouger ! » Donc il est là, avec sa guitare, à essayer de danser et de jouer en même temps.

Marlon danse sans arrêt, profitant de chaque seconde.

Jermaine se la joue cool. Il danse un peu.

Michael ? Il chante, dance, fait tout comme d’habitude. Où puise-t-il toute cette énergie ? Je repense à quelque chose qu’il disait souvent à ses frères : « Si nous faisons un show, nous devons faire un show vraiment bon. On ne peut pas faire les choses à moitié ».

Leur concert comportait 16 numéros. Cela allait d’un medley des Jackson 5 à des chansons extraites des albums Off The Wall et Thriller de Michael, en passant par trois solos de Jermaine.

Tandis que j’observe chaque note, chaque geste, chaque pas de danse, je ne peux m’empêcher de voyager dans le temps… en repensant au jour où chacun de mes garçons était encore un bébé dans mes bras ; à l’époque où nous luttions à Gary.

Maintenant, quand je regarde autour de moi et que je vois cette foule de gens – 45 000 en tout, beaucoup étant debout à les acclamer et à hurler – je me dis : « Voici donc le résultat de toutes les années passées à se consacrer à un rêve ».

Cette merveilleuse expérience au stade Arrowhead était vouée à se répéter encore et encore pendant les cinq mois de tournée.

TITO : Le Victory Tour est la tournée que j’ai détesté finir. Il y avait peu de dates, si bien que chaque concert était unique.

Moi aussi, j’ai détesté que ça se termine. J’aime découvrir de nouvelles villes et j’aime passer du temps avec mes enfants. C’est mieux que de rester à la maison à se demander « Comment vont les garçons ? Que font-ils ? »

Le Victory Tour était différent des autres tournées des Jacksons car les dates étaient suffisamment étalées pour permettre aux garçons de rentrer à la maison entre les concerts. Peut-être est-ce de là que sont parties les rumeurs affirmant qu’ils ne passaient « jamais » de temps ensemble pendant la tournée et qu’ils étaient probablement en froid.

En réalité, les garçons passaient du temps ensemble en coulisses avant et après chaque spectacle. A vrai dire, je trouvais même qu’ils s’amusaient un peu trop ensemble. S’ils voyaient quelqu’un qu’ils connaissaient, comme Bill Bray, le chef de notre service de sécurité, se diriger vers leur loge, il arrivait qu’ils forment un « peloton d’exécution » et, quand ils rentraient, ils lui tiraient dessus à coup de grains de raisin. « Ce genre d’attitude donne de moi l’image d’une mauvaise mère ! » devais-je leur dire.

Les garçons voulaient aussi que leur équipe, leurs amis et leur famille s’amusent pendant la tournée. Ils y ont veillé personnellement en faisant en sorte que la zone située sous leur énorme scène soit transformée en discothèque mobile baptisée Mr Lucky’s », en l’honneur de cette petite taverne de Gary où ils avaient joué leur premier spectacle professionnel. Pendant leurs prestations, ils jetaient un coup d’œil entre les lattes du plancher sur l’action qui se déroulait dessous.

Nous avions aussi des moments sérieux pendant la tournée. Après chaque numéro, j’allais en coulisses partager avec eux mes observations sur le déroulement du spectacle. Dès que je m’asseyais, un ou plusieurs des garçons disait « Chuuut ! Maman a quelque chose à dire ».

Malheureusement, les garçons continuaient à être ennuyés par la gestion commerciale de la tournée.

MARLON : Les difficultés et les souffrances endurées avant et après les concerts pesaient sur nous. Aucune tournée n’est une bonne expérience lorsqu’il s’agit des affaires mais Victory était encore pire que les autres parce qu’il y avait plus d’argent en jeu, plus de monde et plus de cupidité.

Après le début de la tournée, la plus grande tragédie qui s’est jouée en coulisses était la course au profit dans laquelle le promoteur Chuck Sullivan s’était engagé. Certains stades ont été abandonnés ou ajoutés en fonction de sa réussite ou de son échec à négocier des réductions spéciales avec les propriétaires. L’itinéraire changeant a renforcé chez certaines personnes l’idée que la tournée était motivée uniquement par des raisons financières.

En décembre, le Victory Tour s’est terminé à la maison par six dates à guichets fermés au Dodger Stadium. Quand la poussière issue du dernier démontage de la scène est retombée, les garçons, Joe et moi avons pu commencer à faire le bilan de la tournée.

Nous avons vu une tournée qui, c’était vrai, nous avait causé à tous du chagrin à un moment ou à un autre. Mais il y avait un sentiment général de satisfaction suite au spectacle des garçons. Le public vous fait savoir si vous faites du bon travail. Les hurlements et les acclamations, les standing ovations et la danse dans les travées qui accueillaient chaque concert me disaient que les garçons avaient fait quelque chose de bien sur scène.

Evidemment, les chiffres étaient gratifiants. Les garçons s’étaient produits devant plus de 2 millions de fans. Les revenus totaux excédaient 50 millions de dollars, battant le record précédent de 30 millions de dollars établi par les Rolling Stones en 1981.

L’album Victory des garçons avait lui aussi bien marché, se vendant à plus de deux millions d’exemplaires et engendrant un single classé dans le Top Ten, « State Of Shock », un duo de Michael avec Mick Jagger.

Au final, je pense qu’aucun d’entre nous n’a perçu le Victory Tour autrement que comme une victoire du talent et de la persévérance.

Maintenant, il était temps pour les garçons de faire une pause.

Pour Michael, cela signifiait retourner dans notre maison d’Encino, son sanctuaire, et probablement, à l’époque, la maison de célébrité la plus connue à l’Ouest de Graceland…
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:05

Chapitre 14 – Michael à la maison



En 1981, quand on a demandé à Michael, alors âgé de vingt-trois ans, s’il envisageait de déménager pour s’installer seul, il a répondu : « Oh, non, je pense que je mourrais si je le faisais. Je serais tellement seul »… L’année suivante, il m’a informée qu’il avait l’intention de rester encore quelques années à la maison quand, un jour, il m’a annoncé : « Maman, il est temps d’avoir une nouvelle maison ».

A l’époque, nous vivions déjà depuis onze ans dans notre maison d’Encino. Ce n’était pas très « californien » de notre part ; les habitants de Los Angeles semblaient déménager régulièrement. Donc j’étais prête pour un changement d’environnement.

Michael, LaToya, Janet, Joe et moi avons regardé quelques maisons. Mais nous étions choqués par les prix. L’immobilier de Los Angeles, avons-nous appris, avait connu une augmentation significative depuis 1971.

« Pourquoi déménager ? » avons-nous fini par conclure. « Reconstruisons, plutôt ! »

Après avoir rejeté les plans d’un architecte pour une maison entièrement nouvelle, nous avons simplement décidé de transformer notre demeure existante et d’y ajouter un deuxième étage pour les chambres.

Nous avons aimé la proposition qu’un deuxième architecte a formulée. Comme c’était aussi un entrepreneur, nous l’avons recruté pour qu’il s’occupe également du bâtiment. Mais à notre consternation, il a démoli toute la maison et a coulé de nouvelles fondations ! « C’est ça que vous appelez une transformation ? » lui ai-je demandé. Nous l’avons viré. Toutefois, nous avons conservé ses plans. Nous avons recruté un autre chef de chantier pour poursuivre le travail.

Pendant que la maison était en construction, Michael, LaToya, Janet et moi avons déménagé dans un appartement situé à proximité. Joe est resté dans la propriété, dans une maison destinée aux invités, afin d’aider à lutter contre les intrus.

Cependant, comme l’existence du chantier a été rendue publique, il est arrivé que des gens s’introduisent sans autorisation lorsqu’il n’était pas là. Quelques-uns des disques d’or des garçons ont été volés dans la maison des invités, tout comme divers objets.

Un jour, Michael, LaToya et moi sommes arrivés au beau milieu d’un cambriolage. Je ne sais pas qui a eu le plus peur, les cambrioleurs ou nous. Ils se sont enfuis dans une direction, escaladant un mur, tandis que nous avons fui dans la direction opposée, vers notre voiture. Suite à cet épisode, nous avons décidé d’embaucher une équipe de sécurité 24h/24. Encore aujourd’hui, des agents de sécurité sont installés chez nous.

Le dérangement occasionné par ce déménagement temporaire en valait la chandelle et, en 1983, notre maison a enfin été achevée et nous avons pu y emménager. Comme Michael avait proposé de financer la nouvelle construction, les touches personnelles qu’il y avait apportées étaient nombreuses.

Par exemple, l’idée de construire la maison dans un style Tudor était la sienne. Je ne suis pas fan de Tudor – je trouve ça sombre et sinistre – mais je l’ai suivi quand il a accepté qu’il y ait beaucoup de fenêtres pour faire entrer la lumière. Le résultat final est l’une des demeures Tudor les plus gaies jamais construites.

Comme Michael était un grand fan de Disneyland et possédait sa propre suite dans un hôtel de Disney World, beaucoup de ses idées étaient inspirées par Disney. Par exemple, sa version miniature de Main Street, USA, près du garage, avec un magasin de bonbons et une devanture vitrée dévoilant sa collection de poupées et de jouets anciens ; ou encore les pancartes en bois portant des messages Disneyliens sculptés à la main, comme « SUIVEZ VOS REVES QUEL QUE SOIT L’ENDROIT OU ILS PEUVENT VOUS MENER ».

Michael était tellement obsédé par Disney qu’il voulait même installer une mini-attraction « Pirates des Caraïbes » dans une pièce réservée, à l’étage. Il est allé jusqu’à consulter un technicien Disney au sujet de ce projet. « Il y aura des fusillades entre pirates, des canons et des pistolets », a-t-il dit à un journaliste à l’époque. « Ils se crieront dessus et j’aurai les lumières, le son, tout ! »

Quand j’ai entendu parler de cette « touche » Disney, j’ai mis le holà.

« Michael, on ne peut pas faire ça », lui ai-je dit. « C’est un peu excessif ».

« Mais Maman, j’en ai envie », a-t-il insisté.

« S’il te plaît, non. Laisse-moi faire de cette pièce une salle à manger ».

Michael a fini par céder mais il était déçu. Toutefois, il a bien accueilli deux idées que j’avais pour sa chambre. Comme celle-ci possédait un plafond très haut, je lui ai suggéré d’y construire un deuxième étage avec une deuxième cheminée – il en avait une au rez-de-chaussée – et une deuxième salle de bains. Michael a installé une chaise de coiffeur dans cette salle de bains pour ses coupes de cheveux.

Le lit escamotable de Michael était aussi mon idée. « Où vas-tu dormir si tu tombes malade ? » me suis-je inquiétée lorsque Michael a annoncé qu’il avait l’intention de dormir dans un sac de couchage plutôt que dans un lit, de façon à avoir plein de place pour répéter ses pas de danse. Le lit escamotable semblait être un compromis idéal ; quand il était replié, on ne savait même pas qu’il était là. Tout ce qu’on voyait, c’était un panneau de bois.

Mais la meilleure idée que j’ai eue pour notre nouvelle maison a été d’installer un petit salon à l’étage. Je craignais que nous ne passions plus assez de temps ensemble, en famille, le soir, étant donné que tout le monde allait avoir sa propre chambre et sa propre télévision. Dès le premier soir, le petit salon a fait l’unanimité. En plus de regarder la télé, les enfants et moi jouions à divers jeux de société, notamment mon préféré, le Scrabble, ainsi qu’un jeu que Michael avait inventé, dans lequel un joueur choisit deux lettres et les autres tentent de trouver le nom d’une célébrité qui commence et finit par ces lettres.

Les autres atouts de la maison comprenaient une salle de sport à l’étage et, au rez-de-chaussée, une salle de jeux abritant les derniers jeux vidéo ; une salle de cinéma de trente-deux places ; et, à côté du hall d’entrée, la salle des trophées des enfants. Michael a pris l’initiative de décorer les murs et les vitrines avec des plaques, des statuettes obtenues dans les cérémonies de remise de prix, des disques d’or et de platine de toute la planète, des couvertures de magazines, des clés offertes par des villes, des pictures discs… et le « trophée » le plus impressionnant de la pièce, un diorama d’1m80 de Blanche-Neige et les Sept Nains, remis à Michael par Walt Disney World pour le remercier, j’imagine, de toute la publicité gratuite qu’il leur avait faite.

La salle des trophées est l’une des nombreuses pièces où Michael s’est impliqué dans la décoration.

A l’époque, il était devenu un sérieux collectionneur d’art, en particulier de statuaires européens antiques, de bronzes richement ornés et de pendules en or. Bon nombre de ces œuvres ont trouvé leur place dans le salon et dans l’entrée. Au départ, je me sentais submergée. « J’ai l’impression de vivre dans un musée », ai-je dit à Michael.

Michael était tellement fier de ses objets qu’il avait fait installer des spots au plafond pour pouvoir les éclairer la nuit, lorsque la pièce était plongée dans l’obscurité. Il adorait l’effet obtenu. Je le trouvais effrayant. « Mais allume quelques lampes ! » m’exclamais-je quand j’essayais de trouver mon chemin au rez-de-chaussée.

Je doutais un peu de quelques-unes des autres idées de décoration de Michael. Par exemple, dans le petit salon du rez-de-chaussée, il a placé une gigantesque pendule au-dessus de la cheminée. Je me suis dit qu’on n’allait voir qu’elle dans la pièce. Dans ce même salon, sur l’un des murs, il a installé un vitrail représentant un château. Avec une telle fenêtre, cette pièce va ressembler à une église, ai-je pensé.

A chaque fois que je questionnais Michael directement au sujet de l’un de ses achats, il me répondait « Maman, fais moi confiance, ça va être très joli ». Il a tellement confiance en ses goûts. Dans le cas du vitrail, il avait raison : il est superbe. Quand le soleil brille, les fleurs et le toit du château semblent être illuminés.

Je sais que Michael trouve ses idées de décoration meilleures que les miennes. Par exemple, il n’a pas été convaincu par une peinture représentant une petite fille que j’avais fièrement accrochée dans la salle à manger. « A chaque fois que je pose les yeux sur cette petite fille, j’ai l’impression qu’elle me regarde en louchant », s’est-il plaint un jour. J’ai étudié le visage de la fillette de près et, c’était vrai, elle avait bien un léger strabisme.

« Tu sais, Michael, tu as raison à propos des yeux de cette petite fille », lui ai-je dit.

Peu de temps après, j’ai remarqué que la peinture avait été enlevée. A sa place, Michael avait accroché un portrait d’un petit garçon.

Mais Michael avait un projet de décoration qu’il tenait à garder secret.

« Ne monte pas dans le grenier », ne cessait-il de m’avertir. Le « grenier » était le nom que nous avions donné aux deux petites pièces situées au-dessus du garage. C’était sur ces pièces qu’il travaillait.

« Bien, je ne monterai pas », lui ai-je promis. De toute façon, même si j’avais voulu fouiner – ce que j’ai fait – je n’aurais pas pu. Michael gardait la porte fermée à clé. Il nous a fait savoir qu’il préparait dans ces pièces une surprise pour la famille. Un jour, enfin, Michael a annoncé : « Je veux que toute la famille vienne. On va organiser une fête. Je veux vous montrer comment j’ai aménagé le grenier ».

Michael n’a pas eu besoin de le dire deux fois pour que tout le monde se déplace. A ce stade, Joe et les autres enfants étaient tout aussi curieux que moi au sujet du mystérieux projet de Michael. Jusqu’à la dernière seconde, il a travaillé dans le grenier. Même quand nous étions tous réunis dans la salle à manger le jour J, grignotant des petits-fours que son cuisinier, Rane, avait préparé pour nous, Michael courait encore dans tous les sens avec ses ouvriers, essayant de mettre la touche finale à son projet spécial. Quelque chose a dû mal se passer parce qu’à un moment donné, je l’ai vu en larmes.

Quel que soit le problème, Michael l’a apparemment résolu. Enfin, il est arrivé dans la salle à manger, l’air bien plus satisfait. Réclamant l’attention de tout le monde – Michael est toujours un tel showman ! – il a annoncé : « J’ai une surprise pour vous ». A ces mots, il nous a conduits en silence à l’extérieur, jusqu’à la porte conduisant au grenier. Nous avons monté les escaliers, à la queue-leu-leu.

Je ne sais pas qui était dernier dans la file mais il ou elle a dû mourir d’impatience ! Tous ceux qui atteignaient le haut de l’escalier laissaient échapper un cri ou se mettaient à pleurer.

Ce que Michael avait fait, c’est qu’il avait transformé les deux pièces en une version photographique de « This Is Your Life » mettant en scène la famille. (Note : This Is Your Life est le nom d’une série documentaire américaine dans laquelle l’animateur surprenait quelqu’un, célèbre ou anonyme, et retraçait sa biographie dans un studio de télévision en faisant intervenir sa famille, ses anciens amis, etc).

« Prendre une photo », disait le message figurant sur une plaque que Michael avait accrochée au mur, « c’est capturer un moment, arrêter le temps. Pour préserver la façon dont nous étions, la façon dont nous sommes. On dit qu’une photo est plus parlante que mille mots. C’est pourquoi, à travers ces photos, je recréerai quelques moments magiques et merveilleux de nos vies ».

Michael avait puisé les photos dans ma collection personnelle. Un jour, pendant que je n’étais pas là, il s’était introduit dans ma chambre, avait ouvert la valise dans laquelle je les stockais et s’était servi. Les agrandissements des clichés couvraient le moindre centimètre carré de mur.

REBBIE : Nous étions tous complètement stupéfaits et très touchés. Michael nous observait pour voir nos réactions. Il était visiblement très important pour lui que nous aimions ce qu’il avait fait.

En 1985, Michael avait aussi commencé à remplir le grenier d’effets personnels, le transformant en un mélange de galerie familiale des Jackson et de musée Michael Jackson. Parmi les souvenirs figurait une collection de vestes à paillettes qu’il portait lors des tournées, chacune présentée dans une vitrine en plexiglas de 1m50 de hauteur, avec une plaque précisant à quelle(s) occasion(s) elle avait été portée, par exemple « Victory Tour, Kansas City, premier concert », « Etoile sur le Hollywood Walk of Fame » ou encore « Visite au président Reagan à la Maison Blanche/Grammy 1984 ».

Dans une autre vitrine, Michael avait placé plusieurs de ses gants à paillettes typiques.

Mais la pièce la plus marquante était probablement sa collection de statues de cire de Michael Jackson… au nombre de trois. L’une d’elles avait été présentée à Michael par les employés du Guinness des Records, une autre par le musée de cire Movieland de Buena Park, en Californie, et la troisième par le musée de cire Madame Tussaud’s à Londres. Elles étaient placées dans plusieurs endroits de la pièce, donnant aux visiteurs le sentiment qu’ils n’étaient pas seuls lorsqu’ils visitaient les deux pièces.

Michael aimait tellement être dans le grenier qu’il y a installé une chaîne et y a monté sa piste de danse transportable, histoire de pouvoir danser au milieu des souvenirs. Après qu’il soit revenu à la maison suite au Victory Tour, le grenier est devenu l’un de ses refuges favoris, tout comme sa chambre à deux niveaux, la salle de jeux, le cinéma et la salle de sport.

« J’installe tous ces trucs ici », a-t-il expliqué pendant la construction de la maison, « comme ça, je n’aurai jamais besoin de partir et de sortir dehors ».

Quand Michael et moi avons visité Disney World pendant l’une des interruptions du Victory Tour, j’ai vu aux premières loges à quel point il était difficile pour lui, étant une superstar, de s’aventurer en public. La nouvelle de la présence de Michael Jackson ce jour là s’est répandue dans l’immense parc d’attractions comme une traînée de poudre. Avant d’avoir eu le temps de dire ouf, nous étions entourés par une foule de gens. Finalement, les agents de sécurité de Disney World ont dû nous ouvrir un passage pour que nous puissions sortir du parc.

Il suffisait que Michael regarde la caméra qui filmait les abords de la maison pour que cela lui rappelle qu’à chaque fois qu’il choisissait de quitter la propriété, il courait le risque que des gens se jettent sur lui.

Quand Michael osait le faire, il avait de temps à autre recours à des déguisements. En 1985, il avait accumulé de nombreux accessoires pour modifier son apparence : un dentier amusant qui découvrait largement les gencives, de fausses moustaches, des lunettes, des chapeaux, des prothèses à coller sur ses joues et – sa fierté et sa joie – un costume gonflable d’obèse.

Un jour, j’ai été surprise de tomber nez-à-nez dans la cuisine avec un homme joufflu portant une moustache et un chapeau.

« Que faites-vous ici ? » lui ai-je demandé. J’ai supposé que la personne était un fan qui, d’une manière ou d’une autre, avait réussi à échapper à la vigilance de notre service de sécurité.

« Comment, Maman, tu ne sais pas qui je suis ? » a répondu une voix familière en poussant un petit cri de joie.

C’est ainsi que j’ai fait la connaissance du costume d’obèse de Michael.

Ayant été baptisé chez les Témoins de Jéhovah en 1983, Michael a commencé à porter le costume d’obèse ainsi que quelques déguisements faciaux lorsqu’il faisait du porte-à-porte. Cependant, il a rapidement découvert que tout le monde n’était pas aussi facile à piéger que sa mère !

« Tu sais qui arrive malgré tout à me reconnaître ? » m’a un jour demandé Michael, impressionné. « Les enfants ».

En général, Michael conduisait lui-même lorsqu’il se rendait à la Salle du Royaume ou faisait du prosélytisme. Il avait fini par obtenir son permis de conduire en 1981, à l’âge de 23 ans. Au départ, il ne voulait pas apprendre à conduire.

« Il me suffira d’appeler un chauffeur quand je voudrai sortir », a-t-il déclaré lorsque j’ai commencé à insister pour qu’il passe le permis.

« Mais imagine que tu sois quelque part et que ton chauffeur tombe malade ? »

Finalement, il a cédé et a pris quelques leçons. Après avoir commencé à conduire, Michael a décidé qu’après tout, il aimait bien être derrière le volant. La première fois qu’il m’a emmenée faire un tour, il s’est aventuré sur Mulholland Drive, une route sinueuse située à Hollywood Hills. C’était une expérience à vous dresser les cheveux sur la tête !

« J’ai un torticolis et j’ai mal aux pieds », s’est plainte LaToya, qui était aussi dans la voiture, par la suite. « Je faisais comme si je freinais avec mes pieds et je braquais la voiture avec mon cou pour essayer de la maintenir sur la route. J’ai eu tellement peur ! »

Pour moi aussi, ça a été un moment terrifiant. Michael conduisait vite. Il avait aussi la même manie que moi : se rapprocher de la voiture qui le devançait et s’arrêter juste derrière.

Ensuite, Michael a commencé à sortir seul.

« Tu ne devrais pas sortir seul » , lui disais-je. « Demande à Bill Bray de venir avec toi » .

Mais Michael ne voulait pas en entendre parler. « J’en ai marre d’avoir la sécurité avec moi à chaque fois que je vais quelque part » .

Quand il a commencé à conduire, Michael me disait qu’il n’irait jamais sur les autoroutes ; il les trouvait trop dangereuses. Tant et si bien qu’un jour, j’ai été choquée quand Michael s’est soudainement engagé sur une bretelle d’autoroute.

« Attends une minute, Michael, qu’est-ce que tu fais ? »

« Je peux conduire sur l’autoroute maintenant ! » a-t-il répondu en riant. Il avait changé d’avis au sujet des autoroutes lorsqu’il avait vu à quel point c’était long de circuler dans Los Angeles sans les emprunter.

La première voiture de Michael était une Mercedes. Puis il a acheté une Rolls-Royce noire, qu’il a par la suite peinte en bleu. C’est dans la Rolls qu’il s’est un jour fait arrêter… Pas par les fans devant le portail mais par un policier de Van Nuys.

« On dirait une voiture volée » , a déclaré l’officier. Il n’a pas reconnu Michael, qui ne portait pas de déguisement ce jour là.

Michael a poliment expliqué qu’il était bel et bien le propriétaire de la voiture. Mais l’officier n’a pas abandonné et a contrôlé la voiture, découvrant que Michael avait un PV impayé.

Avant d’avoir eu le temps de dire ouf, Michael s’est retrouvé dans la prison de Van Nuys. Bill Bray a payé sa caution pour le libérer. Je n’ai pas su ce qui s’était passé jusqu’à ce qu’il rentre à la maison.

« Tu aurais dû demander à l’officier à quoi ressemble une voiture volée » , lui ai-je dit après qu’il m’ait raconté sa mésaventure. Peut-être le policier avait-il pensé qu’un jeune homme noir n’était pas à sa place derrière le volant d’une Rolls.

Mais Michael, bien que dérangé par l’expérience, a prétendu être heureux. « J’ai pu voir l’effet que ça faisait d’être en prison ! » s’est-il exclamé.

Après avoir vu Michael travailler dur pendant plusieurs années, j’étais ravie qu’il tente de trouver un meilleur équilibre entre travail et détente après le Victory Tour, même si la plupart de ses moments de détente devaient se passer dans notre propriété pour des raisons de sécurité.

Amoureux des animaux depuis longtemps, Michael passait du temps avec sa ménagerie, qui comprenait Louis et Lola, les lamas ; Prince et Princess, les faons ; Winter et Spring, les paons. Pendant un moment, Michael a aussi eu une girafe, Jabbar, mais les voisins se sont plaints et Michael a dû s’en séparer.

Il y a un « animal domestique » qui a adopté Michael. Un jour, il mangeait une noix de pécan dans le jardin quand un geai bleu s’est approché furtivement et lui a arraché la noix de la main ! Michael n’en croyait pas ses yeux donc il a couru vers la maison pour chercher d’autres noix de pécan, les lui a présentées et « Jay » les a aussitôt attrapées. Dès lors, Michael et Jay sont devenus amis et Michael l’exhibait fièrement devant les invités.

Cependant, l’animal que Michael chouchoutait probablement le plus, c’était Bubbles, son chimpanzé. Cela faisait longtemps qu’il cherchait un chimpanzé. Il était exigeant : il voulait l’un des rares chimpanzés à tête blanche. Finalement, Bob Dunn, qui élève et dresse des chimpanzés, a trouvé Bubbles pour Michael en 1983. Michael l’a eu quand il était bébé, et c’était quelque chose à voir, avec sa petite tête blanche ! On aurait dit un chimpanzé en peluche, pas un vrai.

Pendant la première année de sa vie, Bubbles a vécu avec Bob. Mais il venait à la maison en visite. Il dormait dans un berceau dans la chambre de Michael.

Pour moi, c’était étrange et inquiétant de regarder Bubbles. Il virevoltait dans tous les sens sur le sol, les yeux fermés, exactement comme un enfant. Il était intelligent, aussi. Je me souviens d’un jour où Michael l’a disputé pour avoir volé un petit objet sur une table. Bubbles s’est retiré dans un coin de la pièce mais l’objet ne lui était pas sorti de la tête. Lorsque Michael a détourné son attention vers autre chose, Bubbles est lentement retourné vers la table, sans cesser de surveiller Michael. D’un seul coup, il a attrapé l’objet et est retourné en courant dans un coin de la pièce avec, très fier de lui. On dirait un être humain, me suis-je dit en le regardant.

Si Michael aimait se détendre avec ses animaux, il aimait aussi jouer les hôtes. A l’époque, il avait plus ou moins abandonné l’idée de se faire des amis de son âge. Il était de plus en plus attiré par des gens plus jeunes ou plus vieux que lui. Michael résumait son amour pour les enfants en quelques mots : « Ils ne portent pas de masque ».

Je suis sûre que sa volonté de divertir ses jeunes invités était l’une des raisons pour lesquelles il avait voulu avoir un magasin de bonbons avec une fontaine à soda. Parmi eux figuraient des fans gravement malades ou mourants qui lui avaient écrit. La veille d’une visite, Michael appelait lui-même l’enfant et prenait sa « commande » pour le menu du déjeuner et le film qu’il souhaitait voir.

Peu importe à quel point cet enfant pouvait être malade, Michael parvenait à rester enjoué et dynamique pendant sa visite ; il est très fort, de ce point de vue. Cependant, parfois, après le départ de l’enfant, Michael laissait échapper les larmes qu’il avait retenues.

S’il avait une heure de temps libre, Michael aimait aussi aller voir les jeunes fans qui s’agglutinaient devant la maison.

Un jour, l’un de nos agents de sécurité a tendu à Michael trois grandes enveloppes que quatre écolières avaient apportées à la maison. Quand Michael a ouvert les enveloppes, il a été stupéfait en découvrant les mots « I Love You, Michael Jackson » écrits dix mille fois sur un bloc-notes de 181 feuilles ! Avant d’avoir eu le temps de dire ouf, les filles étaient assises avec Michael dans notre salon. Il leur a dit à quel point il avait été touché par ce qu’elles avaient fait, leur a demandé combien de temps il leur avait fallu pour faire ça (72h) et leur a fait visiter la salle des trophées, la galerie photo et le jardin de derrière.

Quant à son intérêt pour les gens d’expérience, Michael adorait jouer l’élève avec eux. Encore fasciné par les films, il appréciait tout particulièrement la compagnie des acteurs.

L’une des premières stars de cinéma avec qui il est devenu ami était Jane Fonda. Jane l’avait invité sur le tournage de « La maison du lac » en 1981 et, selon Michael, « Nous avons juste parlé, parlé, parlé de tout… de politique, de philosophes, de racisme, du Vietnam, du jeu d’acteur ». Une autre amie qu’il s’est fait à l’époque était Katherine Hepburn. Michael lui avait rendu visite dans son appartement de New York et elle avait assisté à l’un des concerts des Jacksons au Madison Square Garden.

Michael a fini par devenir proche de bon nombre d’autres acteurs, dont Marlon Brando, Elizabeth Taylor, Fred Astaire et Grégory Peck. Tous ont été invités à au moins l’un des dîners pleins de célébrités qu’organisait Michael. Avant qu’il ne donne sa première fête, j’étais un peu nerveuse pour lui. « Il n’a jamais fait ça avant », me suis-je dit. « Je me demande comment ça va se passer ». Mais Michael s’est avéré être un bon hôte.

Michael préparait ses dîners avec soin. Après l’arrivée des invités, il les conduisait dans le salon, où il leur servait du vin et du jus de fruits. Puis il leur faisait faire le tour de la propriété, après quoi ils s’asseyaient tous devant un dîner préparé par son cuisinier (et là, je suis sûre que Michael était heureux d’avoir une vraie salle à manger au lieu d’une scène de bataille de « Pirates des Caraïbes »). Après le dîner, Michael leur projetait un film en exclusivité.

Un jour, il y a eu une coupure de courant au milieu de la projection et Michael a été tellement gêné que le lendemain, il a envoyé Bill Bray acheter un générateur pour que ça ne se reproduise jamais. C’est le seul et unique problème survenu pendant l’une de ses fêtes dont je me souvienne.

« Maman, tu es plus que la bienvenue si tu veux te joindre à nous », me répétait systématiquement Michael à chaque fois qu’il organisait un dîner. Mais je refusais toujours. En réalité, je m’assurais d’être en sécurité à l’étage, dans ma chambre, au lit, avant l’arrivée du premier invité. C’est dire à quel point je suis timide.

Mais un soir, je n’ai même pas été « en sécurité » à l’étage. Sans prévenir, Michael est entré avec Yul Brynner ! J’étais furieuse contre lui mais, bien sûr, je ne l’ai pas montré devant M. Brynner. Il s’est avéré que Yul Brynner était très gentil. Après leur départ, j’étais plus en colère contre ma propre timidité que je l’étais contre Michael pour m’avoir surprise.

Michael est étonnant. Je ne dis pas ça parce que c’est mon fils; je le dis parce que je le pense vraiment. Quand il est avec une célébrité, il « grandit » pour avoir son âge. Mais il a aussi ce magasin de bonbons et sa collection de poupées, et il joue par terre avec ses neveux et nièces comme s’il était enfant. Il est jeune, il est vieux. Comme je l’ai dit, il est étonnant.

Je crois que si Michael a pu se montrer plus sociable durant toutes ces années, c’est parce qu’il a consacré la majeure partie de cette période à faire un travail « silencieux », à savoir écrire et faire des affaires.

En 1985, il a collaboré sur « We Are The World » avec Lionel Richie et a également participé à l’enregistrement du titre avec toutes les autres stars. Les revenus issus de la chanson ont contribué à la lutte contre la famine en Ethiopie. Cette année là, Michael a aussi conclu l’achat du catalogue ATV, contenant 21 chansons de John Lennon et Paul McCartney.

Ironiquement, c’est Paul qui avait donné à Michael l’idée d’investir dans l’achat de chansons en plus de l’achat d’œuvres d’art. Un jour, alors que Michael rendait visite à Paul en Ecosse, Paul lui a tendu un livre contenant tous les droits qu’il détenait, parmi lesquels ceux des classiques de Buddy Holly. Michael a été impressionné… et inspiré par la collection de Paul.

Paul avait lui aussi voulu acheter le catalogue ATV mais il s’était retiré des enchères longtemps avant Michael. Je suis triste que l’achat d’ATV par mon fils ait rimé avec la fin de son amitié avec Paul.

Je suis sûre que ses conversations avec ses amis célèbres et d’autres figures de réussite ont joué un rôle dans la décision de Michael d’acheter le catalogue des Beatles. Investir était l’un de ses sujets favoris. Je me souviens avoir entendu Michael dire à John H. Johnson, le président de Johnson Publications, qui édite Ebony et Jet : « Joe Louis a gagné beaucoup d’argent et il est mort ruiné. Je ne veux pas que ça m’arrive. Pourriez-vous partager avec moi le secret de la longévité de votre réussite ? »

En 1986, le travail de Michael a commencé à l’éloigner davantage de la maison. Il collaborait avec Francis Ford Coppola et George Lucas sur Captain Eo, le film de 15 minutes en 3D qui est devenu la nouvelle attraction de Disneyland et Disney World au mois de septembre. Michael y jouait le rôle d’un jeune héros qui apporte lumière et beauté à une planète dirigée par une reine crapuleuse.

En août, il est entré en studio pour enregistrer son album suivant.

Depuis la fin du Victory Tour, l’écriture de chansons pour le disque qui allait suivre l’album le plus vendu de tous les temps était pour Michael un projet très sérieux. Je lui ai en partie inspiré l’un des morceaux.

« Je veux que tu écrives une chanson avec un rythme un peu traînant », lui ai-je un jour dit. J’ai essayé de lui chanter ce que j’entendais dans ma tête.

« Je pense que je vois ce que tu veux dire », m’a-t-il dit en acquiesçant.

Une semaine ou deux plus tard, Michael m’a fait écouter la chanson qu’il avait écrite.

« C’est exactement de ça que je parlais ! » me suis-je exclamée.

« Je sais », a-t-il répondu en souriant.

La chanson était « The Way You Make Me Feel ».

Cependant, Michael a refusé de me faire écouter les autres titres qu’il avait en chantier.

« S’il te plaît, fais-moi écouter ! S’il te plaît, laisse-moi écouter ! » le suppliais-je.

« Non, Maman, attends la sortie de l’album », répondait Michael. « Il faut que tu aies la surprise ».

Par contre, Michael n’hésitait pas à me parler de ses attentes pour son prochain album. Il s’attendait vraiment à ce que ça devienne l’album le plus vendu de tous les temps.
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:07

Chapitre 15 – Prendre le contrôle



Pendant que Michael travaillait « en coulisses » en 1986, une autre Jackson – Janet – profitait de son succès en tant que chanteuse avec son troisième album, Control.

J’avais encouragé pour la première fois mes filles à entreprendre une carrière dans le show-business au début des années 70. En toute honnêteté, je n’aimais pas l’idée que certains de mes enfants soient en train de gagner beaucoup d’argent pendant que les autres ne faisaient rien. Si je n’ai jamais décelé de jalousie de la part d’aucune des filles vis-à-vis de leurs frères, je trouvais ça assez naturel qu’elles ressentent un peu d’envie et je ne voulais pas les voir souffrir.

Je voulais également que mes filles soient connues et appréciées pour ce qu’elles étaient plutôt que pour ce que leurs frères étaient. Après notre déménagement en Californie, j’ai été bouleversée de voir LaToya, alors âgée de treize ans, vivre un moment douloureux avec des « amies » qui, en réalité, l’utilisaient juste pour se rapprocher de l’un des garçons.

« Maman, j’ai trouvé une copine à l’école aujourd’hui et c’est vraiment mon amie », me disait souvent LaToya.

« Pourquoi tu dis ça ? » lui répondais-je.

« Parce qu’elle ne sait même pas que je suis la sœur de Michael ».

Comme je l’ai mentionné, Janet et LaToya ont fait leurs débuts professionnels pendant le spectacle familial de 1974 à Las Vegas. Par la suite, nous avons joué le même show à Lake Tahoe et à New York, donnant à Rebbie, une fois sa cheville foulée guérie, l’occasion de faire ses débuts.

Joe et moi avons aussi veillé à ce que les filles soient incluses dans la série télévisée estivale des Jacksons en 1976.

Janet a été la première des filles à décrocher une opportunité et elle en a bénéficié grâce à son exposition dans cette émission très regardée. Norman Lear, le créateur de « All In The Family », l’a invitée à passer une audition pour le rôle de Penny dans une autre de ses séries, « Good Times ».

J’ai conduit Janet à l’audition, qui se déroulait dans la société de production de M. Lear, où il l’a auditionnée personnellement. Janet m’a dit par la suite que la première question qu’il lui a posée était la suivante : « Est-ce que tu peux pleurer ? » Puis il lui a fait jouer une improvisation avec lui dans laquelle Janet lui offrait une cravate en cadeau, qu’il n’aimait pas. Il a dû la tester en disant quelque chose de méchant parce qu’elle s’est mise à pleurer. M. Lear l’a serrée dans ses bras et lui a dit « Tu as le rôle ».

JANET : Sur le trajet du retour, je n’avais pas encore réalisé ce qui s’était passé. « Maman », ai-je demandé avec nonchalance, « je viens juste d’avoir le rôle dans ‘Good Times’… tu crois qu’on pourrait s’arrêter au magasin de jouets pour que tu m’achètes une maison de poupées Barbie ? » Ma mère a hurlé de rire. ‘Bien sûr, ma chérie !’ a-t-elle répondu. C’était mon cadeau.

Pendant l’engagement de Janet avec Good Times, qui a duré trois ans, Joe et moi avons continué à réfléchir à la façon dont nous pourrions aussi aider à lancer la carrière de LaToya et de Rebbie. L’idée que nous avions était que les deux filles forment un groupe avec Janet.

REBBIE : Au départ, ça devait être un groupe de quatre. Randy devait en faire partie lui aussi. Je ne voyais pas comment ça allait marcher parce que Randy était déjà membre des Jacksons. Et ça n’a pas marché. Finalement, nous avons décidé que ça ne devait concerner que les filles. Nous avons fait quelques trucs en studio mais le groupe n’a jamais décollé. Il y a eu pas mal de débats entre nous pour savoir qui devait être le leader. Et puis, ma personnalité et celle de LaToya ne s’accordaient pas. Je suis une personne qui a la tête sur les épaules et LaToya peut avoir un avis sur tout et se montrer très têtue. Même si j’ai vraiment essayer de faire en sorte que ça fonctionne, j’ai fini par en avoir marre de céder.

En 1980, l’année où Janet a commencé à jouer le rôle de Charlène dans la série « Different Stokes », LaToya a eu le privilège d’être la première fille Jackson à enregistrer un album. « LaToya Jackson » est sorti à la fin de cette année.

Le fait qu’elle enregistre le disque était une idée de Joe. A l’époque, LaToya passait par une phase où elle se cherchait. Elle avait abandonné ses études supérieures, où elle avait commencé à préparer un diplôme en droit des affaires et elle ne savait pas exactement ce qu’elle voulait faire de sa vie. Quand Joe a commencé à l’encourager à revenir dans le secteur du divertissement et à faire un album, elle s’est montrée hésitante. Mais Joe a insisté et LaToya a fini par accepter.

L’album a été enregistré avec beaucoup de minutie. Stevie Wonder et Ray Parker Jr. jouaient dessus, Michael avait fourni l’une des chansons, “Night Time Lover”, qu’il avait également arrangée et produite. Mais ni « Night Time Lover » ni le deuxième single, « If You Feel The Funk », n’ont bien marché. LaToya Jackson n’a pas qu’un court moment dans les hit-parades.

LaToya ne s’est pas découragée. En 1981, elle a commencé à travailler sur d’autres chansons pour son album suivant dans notre studio familial.

Janet lui a fait la faveur d’accepter d’enregistrer les chœurs sur quelques titres. Elle a également enregistré sa propre version de l’un des morceaux, afin de pouvoir partager ses idées avec LaToya sur la façon dont il fallait qu’elle interprète la mélodie principale.

Quand j’ai entendu l’enregistrement, j’ai été impressionnée.

« Janet a une jolie voix », ai-je dit à Joe. « Tu devrais l’écouter ».

Joe l’a fait et, lui aussi, a aimé ce qu’il a entendu.

JANET : Mon père m’a demandé si j’aimerais me remettre à chanter. Je ne m’étais jamais imaginé être chanteuse comme mes frères et sœurs. « Tu penses que je suis prête ? » lui ai-je demandé. « Et si les gens n’aiment pas ma voix ? » « Crois-moi », m’a répondu mon père, « tu es prête ».

A&M Records a rapidement fait signer Janet et en 1982, elle a sorti son premier disque.

Aucun de ses frères et sœurs n’était impliqué dans l’enregistrement de Janet Jackson. C’était une décision de Janet. « Ca me prouve que je peux faire quelque chose toute seule », disait-elle à l’époque. « Les gens ne l’ont pas acheté parce que Michael faisait les chœurs, l’écrivait ou le produisait ».

Pour un premier album, Janet s’en est bien sortie, vendant plus de 250 000 exemplaires. Mais aucun de ses singles, « Young Love » ou « Say you Do », n’a été un tube pop.

Sur Dream Street, son deuxième album, sorti en 1984, elle a fait appel aux talents d’auteur/de producteur de Michael et de Marlon mais l’album n’a pas aussi bien marché que son premier disque.

Brutalement, Janet s’est trouvée à un tournant de sa jeune carrière de chanteuse et, à la même période, elle vivait des changements dans sa vie privée.

REBBIE : Les frères étaient au milieu du Victory Tour et ma mère était sur la route avec eux. Janet était seule à la maison, elle venait d’avoir son bac. Un ami d’enfance, James DeBarge, appartenant à la famille de chanteurs DeBarge, a comblé le vide. Je n’ai pas eu le temps de dire ouf que Janet s’était sauvée avec James dans le Michigan, d’où il était originaire. Je l’ai appris à la radio.

Joe m’a appelée alors que j’étais sur la route et m’a annoncé la nouvelle : j’étais stupéfaite. Sachant à quel point Michael était proche d’elle à l’époque, je ne lui ai pas dit, craignant que ça le bouleverse. Mais il a fini par l’apprendre quand même et ça l’a choqué.

Si la famille était inquiète qu’à dix-huit ans, Janet se soit mariée trop jeune, cette inquiétude n’était rien à côté d’une préoccupation que nous avions concernant James… Des rumeurs affirmaient qu’il prenait de la drogue.

Janet avait refusé de croire à cette rumeur avant d’épouser James. Mais rapidement, il est devenu évident pour tout le monde dans la famille, y compris pour Janet, que James avait bel et bien un sérieux problème à ce niveau là.

J’ai proposé à James de suivre une cure de désintoxication et Janet a essayé de l’aider, mais le problème ne disparaissait pas. J’avais de la peine pour eux deux mais je m’inquiétais aussi pour notre famille. Aucun des Jacksons ne consomme de drogue et nous ne permettons pas à nos employés d’en prendre.

REBBIE : Le tournant est survenu un jour, alors que Janet et James étaient sortis se promener : James s’est brutalement évanoui et a dû être transporté en urgence à l’hôpital. A ce stade, elle avait déjà enduré tellement de choses en essayant de sauver James qu’elle mettait désormais en danger sa propre santé, risquant une dépression nerveuse.

En 1985, Janet a accepté de demander l’annulation de leur mariage mais ça n’a pas été facile pour elle ; elle aimait encore James. Je comprenais sa souffrance.

JANET : Ma mère a toujours été là pour moi quand je me sentais seule et déprimée. « Ne garde pas ça pour toi », me disait-elle. « Laisse-le sortir. Puis laisse-le partir. Parfois, la vie va être comme ça. Tu dois juste savoir comment le gérer ». Le simple fait de l’entendre prononcer ces mots apaisants et qu’elle me serre dans ses bras représentait beaucoup pour moi.

A l’époque, Janet a aussi reçu le soutien d’un vieil ami de la famille, un ami qui s’est retrouvé dans une situation parfaite pour l’occuper et faire en sorte qu’elle ne pense pas à James.

Cet homme s’appelait John McClain, c’était le nouveau vice-président de la division Artists and Repertoire d’A&M Records. Il était allé à l’école avec mes fils aînés et avait passé plus d’une nuit à la maison. Janet était comme une petite sœur pour lui.

Dès sa première journée de travail, Janet est devenue la priorité n°1 de John. Comme Joe et moi-même, il pensait qu’A&M avait commis une erreur en la présentant comme une chanteuse pop. Pour son troisième album, il voulait la voir prendre davantage la direction du R&B.

Etant de nature à prendre les choses en main, John a aussi décrété que Janet devait avoir un nouveau look pour compléter son nouveau style. Ce qui signifiait faire un régime.

Janet était ronde depuis des années. Michael, qui peut être un plaisantin impitoyable, l’avait surnommée « Dunk » (pour « donkey » = âne). « Tu ressembles à un âne tellement tu es grosse », la taquinait-il.

Janet a un caractère tellement facile qu’elle aimait le surnom. « Tu pourrais m’appeler Dunk jusqu’à mes 70 ans que ça me serait égal ! » lui disait-elle.

Quand elle était petite, Janet adorait particulièrement les steaks. Un jour, pendant notre résidence à Las Vegas, je l’ai surprise avec sa cousine Stacee en train de manger des steaks que Janet, neuf ans, avait réussi à commander toute seule au service en chambre. Si je n’étais pas à la maison, la première chose qu’elle faisait en rentrant de l’école, c’était de se faire cuire un gros steak sur le grill.

Sous l’œil attentif de John, Janet est parvenue à mincir considérablement. La danse l’y a beaucoup aidée. John avait également exigé qu’elle prenne des cours de danse pour qu’elle soit prête et que le rendu soit bon quand il serait temps pour elle de tourner ses clips.

Pendant que Janet se préparait à enregistrer en prenant des cours de chant – une autre idée de John – John s’est mis en quête du producteur idéal. Il a fait un choix excellent : l’équipe composée de Jimmy (Jam) Harris et de Terry Lewis.

Etant membres du groupe The Time, basé à Minneapolis, Harris et Lewis avaient été les protégés de Prince. Après avoir quitté le groupe, ils ont commencé à composer/produire à temps plein pour les artistes noirs. En 1985, ils s’étaient fait un nom dans le marché de la musique et de la danse noires. Cependant, en dehors de ce milieu, ils n’étaient pas encore très connus si bien que pour John McClain, les choisir représentait un pari audacieux.

Ce qui a rendu Joe, en particulier, encore plus nerveux au sujet d’Harry et Lewis, a été l’insistance des producteurs pour que Janet enregistre dans leur studio Flyte Time à Minneapolis au lieu de Los Angeles – où Joe pouvait garder un œil sur le projet. Pour une fois, Joe a résisté.

John a résolu le problème en s’imposant face à Joe pour permettre à Jimmy Jam et Terry d’être écoutés, arguant qu’un changement d’environnement ferait du bien à Janet sur le plan créatif. Par la suite, John s’est souvenu : « Joe a dit ‘Très bien’ mais si ça ne marchait pas, j’aurais des ennuis ».

En 1985, accompagnée par son amie Mélanie Andrews, Janet, âgée de dix-neuf ans, est partie pour enregistrer l’album qui deviendrait « Control ». Elle est partie sans savoir quelles chansons elle enregistrerait. Jimmy Jam et Terry ne le savaient pas, eux non plus. C’était là le plan. Au cours de leurs conversations, Janet avait dit clairement qu’elle en avait marre de ne pas avoir son mot à dire dans la sélection des chansons qu’elle enregistrait ou dans la façon dont celles-ci étaient enregistrées. « Cette fois-ci, je vais le faire à ma façon », a-t-elle dit.

Si ces mots semblent familiers, c’est parce qu’ils étaient voués à faire partie des paroles de la chanson « Control », que Janet a co-écrite avec Jimmy Jam et Terry. Cette phrase a défini la tonalité assurée, parfois même impertinente, de tout l’album, qui contenaient six autres de leurs collaborations, dont « Nasty », « What Have You Done For Me Lately » et « When I Think Of You ».

En plus de co-écrire la plupart des chansons de l’album, Janet les a toutes co-produites. Elle a également joué du clavier numérique, du piano numérique, des cloches numériques et du synthé. Le fait de s’impliquer dans la moindre décision musicale sur Control allait de pair avec son attitude plus assurée.

Cependant, la meilleure chose concernant la « nouvelle » Janet, c’est le fait qu’elle a réussi, fin 1985, à laisser son mariage derrière elle et à retrouver son caractère enjoué du passé.

JANET : Qu’est-ce que mon amie Mélanie et moi avons fait pendant nos vacances de printemps ? Rire ! De tout et de rien. Il n’en fallait pas beaucoup pour qu’on s’y mette… On pouvait être en train de manger au restaurant, on se regardait, la bouche pleine, et on éclatait de rire ! En général, on sortait à proximité de l’hôtel. L’une de nos balades à Minneapolis a failli tourner au désastre. Mélanie était au volant et elle s’est retrouvée à prendre à contresens une rue du centre-ville à sens unique. Nous nous sommes mises toutes les deux à hurler tandis qu’elle essayait de faire un demi-tour avant que les voitures qui s’approchaient ne nous atteignent. C’était terrifiant.

Control est sorti en janvier 1986.

« Quand les gens l’entendront, ils seront choqués », disait Janet à l’époque, « parce que c’est très différent de ce que j’ai fait avant ».

Mais je n’ai pas du tout été choquée. J’ai adoré l’album. Je trouve qu’il capturait son côté courageux. Je dois admettre qu’une chanson m’a cependant fait hésiter.

JANET : L’objection de Maman concernait le gémissement à la fin de « Funny How Time Flies (When You’re Having Fun) ». Un jour, je l’ai vue courir vers la chaîne hifi et tourner le bouton pour baisser le son avant le gémissement. « Tu es mon bébé et je n’ai pas l’habitude de t’entendre faire des choses comme ça ! » disait-elle.

« What Have You Done For Me Lately » était le premier single de l’album ; il est entré dans le Top 10. Idem pour le deuxième single, « Nasty », le troisième single « Control » et le quatrième single « When I Think Of You ».

Control a fini par atteindre la première place du hit-parade Billboard des albums. Au final, l’album s’est vendu à 7 millions d’exemplaires dans le monde.

Bien entendu, Janet était très satisfaite de voir s’écrire sa propre success story. Mais à la différence de Michael, qui sautait littéralement de joie en entendant les bonnes nouvelles concernant ses disques, Janet n’était pas démonstrative. « Mon single a grimpé dans les charts. Il est à telle place cette semaine » était à peu près tout ce qu’elle disait sur un ton détaché. Michael était plus excité par l’album de Janet qu’elle ne l’était elle-même.

JANET : Quand mes frères ont commencé à se marier et à quitter la maison, Michael et moi sommes devenus très proches. Même quand il était ado, il était dingue des enfants. Nous faisions tout ensemble. On pourrait dire que nous nous sommes « séparés » au moment où Michael a sorti Thriller. C’était un peu du genre « On se verra plus tard, Michael ». Il était tellement occupé. Mais nous avons continué à se soucier autant l’un de l’autre que d’habitude.

Michael était présent le soir où Janet nous a montré pour la première fois son clip « Nasty » à la maison. Je peux dire sans prendre de risques que ces quelques minutes avec Michael ont été pour Janet le moment le plus spécial de toute son aventure Control.

JANET : Michael s’est mis à pleurer au beau milieu de la projection tellement il a aimé. « Janet », m’a-t-il dit. « Je suis tellement fier de toi. C’est génial ». « Et ce n’est que le début pour toi », a-t-il ajouté. « Tu n’as pas encore atteint ton sommet. Tu n’es pas encore grimpée au sommet de ta montagne ».
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:09

Chapitre 16 – « Bad » News



Pendant que Control surfait au sommet des hit-parades de l’été 1986, Michael a fini par entrer en studio pour enregistrer la suite de Thriller. C’est là qu’il a vécu pendant la majeure partie des dix mois qui ont suivi. Les seuls moments où il s’est éloigné du studio durant quelques temps ont été consacrés au tournage de clips pour deux de ses chansons.

En Juillet 1987, deux semaines après que la « dernière » date limite pour rendre son album à Epic soit dépassée, Michael le perfectionniste a enfin lâché les bandes. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai pu écouter Bad pour la première fois.

J’ai eu des coups de cœur immédiats : « The Way You Make Me Feel » et surtout « Man In The Mirror ». J’aime le message de cette chanson : si tu veux faire du monde un endroit meilleur, commence par te regarder et change !

Mais j’avais des problèmes avec Bad. Trois problèmes, pour être exacte. Le premier était « Smooth Criminal », le deuxième « Speed Demon » et le troisième, « Dirty Diana ». A mes yeux, ces chansons étaient encore plus agressives que « Billie Jean » et « Beat It ». Il m’était particulièrement difficile d’écouter « Dirty Diana ». Et tous ces rugissements de guitare ! Pour moi, ça représentait du bruit…

Mais le problème venait en partie de moi-même. J’étais tellement en harmonie avec Thriller que je m’attendais inconsciemment à entendre Thriller II. J’aurais pourtant dû savoir, à ce stade, que Michael est l’un de ces artistes qui détestent se répéter, qui explorent toujours de nouveaux territoires. Après l’avoir réalisé, j’ai commencé à considérer l’album comme un tout.

Moins d’une semaine après le mixage de Bad, Michael a organisé une fête à la maison pour cinquante des plus grands distributeurs de disques du pays. Après qu’on ait fait écouter un extrait de Bad aux hommes d’affaires au Beverly Hills Hotel, un cortège de limousines les a immédiatement conduits à la maison.

Ils ont visité le rez-de-chaussée puis se sont installés dans le jardin de derrière pour dîner. Michael est arrivé en même temps que l’entrée, vêtu du même costume noir à boucles qu’il porte sur la pochette de l’album. A la fin du repas, il a circulé de table en table, avant de prendre congé. Comme à mon habitude, je me suis éclipsée avant même que la fête ne commence, me contentant de jeter un coup d’œil occasionnel depuis le premier étage.

Quand Bad est arrivé dans les bacs, Michael avait déjà été soulagé par une première bonne nouvelle : après seulement quatre semaine dans les hit-parades, « I Just Can’t Stop Loving You », le premier single de l’album, était devenu un tube dans les charts pop, R&B et musique contemporaine.

Pendant ce temps, au Japon, première étape de sa première tournée solo de l’histoire, des places pour neuf dates dans des stades s’étaient arrachées tellement vite – en l’espace d’une heure – que Michael avait ajouté cinq concerts de plus. Tous les billets pour ces concerts, eux aussi, se sont vendus presque immédiatement.

Michael est parti pour le Japon au moment de la sortie de Bad. Je l’ai prévenu que je le tiendrais au courant de la façon dont l’album était reçu aux Etats-Unis.

Je m’attendais à lui donner des comptes-rendus élogieux. Et, à vrai dire, les premières critiques étaient encourageantes. Mais, globalement, les commentaires de la presse étaient déprimants. Au lieu de se concentrer sur le fait qu’il venait de sortir le disque suivant l’album le plus vendu de tous les temps et qu’il débutait la première tournée solo de sa vie, beaucoup de journalistes sautaient sur l’occasion de la réémergence de Michael pour s’étendre sur de vieilles rumeurs.

Pour être honnête, certaines de ces histoires avaient été diffusées par les propres collaborateurs de Michael. Je fais référence aux rumeurs idiotes disant que Michael avait dormi dans un caisson à oxygène et avait fait une offre sérieuse pour acheter les os d’Elephant Man. Je n’ai pas parlé à Michael des rumeurs, donc je ne sais pas quel rôle – s’il y en a un – il a joué dans la diffusion de ces histoires. Mais j’ai vu avec consternation son manager, Frank Dileo, en rajouter auprès de la presse.

« Vous ne devriez pas répandre des choses comme ça », ai-je dit à Dileo peu de temps avant que lui et Michael ne partent pour le Japon. « Ca fait passer mon fils pour un imbécile ».

« Oh, c’est une bonne chose », a répondu Dileo. « Ca amène les gens à se poser des questions sur lui, et c’est ce que nous voulons ».

Que ce soit bien clair, Michael ne possède pas et n’a jamais dormi dans un caisson à oxygène. Il s’est allongé une fois dans l'un d'entre eux, juste pour voir l’effet que ça faisait, pendant une visite au Michael Jackson Burn Center. Un photographe a pris un cliché et la photo est parue.

Quant aux os d’Elephant Man, je ne sais absolument pas si Dileo a tenté de les acheter au nom de Michael ou pas. S’il l’a fait, c'était pour plaisanter. Et si, par un quelconque miracle, la clinique de Londres possédant les os avait accepté de les vendre, Michael me connaît suffisamment bien pour savoir que je ne l’aurais pas autorisé à les ramener à la maison.

Mais la plupart des rumeurs concernant Michael étaient inventées par la presse et s’avéraient douloureuses.

La plus tenace de toutes était celle affirmant que Michael était homosexuel. Je l’ai entendue pour la première fois dans les années 70, quand un magazine Noir a affirmé que Michael se battait avec une femme pour l’amour de l’acteur et compositeur Clifton Davis, et ça m’a presque rendue folle ! Pourquoi écrivaient-ils ça ? m’étais-je dit.

Tout ce que je peux affirmer, c’est que Michael n’est pas homosexuel. D’abord, la Bible se prononce contre l’homosexualité et il est très croyant. Ensuite, il veut se fixer et se marier un jour. Nous en avons parlé. Et il le fera.

REBBIE : Si Michael était marié, les rumeurs d’homosexualité cesseraient immédiatement. Mais la presse ne le voit pas souvent avec des femmes et ne prend pas en compte le fait que c’est un bourreau de travail. Et puis, avec ses yeux, son physique, le fait qu’il porte du maquillage sur scène et devant les caméras, il a une image un peu féminine aux yeux de la presse. Mais le simple fait de le côtoyer et d’entendre les petites choses qu’il dit au sujet des femmes me convainc qu’il est sans aucun doute hétérosexuel.

Quant à la rumeur associée, disant que Michael prenait des hormones femelles pour conserver une voix aigüe et un visage presque imberbe, la réalité, c’est que sa voix est génétiquement aigüe, comme l’est celle de Jackie, de mon père et du père de mon mari. Quant au manque de poils sur le visage de Michael, c’est aussi quelque chose de courant dans la famille…

Autre rumeur concernant Michael qui a ressurgi en 1987 : celle affirmant qu’il s’était fait refaire tout le visage par des chirurgiens esthétiques.

« Pourquoi les gens ne peuvent-ils pas se contenter d’aimer Michael pour sa musique, au lieu d’attacher tant d’importance à son apparence ? » me suis-je demandé. Pour information : comme Michael l’a écrit dans Moonwalk, il s’est fait « refaire » le nez deux fois, a fait ajouter une fossette à son menton… et c’est tout. Les gens qui se complaisent dans des comparaisons avant/après de photos de Michael ne daignent pas prendre en compte le fait qu’il a perdu beaucoup de poids quand il est devenu végétarien et s’est mis à jeûner un jour par semaine.

Pour être franche, au départ, je ne voulais pas que Michael ait recours à la chirurgie esthétique. Mais vu le milieu dans lequel il évoluait, il voulait être au top physiquement et je me suis dit « Eh bien, il n’y a rien de mal à ça ».

« Michael, je souhaiterais que tu mettes un terme à ces histoires », lui ai-je dit quand je l’ai eu au téléphone. « Tes responsables de communication ne semblent pas contrer ces âneries en mettant en avant toutes les bonnes choses que tu fais ».

Michael a semblé surpris. « Maman, ce n’est pas vrai », m’a-t-il répondu. « La presse dit des choses positives ». Il m’a expliqué qu’il m’enverrait des copies des articles que ses chargés de relations publiques avaient soumis. Mais avant même de recevoir les articles en question, j’ai compris ce que les responsables de communication faisaient : ils le tenaient à distance des informations contrariantes. J’ai décidé qu’il était de mon devoir de continuer à l’informer de tout ce que disait la presse.

Un jour, après un coup de téléphone de trop, il m’a dit « Maman, j’en suis arrivé à un point où quand on m’annonce que tu es au bout du fil, je ne veux pas prendre l’appel parce que j’ai peur que tu aies quelque chose de négatif à m’annoncer. Et c’est dur pour moi de travailler quand j’entends ces choses parce que ça me tracasse ».

Malheureusement, ces histoires perturbaient Michael au point qu’il a fini par rédiger une lettre ouverte aux médias depuis sa chambre d’hôtel de Tokyo. Michael a écrit :

« Comme le dit le vieux proverbe indien : ne jugez pas un homme avant d’avoir marché deux lunes dans ses mocassins. La plupart des gens ne me connaissent pas. C’est pour ça qu’ils écrivent de telles choses. Je pleure très, très souvent parce que ça fait mal et que je m’inquiète pour les enfants, tous mes enfants dans le monde. Je vis pour eux…

Les animaux attaquent, non pas par malice mais parce qu’ils veulent vivre. C’est la même chose avec ceux qui critiquent. Ils désirent notre sang, pas notre souffrance.

Mais malgré tout, je dois réussir. Je dois chercher la vérité en toute chose. Je dois supporter ça pour le pouvoir qui m’a été accordé, pour le monde, pour les enfants.

Mais ayez pitié, car cela fait maintenant longtemps que je saigne ».

J’ai pleuré quand j’ai lu cette lettre. Si seulement la presse connaissait le Michael que je connais, me suis-je dit. Si gentil, si sensible, si enfantin et pourtant si sage.

La lettre de Michael représentait son « dernier mot » à ceux qui le critiquaient. Quand Joe et moi l’avons rejoint au Japon pour ses derniers concerts là-bas, toute son attention était retournée à 100% sur sa tournée. Joe et moi avons été stupéfaits de découvrir les émeutes causées par « Michael Typhon » - comme la presse l’avait surnommé – depuis son arrivée… une arrivée couverte par 600 photographes. Même l’arrivée, sur un vol séparé, de Bubbles, a attiré 300 photographes !

Chaque magasin que nous voyions semblait vendre des t-shirts et des vestes Michael Jackson. Nous avons aussi vu son image sur des sacs de courses et des affiches s’étalant sur les murs de la ville.

Au cours de la tournée, Michael a fait l’objet d’une émission spéciale de deux heures en prime-time à la Nippon Television. Le contrat avait été conclu par un vieil ami de Michael, Jimmy Osmond, ayant appartenu aux Osmond Brothers et étant désormais promoteur de concerts.

Inutile de dire que Michael avait des hordes de jeunes gens pour lui tenir compagnie partout où il allait durant son séjour. Dès qu’il s’aventurait hors de son hôtel, son van était invariablement entouré de fans qui hurlaient et pleuraient.

Michael a bu le thé avec le maire d’Osaka, qui lui a remis les clés de la ville. A Tokyo, il a surpris les passagers d’un train à grande vitesse en faisant une apparition surprise. Il a également pu se livrer à l’un de ses passe-temps favoris, le shopping, grâce à la coopération des propriétaires de magasins qui lui ont permis de faire ses emplettes avant et après les heures d’ouverture au public. Parmi ses achats : des horloges, des livres sur l’art, un paravent et d’autres jouets pour sa collection de jouets.

De retour dans sa chambre d’hôtel, il a passé en revue personnellement chaque backstage pass et chaque photo. Il s’est également assuré, en toute discrétion, que des places de concert gratuites soient distribuées à de jeunes handicapés.

Au cours de la tournée, il a fait un geste à grande échelle. Quand il a appris qu’un petit garçon de 5 ans originaire d’Osaka avait été kidnappé et assassiné, il a annoncé pendant le concert suivant qu’il avait décidé de dédier sa tournée à la mémoire de l’enfant. Il a envoyé ses condoléances à la famille du petit garçon ainsi qu’une somme d’argent.

Quant aux concerts de Michael au Japon, ils avaient tout ce dont les fans pouvaient rêver : d’excellentes chansons, de brillantes prestations de Michael et des effets spéciaux à couper le souffle. La seule chose qui manquait, selon moi, c’était les frères de Michael.

Je ne pouvais m’empêcher de me souvenir qu’au départ, le Victory Tour des Jacksons devait être une tournée mondiale, où le Japon était inclus dans l’itinéraire. Mais les collaborateurs de Michael lui avaient conseillé de ne pas étendre la tournée et il les avait suivis.

Et pourtant, ici, je regardais le même spectacle – plus quelques chansons de Bad – que celui que Michael avait donné avec ses frères trois ans plus tôt. Michael n’avait pas eu le choix que de reprendre le concert Victory parce qu’il n’avait pas eu le temps de mettre sur pied un tout nouveau spectacle.

A la place de ses frères, Michael avait embauché quatre danseurs. Il avait aussi recruté quatre choristes. Ce n’était pas pareil – pour moi, du moins. Je n’ai pas réalisé à quel point ça m’affectait jusqu’à la fin du premier spectacle auquel j’ai assisté.

« Alors, qu’est-ce que vous en avez pensé ? » m’a demandé Frank Dileo.

« J’ai trouvé ça extraordinaire. Michael est toujours aussi bon », ai-je répondu. « Mais le spectacle aurait été encore meilleur avec ses frères ».

« Mais vous êtes folle ! » a répliqué Dileo.

« Pas du tout », ai-je rétorqué, moi-même surprise par la fermeté de ma voix. « Chaque frère avait sa propre personnalité. Ils savaient comment danser et s’harmoniser les uns avec les autres. Leurs voix s’accordent d’une manière particulière parce qu’ils sont frères. Donc le spectacle aurait été meilleur avec eux ».

Après le Japon, Michael s’est envolé pour l’Australie en novembre. Ses cinq concerts à guichets fermés à Sydney, Melbourne et Brisbane lui ont valu un second surnom de tournée, « Crocodile Jackson ».

Quand Michael est retourné à Los Angeles en décembre, Bad occupait encore la première place du classement Billboard des albums, notamment grâce au succès de son deuxième single, « Bad ».

Mais même quand « The Way You Make Me Feel » est devenu le troisième single d’affilée extrait de Bad à atteindre la première place des charts en janvier 1988, j’ai eu quelques doutes quant à savoir si Michael repartirait avec l’un des Grammys les plus convoités lors de la cérémonie de mars, à New York. Je craignais que le fait que la presse donne priorité aux potins n’aboutisse à un lynchage de Michael Jackson.

Mes doutes initiaux se sont confirmés quand j’ai regardé la cérémonie des Grammys à la télévision. Non seulement Michael n’a pas gagné celui d’Album de l’Année, mais il n’a gagné aucune des autres récompenses pour lesquelles il était nominé. La seule fois où il est monté sur la scène du Radio City Music Hall pendant la cérémonie était pour chanter.

Par la suite, Michael m’a téléphoné. « Tu as vu les Grammys ? » a-t-il demandé.

« Oui », ai-je répondu.

« Qu’est-ce que tu en as pensé ? »

« Eh bien, je crois qu’ils n’ont pas été justes ».

« Moi aussi ».

Etant donné ce qui s’était passé, j’étais heureuse qu’il ait décidé de faire sa première apparition télévisée en 5 ans aux Grammys. Sa prestation rappelait à tout le monde qu’il avait acquis sa célébrité non pas en étant une curiosité médiatique mais en raison de ses talents divins de chanteur et de danseur.

Dès l’instant où il est arrivé sur scène pour interpréter « The Way You Make Me Feel », son chapeau lui couvrant les yeux, Michael était électrisant. Je me suis demandé comment il pouvait surpasser sa prestation sur cette chanson, qui incluait tout un arsenal de tours sur lui-même et de déhanchements. Mais dans sa seconde prestation, « Man In The Mirror », il a trouvé un moyen. Au point culminant de la chanson, il s’est mis à faire de petits bonds sur scène puis s’est laissé tomber à genoux, une réaction entre joie et sanglots.

Au final, Bad n’a pas établi de nouveau record de ventes. Mais à l’été 1989, 20 millions d’exemplaires s’étaient déjà vendus, à peu près la moitié de Thriller. Néanmoins, cela restait un chiffre grandiose, qui faisait de Bad le troisième album le plus vendu de tous les temps.

Lorsque la tournée mondiale de Michael s’est achevée dans la salle des sports de Los Angeles en janvier 1989, il avait également établi un record : celui des plus grosses recettes jamais engrangées lors d’une tournée, 125 millions de dollars. En l’espace d’un an et demi sur les routes, il s’était produit devant près de 4 millions de fans.

A compter de janvier 1988, mon neveu Tony Whitehead est devenu l’une des quelque 160 personnes qui composaient l’équipe de Michael en tournée. Sa vision des choses de son point de vue :

TONY : Michael m’a embauché comme l’un des cinq charpentiers. Avec les monteurs, les techniciens, les gens des éclairages, du son et les autres professionnels, nous étions responsables de la scène. La tâche spécifique des charpentiers consistait à s’assurer que le montage de la scène était bien sécurisé pour chaque concert. C’était un travail plein de tension. Si la scène s’effondrait pendant le concert, des gens – y compris Michael – risquaient d’être tués.

Cette scène était gigantesque. Elle remplissait toute une extrémité du Civic Center de Pensacola (Floride) où Michael répétait son nouveau spectacle en janvier et février 1988. Je ne sais pas exactement quelle longueur elle faisait mais il m’a fallu sept minutes pour en faire le tour. La scène principale sur laquelle dansait Michael était à elle seule composée de dix plateformes de trois mètres de long.

La tournée était organisée à la perfection. Dans l’équipe, tout le monde a reçu une brochure détaillant notre emploi du temps. Pour un jour donné, nous savions où se jouait le concert, où nous séjournions, qui était le promoteur, à quelle heure avait lieu l’ouverture des portes et, surtout, à quelle heure avaient lieu les balances. C’est le moment où la scène devait être complètement prête.

Les gens pensent que quand on est en tournée, on s’amuse. Arrêtez ! On a à peine le temps de prendre du bon temps ! Il nous fallait 18 heures pour monter la scène ; en général, nous travaillions de sept heures du matin jusqu’à minuit passé. Le lendemain, j’étais tellement fatigué que j’avais juste envie de me reposer.

Et puis, il y avait les « nocturnes ». La « journée » la plus difficile que nous ayons vécue, c’est quand nous avons enchaîné sans pause les concerts d’Indianapolis et de Louisville. Nous avons préparé le spectacle d’Indianapolis puis, après la prestation de Michael, avons démonté la scène et l’avons chargée dans les onze camions prévus à cet effet. Nous avons quitté Indianapolis à quatre heures du matin et, trois heures et demie plus tard, avons recommencé à monter la scène à Louisville. Nous avons terminé une heure avant que Michael ne monte sur scène, notre timing le plus serré de toute la tournée. Je ne sentais plus mes bras.

Mon emploi du temps et celui de mon cousin étaient totalement incompatibles. Mais même s’ils avaient été identiques, je ne l’aurais pas vu hors scène. Je ne savais même pas où il séjournait. L’adresse de l’hôtel de Michael était tenue secrète de telle sorte que si des fans demandaient aux membres de l’équipe où il se trouvait, nous puissions répondre honnêtement « Je ne sais pas ».

Dans sa situation, Michael n’avait d’autre choix que d’être attentif à la sécurité. Je savais que son équipe comptait au moins douze gardes du corps mais ils étaient plus nombreux. Il y avait des équipes qui contrôlaient avant son arrivée chaque hôtel dans lequel il allait séjourner et chaque salle ou stade dans lequel il allait se produire. Et ces gens étaient des professionnels.

Même si je ne savais jamais où il séjournait, j’avais entendu un musicien raconter ce qu’il faisait dans sa chambre jour après jour : écrire des chansons. C’est ça, Michael. Un homme qui ne fait pas de visites de courtoisie. Il fait toujours bon usage de son temps.

En général, je ne finissais par le voir que quelques minutes avant le spectacle. Il avait un rituel en coulisses. Lui, ses danseurs et ses choristes se pressaient autour de l’un des costumiers, qui les guidait dans une prière. Puis, d’un seul coup, ils hurlaient « Un ; deux ; trois… on y va ! » Et… la magie commençait !

Peu importe à quel point j’étais fatigué, la prestation énergique de Michael et la foule enthousiaste me donnaient des ailes. Il ne me fallait pas longtemps pour ressentir cette sensation de bourdonnement dans mon corps – un sentiment, en réalité, d’émerveillement.

Pendant le spectacle, j’avais une autre casquette : celle de responsable des accessoires. Dans l’obscurité, entre deux chansons, j’étais l’une des quelques personnes qui couraient partout sur la scène pour installer ou retirer des tabourets et autres accessoires.

Ma tâche préférée consistait à diriger un ventilateur géant dans la direction de Michael depuis la « tranchée » devant la scène pendant qu’il chantait « The Way You Make Me Feel » à la fin du concert. Bien entendu, le ventilateur faisait virevolter ses cheveux et ses vêtements. Où que Michael marche ou danse, je le suivais avec le ventilateur, qui était monté sur roulettes. Il me faisait des clins d’œil. Je lui en adressais d’autres en retour. Il me souriait. Je lui souriais.

Quand il se mettait à danser, moi aussi. « C’est tout ce que je peux faire pour m’empêcher de rire quand Tony se met à se moquer de ma façon de danser », a-t-il dit à ma tante.

En réalité, je n’essayais pas de me moquer de Michael. Je m’amusais, tout simplement. C’était mon moment partagé avec mon cousin sur la tournée. Michael ne sait même pas à quel point ce moment était important pour moi.

(Note : fin du témoignage de Tony Whitehead. Katherine Jackson poursuit son récit).

J’ai aussi vécu des moments uniques sur la route avec mon fils lorsque je l’ai rejoint fin août pour les dernières dates de sa tournée européenne. A ce moment là, je ne l’avais pas vu depuis plusieurs mois, même si nous restions en contact par téléphone. Un jour, ne parvenant pas à me joindre, il a dit à notre agent de sécurité que je devais le rappeler « en urgence ». Quand j’ai eu son message, je me suis inquiétée. « Michael, qu’est-ce qui ne va pas ? » lui ai-je demandé.

« Oh, rien », a-t-il répondu. « J’avais juste envie de parler ».

J’étais contente de voir que Michael avait l’air reposé et en bonne santé, même si cela faisait presque un an, à cette date, qu’il était en tournée. Il avait pris la sage décision de se produire sur scène en général trois fois – pas plus de quatre fois – par semaine. Non seulement ce rythme confortable lui permettait de conserver son entrain, mais il était aussi utile à ses cordes vocales.

Michael souffrait occasionnellement d’un problème de voix enrouée. Pendant le Triumph Tour, en 1980, il avait eu du mal à atteindre les notes les plus aigües pendant les concerts des frères au Forum. Jackie a fait de son mieux pour les chanter à sa place mais l’enrouement de Michael était suffisamment visible pour que les critiques le mentionnent et pour que je ne sache plus où me mettre dans le public.

C’est après cet épisode que Joe et moi avons pressé Michael de consulter un coach vocal.

« Je suis né avec cette voix. Je ne veux pas la trafiquer », a-t-il protesté.

« Le but n’est pas de modifier ta voix », lui ai-je expliqué. « C’est de t’apprendre à respirer et à chanter avec le ventre pour que tu cesses d’avoir mal à la gorge ».

Michael a fini par accepter de travailler avec un coach et il a découvert que j’avais raison. Pendant le Bad Tour, il a même invité son professeur, Seth Riggs, à le suivre en tournée de temps en temps pour lui faire faire des vocalises. Ce n’est qu’en novembre 1988, au milieu de sa série de concerts à Los Angeles, que ses cordes vocales enflées l’ont conduit à reporter des spectacles. Il les a reprogrammés en janvier suivant.

Je crois que l’autre explication à sa forme physique résidait dans son régime. Avant que Michael ne parte en tournée, son médecin avait insisté pour qu’il suive un régime riche en protéines, incluant du poisson, pour qu’il puisse rester au mieux de son endurance. Michael avait accepté à contrecœur.

Avant même que Michael ne devienne végétarien à la fin des années 70, je m’inquiétais de son manque d’intérêt pour la nourriture. Quand la famille sortait prendre un sundae caramel, il était le seul à ne pas en vouloir. « Je n’ai pas faim », disait-il. Quel enfant refuse un sundae caramel ? J’ai honte d’admettre que parfois, LaToya et moi en mangions deux par jour…

Quand Michael a suivi l’exemple de Jermaine et a décidé de ne plus consommer de viande, il est devenu encore plus indifférent qu’avant à la nourriture. Il employait une cuisinière à temps plein mais je me demande à quoi cela servait. Quand elle lui apportait ses plats, il mangeait deux cuillerées et laissait le reste. « Si je n’étais pas obligé de manger pour vivre, je ne mangerais jamais », m’a-t-il dit.

Un jour par semaine, Michael jeûnait. « Je nettoie mon corps, c’est une chose saine », expliquait-il. Mais au lieu de rester au calme pour conserver son énergie, Michael dansait sans s’arrêter pendant deux heures.

Michael aimait avoir le dernier mot quand nous nous disputions au sujet de son alimentation. « Tu t’inquiètes toujours que je sois trop maigre », me disait-il, « mais tu sais quoi ? Mon médecin m’a dit que j’étais en parfaite santé. Alors arrête de t’inquiéter pour moi. C’est moi qui devrais m’inquiéter pour toi. C’est toi qui continue à consommer plein de choses mauvaises pour ton corps ».

Mais le Victory Tour avait achevé Michael, physiquement parlant. Il souffrait d’épuisement et de déshydratation. Le souvenir de sa maladie était encore vif dans son esprit quand son médecin lui avait imposé un régime particulier pour sa tournée solo.

J’espérais, bien entendu, qu’après une année passée à manger trois repas par jour, Michael aurait développé un intérêt permanent pour la nourriture. Mais mes espoirs ont été balayés la première fois que nous avons discuté ensemble après que je l’ai rejoint de l’autre côté de l’Atlantique. Heureux de la façon dont se déroulait la tournée jusqu’à présent, il m’a dit « J’ai hâte que tout soit fini, pour que je puisse recommencer à manger comme je veux. J’en ai marre de me forcer à manger ».

Pendant que je suivais la tournée, Michael était très occupé, comme à son habitude, passant souvent son temps « libre » à composer et à s’occuper des affaires liées à la tournée dans sa chambre d’hôtel. Mais nous avons pu profiter de quelques moments en tête-à-tête tous les deux.

Pendant un jour de repos à Vienne, il a embauché un chauffeur et nous avons visité les maisons de Beethoven, Mozart et Strauss, ainsi que le restaurant mythique où ils se retrouvaient. Un autre jour, nous sommes allés faire du shopping et Michael a acheté d’autres statues et tableaux. Mais nous avons dû couper court à cette sortie parce qu’il a été reconnu.

A l’époque, cela nous avait beaucoup étonnés parce que Michael portait ce que nous pensions tous deux être un déguisement à toute épreuve ! Une perruque afro et un chapeau, une fausse moustache et de fausses dents. Nous avons appris par la suite que des photos de Michael se promenant en public avec ce même déguisement avaient été récemment publiées en Autriche. Le photographe se trouvait être un membre de l’équipe de Michael. Inutile de dire que Michael a donné à la personne sa lettre de licenciement…

La majeure partie du séjour s’est déroulée dans la suite de Michael. Après un concert, je le rejoignais pour un dîner tardif puis nous discutions. Il m’a raconté les concerts qui l’avaient particulièrement marqué à ce stade, dont celui du 19 Juin, près du mur de Berlin, devant 65 000 Allemands de l’Ouest, ainsi que ses cinq dates à guichets fermés au Stade de Wembley, à Londres, en juillet. Hors scène, il avait rencontré le Prince Charles et la Princesse Diana, qui avaient assisté au concert du 16 Juillet à Wembley. Michael avait remis un chèque de 450 000 dollars au couple royal pour le Prince’s Trust, ce qui correspondait aux bénéfices du concert. Le don a servi à la rénovation de l’hôpital pour enfants de Great Ormond Street.

Pendant que j’étais avec Michael, il continuait à se forger des souvenirs. Les 26 et 27 août, il a joué ses sixième et septième concerts à Wembley, un record ! Deux jours plus tard, il s’est produit sur la scène du Roundhay Park à Leeds. Si, parmi les 92 000 spectateurs, il s'était trouvé quelqu’un qui ne savait pas en arrivant au parc que c’était le 30ème anniversaire de Michael, il était vite mis au parfum par l’avion qui le survolait, traînant une bannière « Joyeux anniversaire, Michael ». A chaque pause pendant le spectacle, une partie de la foule se mettait à chanter « Happy Birthday ». Même si Michael ne célèbre pas les anniversaires en raison de ses convictions religieuses, il est resté sur scène à un moment donné, silencieux, tandis que la foule le gratifiait d’une reprise magistrale de la chanson. Quand ils ont terminé, tout ce que Michael a dit, c’est un « merci » du bout des lèvres… mais je sais que cette preuve d’affection de la part de ses fans l’a beaucoup touché.

Des concerts en Allemagne, Autriche et Angleterre ont suivi mais ils servaient de prélude à celui que Michael attendait vraiment avec impatience : celui du 11 Septembre au champ de courses Aintree de Liverpool, la dernière date de sa tournée européenne.

C’était le souhait de Michael de se produire à Liverpool. « J’ai toujours considéré Liverpool comme l’origine de la musique pop contemporaine étant donné que c’est le lieu de naissance des incomparables Beatles », a-t-il déclaré à la presse.

Lorsqu’il a annoncé que cette date serait le dernier spectacle de sa vie en Europe et qu’il avait l’intention d’arrêter définitivement de se produire sur scène après sa tournée mondiale, cela a rendu le concert de Liverpool encore plus marquant. Si je n’ai pas cru une minute que Michael ne se produirait plus jamais sur scène, je pensais par contre que c’était envisageable qu’il fasse une pause pour pouvoir se consacrer à d’autres centres d'intérêt.

Il s’est avéré que le concert au champ de courses d’Aintree a attiré la foule la plus importante de la tournée mondiale de Michael, et de loin : 133 000 spectateurs ! Quand j’ai scruté la foule depuis le côté de la scène, avant que Michael n’y entre, j’ai été impressionnée par la vue des gens, des gens, et encore des gens à perte de vue…

Malheureusement, la soirée a aussi fait l’actualité car elle a été émaillée de violence et de blessures.

Nous avions été prévenus au sujet de Liverpool. « Vous devez être prudents là-bas », nous avait-on dit. « Beaucoup de gens sont sans emploi et ils sont tendus ».

Evidemment, des milliers de gens sans billets ont tenté d’entrer au concert, finissant par faire tomber les palissades improvisées érigées autour du champ de course. Des dizaines de policiers à cheval ont tenté de les tenir à distance et la scène ressemblait à un champ de bataille. A l’intérieur, pendant ce temps, plusieurs milliers de personnes ont été traitées pour des évanouissements ou de légères blessures, conséquence de toute la bousculade et de la course à la meilleure place au sein de cette incroyable masse de gens.

La violence a même fait irruption dans la tour de régie, bien au-dessus de la foule. Les agents de sécurité locaux avaient pris la liberté de faire asseoir leurs amis dans les sièges situés ici, des sièges qui avaient été réservés pour les invités de marque de Michael. Quand l’un des gardes du corps de Michael leur a demandé de partir, une poignée d’agents de sécurité de Liverpool lui ont sauté dessus. Il a fallu appeler la police et ils ont ordonné à tout le monde de descendre, à l’exception des techniciens de Michael.

Comme il faisait froid, je suis restée sur un côté de la scène si bien que je n’ai pas vu la bagarre. Mais elle m’a affectée aussi dans le sens où, pour des raisons de sécurité, les gardes du corps de Michael m’ont demandé de rejoindre ses invités de marque pour quitter le spectacle avant la fin à bord d’un bus. J’ai fini par rater la dernière partie du concert.

Michael n’a appris ce qui s’était passé dans la foule et dans la tour de régie qu’à la fin du concert. Satisfait par le spectacle et par l’accueil qu’il avait reçu de cette foule gigantesque, il a été plutôt affecté en apprenant qu’il y avait eu des blessés et, surtout, par la violence. S’il y a bien une chose que Michael abhorre, c’est la violence.

Après en avoir terminé avec l’Europe, Michael voulait plus que tout quelques jours de calme et de tranquillité dans le pays avant de commencer sa tournée automnale aux Etats-Unis. « Maman, je veux que tu viennes avec moi », m’a-t-il dit.

A ce moment-là, cela faisait trois semaines que j’étais loin de la maison et Joe me pressait de revenir mais j’ai dit à Michael que j’allais me joindre à lui pendant un ou deux jours. J’étais impatiente de visiter sa nouvelle maison dans la belle vallée de Santa Ynez, au Nord de Santa Barbara.

Michael était tombé amoureux de cette région de la Californie en 1982, quand lui et Paul McCartney y avaient filmé leur vidéo « Say, Say, Say ». Au cours du tournage, Paul et sa femme, Linda, avaient loué une propriété incroyable, le Sycamore Ranch. Le ranch s’étalait sur plus de 1200 hectares couverts de chênes, écrin superbe pour le joyau du ranch, une « maison de campagne européenne » sur deux niveaux.

L’entrepreneur qui avait bâti la maison était de toute évidence un homme qui partageait les mêmes intérêts que Michael. Il avait recruté trois douzaines d’artisans européens pour construire la maison en respectant à la lettre les standards du vieux continent. Le résultat se révélait être une maison relativement neuve qui, en raison de tous ses boiseries magnifiques et travaillées, paraissait avoir été construite dans un autre siècle.

Quand Michael a rendu visite à Paul et à Linda dans le Sycamore Ranch, il en est tombé amoureux. Mais je n’ai pas réalisé à quel point il aimait le ranch jusqu’à ce qu’il l’achète, en mars 1988.

Lorsque nous avons pris la route du ranch après notre arrivée à l’aéroport international de Los Angeles, une étrange demande que Michael a reçue de l’un de ses employés au ranch a d’autant plus aiguisé ma curiosité : il voulait que Michael appelle le ranch quelques minutes avant notre arrivée devant le portail principal.

« Pourquoi suis-je censé annoncer mon arrivée dans ma propre maison ? » s’est demandé Michael.

Quand nous sommes arrivés en début de soirée, nous avons découvert pourquoi. Pour nous accueillir sous la pancarte indiquant « Bienvenue à Never Neverland » - le nouveau nom que Michael avait donné au ranch – se trouvaient deux conducteurs portant des chapeaux haut-de-forme, montés sur un carrosse tiré par deux chevaux Clydesdale. Michael avait commandé le carrosse il y a plusieurs mois et celui-ci était arrivé pendant qu’il était en tournée.

Michael et moi sommes montés dans le carrosse et avons parcouru ainsi les quatre cents mètres qui nous séparaient de sa porte d’entrée. Les employés du ranch attendaient notre arrivée, en ligne de chaque côté du chemin. « Bienvenue à la maison, Michael ! » se sont-ils exclamés.

Comme Michael avait été en tournée la majeure partie du temps depuis qu’il avait acheté la maison, il ne connaissait pas la plupart des employés. Cependant, tous deux avons reconnu le visage familier de la gouvernante, Bianca, qui avait travaillé à notre domicile d’Encino. Elle est sortie du rang, a couru vers Michael et l’a serré dans ses bras.

Ce soir là, Michael m’a fait faire le tour de la maison. Le lendemain matin, nous sommes montés dans l’une de ses voiturettes de golf et il m’a conduite dans le ranch. Nous avons fait le tour du lac de 2 hectares et avons roulé jusqu’à l’étable où vivaient désormais Louie et Lola, les lamas. Puis nous avons fait un arrêt à la maison destinée aux invités et à la maison consacrée aux jeux. Il a également souligné qu’il avait l’intention de construire un cinéma, un petit zoo et une aire de jeux pour ses neveux et nièces et ses autres jeunes invités.

Ensuite, nous nous sommes dirigés vers les limites de la propriété, traversant des collines et des vallons. A un endroit particulièrement pittoresque, nous nous sommes arrêtés pour profiter de la vue.

Il m’était difficile d’imaginer que quelques jours plus tôt, Michael se produisait sur scène devant 133 000 fans hurlants à l’autre bout du monde. Là, c’était juste nous deux, dans notre pays, dans le silence du matin…

J’ai jeté un coup d’œil à Michael. Il paraissait apaisé et heureux en contemplant l’horizon, perdu dans ses pensées. Moi aussi, je me sentais heureuse à l’idée qu’il arrivait à un tournant de sa carrière, qu’il avait désormais une maison merveilleuse où il pouvait se relaxer, humer l’air pur et dessiner les grandes lignes de son avenir…
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:12

Chapitre 17 – Un problème urgent



Le fait que Michael soit très en vue en 1988 a continué à alimenter en continu le moulin à rumeurs. Les histoires devenaient de plus en plus dingues. « Michael Jackson va remplacer l’eau du robinet par de l’eau française de luxe dans toute sa maison » ; « Le chimpanzé de Michael Jackson se voit accorder des millions de dollars dans son testament » ; « Michael Jackson et Ringo Starr affirment tous deux avoir vu le fantôme de John Lennon » !

Mais le gagnant du concours de fiction des tabloïds était sans conteste l’article intitulé « Des centaines de fans se demandent : MICHAEL JACKSON EST-IL MORT ? » L’auteur de l’article avait fait un savant calcul : un, le changement d’apparence de Michael au fil des années ; deux, son changement d’image… mais le résultat de l’opération était faux ! Je me suis contentée de secouer la tête et de rire face aux tentatives éhontées que faisaient les tabloïds pour se vendre davantage.

Toutefois, je n’ai pas ri après avoir acheté un exemplaire du numéro du 8 août du magazine « People » et avoir lu son reportage sur la famille Jackson.

« Katherine et Joe Jackson ont perdu tout contact – et sont souvent en désaccord – avec la majeure partie de leur remarquable couvée », prétendait le magazine. L’article décrivait une famille Jackson en conflit, déchirée par la jalousie, des chamailleries internes, des complots dignes « d’alimenter l’intrigue du feuilleton Dynasty pendant encore huit saisons ».

« Alors comme ça, maintenant, la presse s’est lassée de tirer à boulets rouges sur Michael et a déclaré la saison de la chasse ouverte pour toute la famille ! » me suis-je dit.

Accréditant les accusations du magazine, on trouvait des citations de Joe qui critiquaient Michael.

« On se demande pourquoi les choses ont changé, pourquoi Michael semble ne pas se préoccuper de sa famille », déclarait Joe à People. « Les rares fois où nous lui avons parlé, il semblait heureux d’avoir de nos nouvelles. Mais quand on parle à d’autres personnes, elles disent que Michael ne veut pas avoir de lien avec sa famille ».

Je ne suis pas toujours d’accord avec tout ce que dit Joe Jackson et je n’étais pas d’accord avec sa description d’un Michael séparé de sa famille. Michael avait été sur les routes pendant près d’un an. Je pense que Joe a regretté ses propos.

En 1988, la famille Jackson ne vivait pas dans un monde féérique dépourvu de conflits. Comme dans toute grande famille, nous avions notre lot de problèmes. Par exemple, la relation de Joe avec Michael en 1988 n’était pas aussi bonne qu’elle aurait dû l’être et qu’elle pouvait l’être de mon point de vue. Dans les reproches de Joe vis-à-vis de Michael, j’ai lu davantage un cri de frustration qu’autre chose.

Pour comprendre la façon dont quelqu’un fonctionne, je pense qu’il faut regarder sa jeunesse. J’ai été élevée par deux parents stricts mais affectueux. A l’inverse, Joe a été élevé par deux parents stricts, point barre. A en juger par le nombre de fois où j’ai entendu Sam et Chrystal Jackson prononcer les mots « Je t’aime » - zéro – Joe a dû les entendre rarement voire jamais quand il était enfant. Sam Jackson montrait son amour pour Joe, moi et ses petits-enfants seulement dans les petits gestes qu’il faisait pour nous à Gary : recoudre les accrocs des pantalons de mes enfants ou m’acheter plusieurs pantalons après m’avoir vu attendre en robe, dans le froid, à l’arrêt de bus.

Ayant été encouragée et aimée, c’est pour moi une seconde nature d’exprimer mon amour à mes enfants. Je ne peux pas raccrocher le téléphone avec l’un d’entre eux sans lui dire « Je t’aime ». Mais Joe ne parvient pas à se confier aux enfants, même si le fait de partager des sentiments personnels est la seule façon de développer une relation.

Ironiquement, j’ai entendu Joe dire à ses amis à quel point il était attaché aux enfants, à quel point il se sentait en devoir de les protéger.

« Mais dis-le à tes enfants au lieu de le dire à tes amis ! » l’ai-je supplié.

Mais Joe a répondu d’un air buté. « Ils le savent ».

Début 1988, Joe a cependant démontré son attachement envers l’un de ses fils, Jermaine, quand je me suis opposée, pour des raisons morales, à sa demande de pouvoir rester temporairement à la maison avec sa petite amie Margaret Maldonado et leur fils Jérémy suite à son divorce avec Hazel.

« Kate, c’est mon fils et je lui donne la permission », a annoncé Joe. « Je prends l’entière responsabilité de l’autoriser à revenir ». (Jermaine est resté à la maison jusqu’en juin 1989, date à laquelle lui, Margaret, Jérémy et Jourdyn, né en janvier de la même année, ont déménagé dans un appartement de Beverly Hills).

Peu de temps après que Jermaine soit revenu à la maison, LaToya en est partie, départ marquant sa séparation professionnelle très médiatisée avec Joe. Cette décision, tout comme celle de poser pour Playboy et d’écrire un livre « révélateur » sur la famille ont constitué les traumatismes majeurs de l’année 1988 pour la famille Jackson.

Malgré ces problèmes, je pense que toute personne connaissant vraiment les Jackson en 1988 nous percevait comme une famille bien plus soudée que l’image que People Magazine donnait de nous.

Concernant l’accusation affirmant que moi et Joe étions « sans contacts » avec nos enfants, le moment de publication de l’article était mal choisi : cette semaine là, Janet, l’un des enfants avec qui Joe et moi étions censés « nous battre » pour maintenir de bonnes relations, est arrivée à la maison avec deux broches à paillettes en forme d’éléphant qu’elle m’avait acheté à Londres quelques jours plus tôt (j’ai une collection sur le thème des éléphants). S’il était vrai qu’elle avait décidé de s’impliquer davantage dans son propre management en 1988, mettant un terme, de ce fait, à ses liens professionnels avec Joe, elle a témoigné de sa gratitude envers son père pour son aide au fil des années en m’informant « Je ne cesserai jamais de donner à Joe sa part de mes revenus. Je tiens à le faire ».

Dans l’industrie du disque, les gens connaissaient la vérité au sujet de ma relation avec mes enfants. Quand un responsable d’une maison de disques ou un partenaire commercial avait du mal à joindre l’un de mes enfants, il essayait en général de les contacter par mon intermédiaire. Par ailleurs, on me demande aussi fréquemment de faire à l’un de mes enfants une proposition commerciale spécifique. Si je juge la proposition intéressante, je la lui présente (cependant, je veille à ne pas le faire trop souvent. Je ne veux pas que les enfants commencent à penser « Oh oh, revoilà Maman, en train d’essayer de nous amener à faire quelque chose »).

En 1988, les enfants qui vivaient à Los Angeles venaient suffisamment souvent à la maison pour que Rebbie la décrive comme « une station essence. On se remplit de ce qui se passe et on revient quand on veut en savoir plus ».

La plupart n’avaient pas à aller loin. Tito et sa famille vivaient juste en haut de notre rue dans une maison de style espagnol bâtie sur 1.6 hectares de terrain au sommet d’une colline. Marlon et sa famille vivaient au coin de la rue dans une maison de style Tudor anglais qui a été présentée dans Ebony. Jackie vit dans un appartenant que nous conservons dans le quartier proche de Van Nuys. Janet et Randy vivent dans des appartements situés à proximité, respectivement à Bel-Air et Westwood. Jermaine habite juste un peu plus loin qu’eux, à Beverly Hills.

En fait, à l’exception de Michael, le seul enfant qui fait un peu « la navette » à la maison est Rebbie. Elle vit avec sa famille dans une confortable maison sur deux niveaux à Agoura, à une trentaine de minutes en voiture.

Parmi tous mes enfants vivant à Los Angeles, le seul que je ne voyais pas pendant plusieurs semaines d’affilée était Randy, l’indépendant. S’il commençait à me manquer, je lui téléphonais.

« Randy, je te rappelle que tu as une mère et un père qui t’aiment », lui rappelais-je gentiment.

« D’accord, Maman, je viens te voir » Et il le faisait.

Dans les moments que je passais en tête-à-tête avec mes enfants, nous avions des activités très diverses.

Jackie, le plus grand fan de sport de la famille, a essayé d’encourager mon propre intérêt croissant pour le sport. Lui et mon neveu Tony m’ont appris à suivre un match de football à la télévision. Jackie m’a aussi invitée à assister à bon nombre de matchs de basket des Lakers ; il a un abonnement.

J’ai aussi assisté à un match des Lakers avec Marlon, qui est également abonné. Mais mes moments préférés avec lui se passaient aussi en discussions philosophiques concernant la vie et Dieu. Marlon est un grand penseur.

Je parlais aussi fréquemment de Dieu et de Ses enseignements avec Rebbie ; Rebbie demeure un Témoin de Jéhovah dévoué, tout comme moi. Mais nous partagions aussi un intérêt plus « léger », la décoration intérieure. Rebbie a beaucoup changé la décoration de sa maison d’Agoura en 1988 et nous allions de temps à autre faire du shopping ensemble.

Janet est passionnée de jeux. Elle, son petit ami Rene Elizondo, mon neveu Tony et moi avons passé bon nombre de soirées à jouer à Pictionary et au Scrabble dans le petit salon à l’étage.

Jermaine est un passionné de cinéma. En 1988, il est parvenu à mettre la main sur bon nombre de films pas encore sortis dans le commerce et m’a invitée – ainsi que toute personne traînant dans les parages – pour les regarder avec lui dans notre cinéma.

Comme je ne voyais pas souvent Randy en 1988, nos moments ensemble consistaient principalement à discuter à la maison. Faisant allusion à ses investissements immobiliers – un appartement à Westwood, une maison à Beverly Hills, un studio d’enregistrement et une maison en bordure de plage – j’adorais le taquiner « Randy », lui disais-je, « tu es le plus jeune et te voilà en train de jouer les hommes d’affaires. Tu ne sais probablement même pas ce que tu es en train de faire ! » Randy a le sens de l’humour donc je sais que je peux me permettre ce genre de petite plaisanterie.

En 1988, je ne voyais pas non plus Tito aussi souvent que les autres. Quand il n’était pas en train de travailler dans son studio à domicile, il restaurait l’une de ses vieilles Mercedes. Et quand il ne faisait pas ça, il était avec sa famille à Big Bear, où il possède un chalet ou à Oxnard, où il a un appartement donnant sur l’océan. Mais les moments que nous passions ensemble étaient constructifs car en général, Tito recherchait mon soutien à chaque fois qu’il souffrait ou qu’il hésitait face à un problème dans sa vie privée ou dans sa carrière.

TITO : Ma mère est l’une des rares personnes, dans ma vie, à qui je peux tout dire. Ca vient tout simplement de la façon dont elle m’écoute et me comprend. Elle est de très bon conseil.

JERMAINE : L’une des choses qui continuent à nous amener à lui rendre visite est le fait qu’elle n’a fait preuve d’aucun favoritisme. Depuis les enfants ayant le plus de succès jusqu’à ceux situés « les plus bas sur le totem », elle nous traite de la même manière, comme quand nous vivions à Gary.

En 1988, les enfants n’étaient pas non plus « en conflit et en rupture » les uns avec les autres quand j’étais avec eux, en dépit des accusations de People disant que la famille Jackson était gangrénée par « une jalousie entre frères et sœurs ».

REBBIE : Etant celle qui a gagné le moins d’argent dans le show-business, j’aurais eu plus de raisons de ressentir de la jalousie que mes autres frères et sœurs. Mais ce n’est pas le cas. Après avoir déménagé en Californie, j’adorais montrer les maisons magnifiques de mes frères aux amis qui venaient me rendre visite. A l’époque, je me sentais fière à la simple idée d’être leur sœur. C’est encore ce que je ressens. Je suis proche de mes frères et honnêtement, je ne perçois aucune jalousie entre eux non plus. Je pense que ces accusations de « jalousies internes » sont nées parce que la presse suppose qu’elles doivent exister compte tenu du succès exceptionnel de Michael. Mais le fait de supposer quelque chose ne signifie pas que c’est vrai.

JACKIE : Je suis heureux pour mon frère qu’il vende tous ces albums. J’espère qu’il en vendra 100 millions. Il ouvre la voie pour nous tous.

En réalité, Michael mettait un point d’honneur à tendre la main à ses frères et sœurs pour les aider. Lorsqu’il a proposé à Rebbie de lui écrire et produire une chanson, par exemple, cela l’a aidée à décrocher un contrat d’enregistrement avec CBS Records en 1984 (« Centipede », la chanson qu’il a apportée à son premier album, a donné son titre au disque et est entrée dans le Top 40 Pop). Il a aidé Jackie à obtenir la permission de CBS d’enregistrer un album solo chez Polygram Records. Et lorsque Marlon a annoncé sa décision de quitter les Jacksons et Epic Records en 1985, il est vraiment allé se battre chez CBS pour Marlon. Michael est parvenu à négocier le départ de Marlon alors qu’Epic le lui avait refusé, lui permettant de ce fait de poursuivre une carrière solo à plein temps.

REBBIE : Quand à l’accusation de rivalité entre frères et sœurs au sein de notre famille, je crois que la presse a confondu esprit de compétition et désir, de la part de nos parents, que nous réussissions.

MARLON : L’une des caractéristiques de l’enfant star, c’est que certaines personnes ne veulent pas que l’on devienne adulte. Après vous avoir vu enregistrer exclusivement avec vos frères pendant des années, ils vous voient vous embarquer dans une carrière solo et lorsqu’ils se réfèrent à votre décision, ils parlent de « séparation » ou de « déchirement ». Ils ne reconnaissent pas votre droit à grandir, à évoluer. Mais s’il n’y a pas de profondeur, il n’y a pas de destin. Tout le monde a le droit de faire ce qu’il veut de sa vie.

TITO : Et nous ne nous disputons pas les uns avec les autres ; la presse a émis cette accusation. En réalité, si l’un des frères est impliqué dans une dispute, nous ne pouvons pas quitter la pièce sans nous réconcilier.

JERMAINE : Vous voulez connaître la chose la plus importante ? Les Jacksons forment une famille et nous le resterons. Il faut faire preuve d’unité.

Il existe deux traditions familiales qui évoquent l’unité.

La première est la Réunion Familiale, qui se déroule dans le petit salon à l’étage ou dans la salle des trophées, au rez-de-chaussée. Les réunions visent à discuter de problèmes personnels ou professionnels qui émergent et affectent un ou plusieurs d’entre nous. N’importe lequel des Jacksons peut solliciter son organisation.

En 1988, Randy a réclamé une Réunion Familiale parce que quelqu’un, dans le milieu, disait du mal de lui et que cela le tracassait. « Pourquoi veut-il faire une réunion sur le sujet ? » nous sommes-nous demandé. « Dans le milieu, tout le monde dit du mal de tout le monde en permanence ». Mais Randy souffrait et il voulait partager avec nous ses sentiments. Donc nous nous sommes rassemblés et nous l’avons écouté.

En 1988, nous avons aussi organisé une Réunion Familiale pour discuter d’un sujet qui nous préoccupait tous : LaToya. La majeure partie de la réunion a consisté à débattre de l’approche à adopter pour tenter de la persuader de se séparer de son manager, Jack Gordon, et de revenir à la maison.

La seconde tradition des Jackson est le Jour de la Famille. Réservé à Joe et moi, aux enfants et aux petits-enfants, le Jour de la Famille est un peu plus qu’un traditionnel barbecue avec, parfois, un film en guise de divertissement. Les conversations professionnelles sont déconseillées. Le Jour de la Famille est pour les Jacksons l’occasion de mettre de côté leur travail, d’oublier leurs soucis et de redevenir une famille. En 1988, Joe, moi et quelques-uns des enfants ont organisé le Jour de la Famille.

Mon portrait de la famille Jackson en 1988 ne serait pas complet sans un commentaire sur la relation entre Joe et moi.

Le magazine People avait mentionné notre crise conjugale, ainsi que les « rumeurs d’infidélité de Joe ». Cependant, l’auteur de l’article avait eu la délicatesse de laisser Joe avoir le dernier mot à notre sujet. « Nous avons survécu. Nous nous aimons et nous avons des enfants. C’est pour ça que nous sommes ensemble ». C’était l’une des citations avec lesquelles j’étais d’accord.

Cela ne signifie pour autant pas qu’en 1988, j’avais totalement surmonté ma profonde souffrance suite à son adultère ; ce n’était pas le cas. Quand des pensées douloureuses faisaient surface, j’y faisais face. Mais en général, je parvenais à rester positive. Dieu sait que j’ai bien des raisons d’être reconnaissante dans ma vie.

En 1988, j’avais détecté un changement chez Joe, une sorte d’adoucissement… S’il avait encore plusieurs projets professionnels sur le feu, il appréciait bien plus que par le passé de rester à la maison. Il prenait aussi le temps de faire des choses qu’il n’avait pas faites depuis des années : cuisiner, faire des barbecues dans la cour. Quand il s’est mis à faire le lit le matin, il m’a vraiment surprise.

En 1988, quand j’ai décidé d’acheter une maison à Las Vegas pour le week-end, Joe a insisté pour refaire lui-même la décoration de la pièce vide située près de la piscine. Ensuite, il s’est mis à évoquer la plantation d’un potager.

Si dur était-il pour Joe de parler de ses sentiments, j’ai réalisé que tout le travail d’équipe dont il faisait preuve autour de la maison était une manière subtile de me dire qu’il était heureux que nous soyons toujours ensemble après presque quatre décennies de mariage.

Je ne veux pas donner l’impression que Joe était « devenu tout doux ». Il détestait encore les « Je te l’avais dit » comme « Joe, je t’avais dit de ne pas parler au magazine People ». Il était encore sujet à des sautes d’humeur. Parfois, il se mettait encore dans une telle colère pour une raison ou pour une autre qu’il écarquillait les yeux et se mettait à changer de couleur – c’était un signe qui m’invitait à prendre ma journée et à aller faire du shopping.

Par ailleurs, disons-le clairement : Joe avait encore son côté diabolique.

Lors de notre premier week-end dans notre maison de Las Vegas, un soir, je parlais avec une amie, Amelia Patterson, dans ma chambre. Des rafales de vent tiède soufflaient et les branches du mûrier jetaient des ombres mouvantes sur les rideaux. La vision en était quelque peu lugubre. Mais Amelia et moi étions tellement absorbées par notre conversation que j’en ai oublié les ombres.

D’un seul coup, nous avons entendu un grattement contre la vitre de l’une des portes. Je me suis dirigée vers ladite porte, ai jeté un œil à l’extérieur et ai repéré une forme tapie dans l’ombre. J’ai eu la peur de ma vie !

Je suis sortie de la chambre comme un tourbillon, Amelia sur mes talons.

Bien entendu, c’était Joe.
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:14

Chapitre 18 - Retours



« Michael, ça ne t’arrive pas de te sentir seul dans ce ranch ? » lui ai-je demandé en 1989.

« Non, Maman, je n’ai pas le temps de me sentir seul », m’a-t-il répondu. « Je suis toujours occupé ».

Vous savez que certaines personnes sont « du matin » tandis que d’autres sont « du soir » ? Michael demeure les deux à la fois. Il est impatient de commencer sa journée. Quand vient le soir, vous le trouverez en train d’écrire. Quand il a fini d’écrire, il lit dans son lit, parfois jusqu’à l’aube. Même si je pense qu’il aurait pu prendre de longues vacances suite à sa tournée mondiale, il n’était tout simplement pas d’humeur à rester tranquille en 1989.

En milieu d’année, Michael avait déjà commencé à travailler sur son album suivant, un mélange de chansons anciennes et nouvelles. Mais il n’était le seul Jackson à être occupé en 1989. Un programme n’aurait pas été superflu pour m’aider à suivre les projets d’enregistrement de ses frères. Le premier album solo de Jackie en 16 ans, Be The One, est sorti en mars chez Polygram. A l’automne, Jermaine a sorti son troisième album sur Arista Records, Don’t Take It Personal, et Randy son premier album solo de sa carrière, Randy & The Gypsies, chez A&M.

Je dois être honnête : si j’aimais écouter leurs disques, je n’étais pas ravie de voir les frères dépenser autant d’énergie sur leurs projets solo.

« Vous courez le risque de vous noyer les uns les autres », leur ai-je dit quand leurs albums étaient encore en préparation. « Il va y avoir trop de Jacksons dans les bacs. Les gens vont se dire ‘Quel album Jackson dois-je acheter cette fois-ci ?’ »

« Vous devriez vous concentrer sur les Jacksons. Vous êtes bien plus forts en tant que groupe qu’en tant qu’artistes solo, de toute façon ».

Cependant, je comprenais le défi qui attendait les garçons pour continuer le groupe après l’album Victory de 1984 compte tenu de l’engagement de Michael dans sa propre carrière solo.

JACKIE : A l’origine, je pensais que Tito, Randy, Marlon et moi allions retourner en studio avec Michael après le Victory Tour. Je ne comptais pas sur l’implication de Jermaine parce qu’il n’était pas sous contrat avec Epic. Puis nous avons appris que CBS voulait d’abord un autre album de Michael Jackson.

Les garçons n’avaient d’autre choix que d’attendre que Michael enregistre Bad. Pendant ce temps, en 1985, le groupe a perdu l’un de ses membres.

MARLON : J’ai sollicité une Réunion Familiale pour annoncer à tout le monde ma décision de quitter les Jacksons. Bien entendu, ils ont voulu savoir pourquoi. J’ai répondu : « Ca fait vingt et quelques années que je fais ça. Ca ne veut pas dire que je n’ai pas apprécié d’être dans le groupe, parce que ce n’est pas le cas. Mais appartenir aux Jacksons ne me motive plus, actuellement, dans ma vie. J’ai besoin de quelque chose qui me fait avancer, qui comporte plus de défis. M’engager dans une carrière solo est un vrai défi ». En allant à la réunion, je savais comment tout le monde allait réagir. Je savais que mon père allait dire « Non, tu peux pas »… ce qu’il a fait… et continue à faire à ce jour. Je savais que ma mère allait me soutenir, ce qu’elle a fait : « Si ça te rend heureux, je te suis ». Et je savais que Michael allait me cuisiner sur mes projets spécifiques, ce qui est exactement ce qu’il a fait avant de déclarer : « Marlon, si c’est ce que tu veux faire, personne ne va t’en empêcher ». C’est la première fois, je crois, que ma famille m’a vraiment perçu. J’étais celui qui, dans la famille, ne disait jamais rien, ne montrait jamais aucune émotion. C’était un si grand changement pour moi d’élever la voix ; et ça faisait du bien.

Il est vrai que j’ai soutenu Marlon ; je tiens à ce que chacun de mes enfants soit épanoui. Néanmoins, je me souviens avoir pensé pendant cette réunion « Que va-t-il arriver aux Jacksons sans Marlon, et avec Michael en train de préparer un autre album solo ? »

La réponse – en 1985, 1986 et 1987, du moins – c’était « pas grand-chose ». Jackie, Tito et Randy ont bien travaillé sur quelques titres dans le studio personnel de Tito mais les seuls disques des Jackson sortis à cette période étaient des albums solo : Bad, de Michael ; Control, de Janet ; Baby Tonight, de Marlon ; Precious Moments, de Jermaine ; Imagination, de LaToya ; et Reaction, de Rebbie.

JACKIE : En 1987, il s’était écoulé deux ans et demi depuis l’album Victory, Michael n’avait toujours pas sorti Bad et nous avons fini par nous dire qu’il ne serait pas disponible pour le prochain album du groupe. Donc nous avons décidé : « Hé, les frères, faisons-le nous-mêmes ! »

Enfin, en 1988, le travail a débuté sur un nouvel album des Jacksons. Ironie du sort, Jermaine, qui au départ ne devait pas participer à l’album, s’est retrouvé à jouer un rôle clé. Pour travailler avec ses frères, il a dû mettre entre parenthèses son album Don’t Take It Personal. Mais c’est dire à quel point il trouvait cela important de voir un autre album des Jacksons dans les bacs. « Nous ne voulons pas que la légende des Jacksons soit balayée », a-t-il déclaré lors d’une Réunion Familiale, en 1988.

REBBIE : Jermaine a aussi essayé d’amener les frères à percevoir que tout le monde dans la famille ne pouvait pas être le soliste, que leur vraie force venait de l’harmonie de leurs voix. Pour dire les choses simplement, Jermaine a pris la place de Michael dans le groupe. Il a rempli le trou.

En 1988, même si cela faisait longtemps que l’album des Jacksons était en retard, Jermaine, Jackie, Tito et Randy savaient qu’il ne fallait pas précipiter les choses. Ils avaient entendu les rumeurs qui, dans le milieu, affirmaient que les Jacksons n’étaient rien sans Michael et avaient la ferme intention de prouver aux sceptiques qu’ils avaient tort.

Même avant la sortie de l’album, Jermaine le décrivait comme étant « de loin, le meilleur disque jamais réalisé par les Jacksons ». Ce qui m’a frappée dans cet album quand je l’ai écouté pour la première fois était sa grande diversité. C’était en quelque sorte une version musicale de la salade du chef : un peu de funk, un peu de pop… un peu de musique légère.

Même si je me suis surprise à fredonner plusieurs de ces chansons après seulement quelques écoutes, j’ai eu un coup de cœur immédiat : la mélodie autobiographique ayant donné son titre à l’album, 2300 Jackson Street. Co-écrite par Jermaine, Jackie, Tito, Randy, Gene Griffin et Aaron Hall, elle rassemblait les voix de tous mes enfants, à l’exception de LaToya.

Maman et Papa
Ont sacrifié leurs désirs et leurs besoins
Pour que nous atteignions la lumière
Même si pour nous les temps étaient durs
Nous savons qu’ils ont tous deux travaillé dur
Ils nous ont donné tout ce que leur cœur pouvait donner
Et faisaient encore place à l’amour
Nous sommes tous unis
Et restons forts
Et encore aujourd’hui
Nous formons une seule grande famille
2300 Jackson Street
Toujours la maison
2300 Jackson Street
Toujours la maison

JACKIE : Une fois l’album terminé, Jermaine en a diffusé une cassette à Michael dans son ranch. Michael était extrêmement surpris de voir à quel point le disque était bon. Des larmes coulaient sur ses joues pendant qu’il l’écoutait.

Immédiatement, il a téléphoné à Walter Yetnikoff, le président de CBS Records. « Ne passez pas à côté du disque des Jacksons », lui a-t-il dit. « C’est un bon album, un album n°1 ».

A l’exception du premier album des Jackson 5, je ne crois pas que la famille ait déjà attendu la sortie d’un album des Jacksons avec tant d’impatience. Enfin, en mai 1989, presque cinq ans après la commercialisation du dernier disque des Jackson, 2300 Jackson Street a été envoyé aux disquaires.

Nous avons suivi avec beaucoup d’intérêt la progression du premier single, Nothin’ (That Compares 2U) et de l’album dans les charts noirs. Nous avions des raisons de faire la fête quand tous deux ont fini par entrer dans le Top Ten noir. Mais nous étions tous profondément déçus que 2300 Jackson Street ne suive pas le même parcours dans le hit-parade pop.

Les garçons, Joe et moi savions que l’album avait suffisamment de chansons de qualité pour mériter le succès. Mais nous savions aussi qu’un album ne peut aller nulle part quand la maison de disques ne le soutient pas à 100%.

Michael a continué à exhorter CBS Records à promouvoir le disque après sa sortie. CBS a continué à promettre qu’ils le feraient. Mais rapidement, il est devenu clair que CBS n’avait pas l’intention de pousser 2300 Jackson Street à fond. La question était la suivante : pourquoi ?

La réponse était liée au fait que 2300 Jackson Street était le dernier album que les Jacksons devaient réaliser pour la maison de disques dans le cadre de leur contrat.

Au lieu de promouvoir le disque dans la perspective de renouveler le contrat des Jacksons, comme nous pensions que CBS allait le faire, la maison de disques avait apparemment abandonné l’idée, ou était opposée au fait de poursuivre sa relation avec les Jacksons.

« A quoi ça sert d’engraisser des grenouilles pour les donner aux serpents ? » est la façon dont j’ai formulé ça aux garçons. « S’ils ne savent pas si vous revenez avec eux, ils ne vont pas faire en sorte que vous vous développiez ».

Pour les garçons, Joe et moi, le fait que 2300 Jackson Street n’ait pu bénéficier de l’exposition qu’il méritait auprès du public était une pilule difficile à avaler. J’ai souvent évoqué l’histoire familiale des Jackson en la comparant à celle de Cendrillon mais cette fois-ci, il n’y avait pas de happy end.

Fort heureusement, pendant cette période frustrante de 1989, la famille pouvait se focaliser sur une chose positive : le retour triomphant de Janet après sa longue absence de la scène musicale.

J’ai poussé Janet à retourner en studio pendant presque aussi longtemps que je l’avais fait pour ses frères. « Jan, tu ferais mieux de te dépêcher et de t’atteler à cet album », lui ai-je dit en 1988. « Les gens oublient vite, tu sais ».

Mais Janet ne s’en préoccupait pas. « Maman, il y a des gens qui ont attendu bien plus longtemps que moi entre deux albums ».

Si Janet paraissait moins absorbée par sa carrière que, disons, l’un de ses frères en particulier, elle l’était réellement.

Mais sa nature plus décontractée n’expliquait pas en totalité sa longue absence. Un projet de film dans lequel elle devait être impliquée après Control ne s’est pas concrétisé et ses négociations avec Jimmy Jam et Terry Lewis, l’équipe qui avait produit et co-écrit Control, ont duré des semaines. Leur rémunération était en jeu.

Lorsque les discussions se sont retrouvées dans une impasse, Janet a envisagé de contacter d’autres producteurs. Mais Michael, vers qui elle se tourne souvent pour avoir des conseils, lui a conseillé la patience. « Si tout se passe bien, pourquoi changer de producteurs ? » l’a-t-il raisonnée.

Finalement, un appel de Janet à Jimmy Jam et à Terry a relancé les discussions et en janvier 1989, elle a commencé à enregistrer son quatrième album à Minneapolis.

Le travail progressait lentement. Comme Michael avec Bad, Janet subissait la pression de devoir rivaliser avec un album précédent ayant connu un énorme succès.

Le travail progressait aussi dans le plus grand secret. Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai appris le titre de l’album : Janet Jackson’s Rhythm Nation: 1814. Avant, le disque n’était connu que par le nom de code donné par A&M Records : le « projet 1814 ».

Enfin, en mai, l’album était prêt à être mixé. Mais le travail de Janet était loin d’être terminé. Le 16 mai, jour de son vingt-troisième anniversaire, elle a commencé à répéter pour un clip vidéo longue durée rassemblant plusieurs chansons de l’album.

Le planning de tournage était épuisant. Janet se présentait sur le plateau tous les jours à quinze heures, dans un entrepôt de Long Beach, et tournait jusqu’à 7h le lendemain matin. Sur ses huit heures de temps libre, elle en passait deux dans les transports. Ce calendrier, ainsi qu’une gastro-entérite, ont fini par avoir raison d’elle. Elle a passé deux jours à l’hôpital, conséquence du surmenage et de la déshydratation. Je ne savais même pas qu’elle était malade jusqu’à ce qu’elle revienne travailler. Elle ne me dit jamais quand elle ne se sent pas bien ; je l’apprends par un autre enfant – dans ce cas, Rebbie.

Le jour où Rebbie m’a appelée, je me suis rendue sur le tournage pour voir Janet. J’ai été soulagée de lui trouver bonne mine.

Je suis aussi allée sur le tournage un jour où Michael était là. Quand je suis arrivée, j’étais loin de savoir que Janet avait des projets pour moi : en l’occurrence, celui de filmer une interview avec moi pour un éventuel making of de son clip « Rhythm Nation ».

« D’accord », ai-je déclaré.

« Kat, je suis étonné ! » s’est exclamé Michael. « J’avais dit à Dunk que tu ne le ferais pas ».

« Eh bien, si tu ne t’attendais pas à ce que je dise oui, ce ne sera pas le cas ! »

J’ai à peine eu le temps de m’installer confortablement dans une chaise que Janet s’est mise à me coiffer et que Michael a commencé à me maquiller.

« Attendez, attendez, je déteste que vous soyez aux petits soins avec moi ! » ai-je protesté.

Quand j’ai fini par me trouver face aux caméras, Michael a commencé à trifouiller les éclairages.

« Ne touche pas aux lumières ! Elles sont bien », lui ai-je ordonné.

« Tout doit être parfait », a répondu Michael, continuant à les tripoter.

(Quelques semaines plus tard, Michael a fait venir des caméramen et un interviewer à la maison pour filmer des entretiens avec Joe et avec moi pour sa collection privée sur la famille. C’est une chose qu’il menaçait de faire depuis des années mais à laquelle je n’avais cessé de m’opposer. Je savais qu’il voulait me poser beaucoup de petites questions démoniaques – il s’intéresse à la façon dont Joe m’a courtisée, à notre premier baiser, ce genre de choses. A ce propos, sa collection ne cesse de s’agrandir et comprend non seulement la plupart des vieilles photos de famille mais aussi des souvenirs tels que les chaussures que sa nièce Stacee portait à l’âge de deux ans et la première couche de son neveu Taj. « Michael, tu n’es qu’un vieux paperassier », lui dis-je).

Jusqu’à ma première visite à Janet sur le tournage, je n’avais entendu que l’une de ses nouvelles chansons, « Black Cat ». Janet me l’avait fait écouter parce qu’elle en était particulièrement fière. Non seulement c’était le premier titre qu’elle ait écrit complètement seule mais c’était aussi la première chanson rock de sa carrière.

Cependant, en juin, j’avais écouté la majeure partie de l’album – assez, du moins, pour conclure que Janet s’était écartée des sonorités impertinentes de Control au profit d’un son pop-R&B plus mûr. Au départ, j’étais nerveuse qu’elle prenne une nouvelle direction.

« Jan, le son Control était un bon son », lui ai-je dit. « Regarde comme Paula Abdul et Jody Watley ont eu du succès en enregistrant des titres dans cette veine. Pourquoi ne mets-tu pas quelques chansons dans le style de Control sur l’album, histoire de jouer la sécurité ? »

« Maman, je pense que le public va aimer mon nouveau style musical », m’a-t-elle répondu avec assurance. Janet est comme Michael : dès que quelqu’un embarque dans le même wagon qu’eux, ils construisent un autre wagon.

Plus je me baladais dans le nouveau wagon de Janet, plus j’appréciais le trajet. En me plongeant davantage dans les chansons, j’ai été impressionnée par le fait qu’elles étaient écrites dans un but précis : rassembler des gens de toutes les couleurs à travers la musique et la danse. Le fait que Janet évoque dans sa musique des sujets tels que l’intolérance, l’illettrisme, la drogue, la violence et les sans-abri était pour moi un signe de maturité, non seulement sur le plan artistique mais aussi sur le plan humain.

En août 1989, un mois avant la commercialisation de l’album de Janet, le premier single, « Miss You Much », est sorti. Tous mes doutes concernant le changement de style musical de Janet se sont envolés quand la chanson a grimpé en flèche jusqu’au sommet des hit-parades, aidée, j’en suis sûre, par son excellent clip. En octobre, l’album est devenu n°1.

Etonnamment, Janet était encore moins démonstrative face au succès de Rhythm Nation qu’elle l’avait été face au succès de Control, pour lequel elle me tenait au courant des dernières évolutions du disque dans les hit-parades. Quand je l’appelais suite à la sortie de Rhythm Nation, elle ne me disait rien sur les performances de l’album… Elle est tellement modeste ! Son compagnon, Rene, était plus enthousiaste qu’elle. C’est lui qui me tenait au courant !

L’une des raisons pour lesquelles j’étais si impatiente de voir Janet retourner en studio pour enregistrer un autre disque était liée à mon désir de la voir faire une tournée pour la première fois afin de promouvoir l’album. Sa décision de ne pas faire de tournée après la sortie de Control avait suscité plus d’un froncement de sourcils dans la presse ; je me rappelle que des rumeurs affirmaient qu’elle avait « peur » d’en faire une. En réalité, elle adore se produire sur scène, c’est juste qu’elle ne souhaitait pas faire de tournée avant d’avoir suffisamment de chansons de qualité pour alimenter un spectacle longue durée.

Les talents de danseuse de Janet m’émerveillaient depuis longtemps. Etant la plus jeune de mes enfants, elle n’a pas vécu les chorégraphies endiablées que ses frères et sœurs faisaient dans le salon ou encore les répétitions de ses frères dans le salon. Quand elle avait trois ans, nous étions à Los Angeles et les Jackson Five, déjà célèbres, répétaient dans des studios. Oh, mon Dieu, je me souviens avoir pensé, à l’époque, que Janet n’avait personne à la maison pour l’inciter à faire de la danse. Je me demandais ce qu’elle allait faire en grandissant. Quand elle était petite, Janet ne dansait jamais.

Faites un petit bond dans le temps jusqu’en 1986… Janet a prouvé dans les clips de Control et dans ses prestations à la télévision que le talent de danseuse n’est pas une chose qui doit être travaillée assidûment pendant des années. Ca peut tout simplement être là, dans les gènes.

J’étais certaine qu’avec ces vidéos et ces apparitions télé à son actif, Janet allait devenir accro à la danse. J’avais tort. Après Control, elle a raccroché les ballerines. Ce n’est qu’après avoir pratiquement terminé son quatrième album, quand il a été temps pour elle de se mettre à se préparer pour ses clips, qu’elle a retrouvé « le rythme ». (Comme Janet déteste faire du sport en règle générale, elle finissait par prendre quelques kilos entre chaque album. Je pense que l’une des raisons pour lesquelles elle s’est évanouie pendant le tournage de « Rhythm Nation » tient dans le fait qu’elle suivait un régime de quelque 900 misérables calories par jour).

Quand Janet m’a demandé de l’accompagner pour la première semaine de sa tournée, elle n’a pas eu besoin de me le dire deux fois ! Je l’ai rejointe à Miami, lieu de son premier concert.

Ne l’ayant pas vue répéter pour le spectacle – Janet l’avait conçu au Civic Center de Pensacola, la même salle que Michael avait utilisée pour répéter sa tournée solo – je ne savais pas à quoi m’attendre. Je savais juste que ce serait réussi.

Et c’était plus que réussi. Sa façon de danser et de chanter était fantastique. Certains de ses pas de danse me rappelaient ceux de Michael – après tout, ils sont de la même famille ! – mais bon nombre d’entre eux étaient clairement les siens.

« Jan », lui ai-je dit en coulisses, « c’était la première fois de ta vie que tu étais sur scène toute seule en concert. Mais tu étais tellement professionnelle que personne n’aurait pu deviner que c’était ta première fois ! »

« Vraiment, maman ? » a répondu Janet en esquissant un sourire.

La seule suggestion que j’avais à lui faire était celle d’une mère : remarquant que Janet transpirait à grosses gouttes, je lui ai dit : « Tu assures seule le spectacle, sans pause. Pourquoi ne pas demander à tes musiciens de jouer un titre pendant que tu vas te reposer quelques minutes dans les coulisses ? Le seul moment où tu n’es pas sur scène, c’est quand tu changes de tenue et ça ne dure que quelques minutes ».

Janet m’a dit qu’elle réfléchirait à ma remarque. Mais je ne pense pas qu’elle ait changé quoi que ce soit à ce qui était un show au rythme savamment calculé.

Après le concert de Miami et les quelques autres auxquels j’ai assisté, Janet et moi embarquions immédiatement à bord de son bus Prevost cossu et partions pour la ville suivante. Janet se faisait faire un massage puis mangeait ce que son cuisinier lui avait préparé. Vers trois heures du matin, nous arrivions à notre hôtel et allions rapidement nous coucher. Onze heures plus tard, nous nous retrouvions pour le déjeuner, puis à 15h30 nous nous rassemblions dans le lobby pour nous rendre à la salle de spectacle. De 16h jusqu’à l’heure du concert, Jan et moi nous détendions en coulisses pendant qu’elle se faisait maquiller. Puis, juste avant de monter sur scène, Janet se rendait dans le salon d’accueil des invités pour se faire photographier avec les dignitaires locaux et les animateurs radio, pendant que je retrouvais ma place dans le public. C’était un sacré emploi du temps pour une fan de soixante ans… mais c’était amusant.

Bien entendu, ce qui m’amusait le plus était de regarder l’effet que Janet produisait sur la foule soir après soir. Tôt ou tard, je me retrouvais à faire avec Janet ce que j’avais fait avec Michael et les Jacksons avant elle : me souvenir de moments précieux du passé… Janet, à l’âge de deux ans, escaladant les lits superposés de ses frères à Gary… se bagarrant avec eux comme un vrai petit garçon manqué. Et voici ce qu’elle était devenue, concluais-je, une jeune femme se produisant sur scène devant des milliers de gens…
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:17

Chapitre 19 – Rêver encore



En 1989, Janet a montré au monde entier qu’elle était non seulement une bonne chanteuse et une bonne compositrice mais aussi une excellente interprète. Mais de son point de vue, à l’âge de 24 ans, elle n’avait pas encore atteint le sommet. Elle rêve de se produire un jour dans une pièce de Broadway ainsi que dans une comédie musicale au cinéma.

Ce n’est pas la seule parmi mes enfants à s’intéresser aux films. Jermaine, qui a suivi des cours à l’Institut du Film Américain, veut réaliser et produire. Il a un rôle de producteur dans la série d’ABC sur la famille, actuellement en cours de production. Marlon, lui aussi, veut être producteur. « Je veux montrer que les Noirs peuvent faire de grands films dans la lignée de Terms of Endearment et Out of Africa », affirme-t-il.

Une dizaine d’années après avoir joué dans The Wiz, Michael reste également profondément intéressé par les films. Parmi les nombreux projets qu’il a envisagés ces dernières années figurait le rôle titre d’une version de Peter Pan prévue par Steven Spielberg. Son intérêt pour ce projet me revient en mémoire à chaque fois que je regarde la collection de jouets et de poupées de Michael à la maison et que je vois la poupée Peter Pan qui a été créée pour lui. Elle est noire et porte une coupe de cheveux à la Michael Jackson.

Mais même si Michael s’identifiait à Peter Pan menant les enfants perdus dans un monde fantastique et plein de magie, il a décidé, au final, de ne pas poursuivre le projet. C’était une histoire d’image. En 1983, il avait adopté une image publique plus dure, plus débrouillarde. L’une des priorités de Michael consiste à trouver le bon projet de film. C’est pour lui un défi. Je sais qu’il a passé en revue des piles et des piles de scripts. Je ne l’imagine pas jouer un rôle d’amoureux ou un rôle macho. Que lui reste-t-il alors ? Une autre comédie musicale.

Michael adore les comédies musicales. Il regarde en boucle des classiques comme West Side Story et The Sound Of Music. Je suis sûre qu’il adorerait faire une comédie musicale parmi les meilleures jamais faites.

Si certains de mes enfants s’intéressent au cinéma, d’autres restent concentrés sur la musique. Par exemple, l’objectif premier de Rebbie et de connaître le succès sur son nouveau label, Motown. Elle a enregistré son troisième et dernier album, R U Tuff Enuff, pour Columbia en 1988. Quant aux Jacksons, ils envisagent de continuer à enregistrer et, un jour, de refaire une tournée. Comme l’a dit Tito : « Nous sommes toujours aussi enthousiastes aujourd’hui que nous l’étions à nos débuts. Il faut garder sa soif d’avancer ».

Si ambitieux soient mes enfants, ça me ravit de savoir qu’ils se préoccupent des autres et veulent aider ceux qui ont aujourd’hui les mêmes rêves que ceux qu’ils avaient il y a 25 ans.

RANDY : J’ai toujours aimé faire de la musique mais avant mon accident de voiture en 1980, je me contentais de vivre. Je n’avais pas de but. J’étais né dans cette famille d’enfants talentueux donc je n’avais jamais dû me battre comme mes frères. Mon premier concert en tant que membre des Jacksons s’est déroulé devant 18 000 personnes. Je pense que j’ai été un peu gâté. Je sais que j’avais tendance à considérer les choses comme acquises. L’accident a changé tout ça. Je pense que Dieu m’a donné une grande gifle, m’a dit de me réveiller. Dès lors, j’ai eu un but. Je voulais jouer un rôle de modèle.

Je veux aider les gens, en particulier ceux qui veulent devenir musiciens et artistes. Je sais à quel point c’était difficile pour mes frères quand ils ont commencé, comme ils ont dû travailler dur. Je sais que ma famille souhaitait que quelqu’un nous tende la main. Je veux être cette main tendue vers des jeunes qui ont un rêve. Ca, c’est mon rêve à moi.

Si le rêve de Tito se réalise, les frères auront un moyen de soutenir les jeunes artistes : la famille Jackson aura son propre label.

TITO : Non seulement je vois les frères enregistrer leurs futurs premiers albums pour notre propre maison de disques, je nous vois faire enregistrer de nouveaux talents. Je pense que nous avons les capacités de détecter des tubes, de produire des disques à succès et le chic d’associer les bons producteurs avec les bonnes chansons.

Voir mes enfants réussir et se montrer impliqués dans leur carrière ainsi que dans la carrière d’artistes en développement est l’un de mes souhaits pour eux. Mes autres souhaits sont plus personnels, parmi eux figure le désir qu’ils continuent à se tenir à l’écart de la drogue.

Jusqu’à maintenant, le proverbe qui dit « Elevez un enfant sur la voie que vous voulez qu’il suive. Quand il vieillira, il ne s’écartera pas de sa route » a marché pour Joe et pour moi. Les enfants tiennent bon, tout en gardant un œil fraternel les uns sur les autres. Si nous entendons de l’un des enfants que l’un des frères, par exemple, s’associe avec quelqu’un qui pourrait ne pas représenter une bonne influence, nous organisons une Réunion Familiale et parlons à cet enfant de son ami.

Cependant, sachant comment est la société, je suis consciente qu’il est encore possible que l’un de mes enfants tombe dans la drogue. Au départ, cela pourrait même passer inaperçu aux yeux de la famille. Mais je sais que je finirais par m’en apercevoir. Et je sais exactement ce que je ferais : je laisserais tout en plan, je prendrais cet enfant par la main et j’irais trouver de l’aide. Je ne laisserais pas cet enfant de côté pendant une minute, jusqu’à ce qu’il ou elle soit guéri(e). Pour une mère ou un père, en faire moins reviendrait à esquiver ses responsabilités en tant que parent. La vie de l’enfant peut être en jeu.

Un autre souhait que j’ai est celui que toute mère aimante a pour ses enfants : qu’ils continuent à profiter ou qu’ils trouvent le bonheur dans leur vie privée.

Je suis heureuse de dire que trois de mes enfants ont la bénédiction de vivre des mariages heureux. En 1990, Rebbie et Nathaniel étaient ensemble depuis 22 ans ; Tito et sa femme, Dee Dee, depuis 18 ans ; Marlon et son épouse Carol, 15 ans.

Dans mon esprit, cela ne fait aucun doute que la foi de Rebbie et de Nathaniel est la clé de la réussite de leur mariage. Pour les Témoins de Jéhovah, la famille est très importante et ils ont élevé leurs enfants avec dévouement dans la Vérité.

Je suis sa mère donc je ne suis probablement pas objective mais je crois vraiment que Rebbie est le genre de fille un peu vieux jeu que beaucoup d’hommes aimeraient épouser mais ont du mal à trouver aujourd’hui. Non seulement c’est une très bonne mère mais c’est aussi une excellente cuisinière. Et, comme je l’ai souligné, elle a appris à faire la lessive, le repassage et le ménage à un jeune âge. De nos jours, la plupart des filles ne savent même pas cuisiner.

Quelques mots sur Nathaniel : au fil des années, il a travaillé dans une scierie, dirigé un service de conciergerie, travaillé pour une société informatique, possédé une école de conduite et exercé la profession de paysagiste… tout ceci dans le but de subvenir aux besoins de sa famille.

Le mariage de Tito avec Dee Dee a duré parce que, comme le dit Tito, ils sont d’abord amis. Par ailleurs, tous deux ont un caractère facile et ça aide.

Quant à Marlon et Carol, ils sont vraiment heureux ensemble parce qu’ils entretiennent leur mariage. Ils s’aiment, se respectent et se comprennent.

Néanmoins, trois de mes enfants – Jackie, ainsi que Jermaine et Janet – ont connu des échecs dans leur mariage. J’ai été particulièrement triste de voir les unions de Jackie et de Jermaine prendre fin parce que c’étaient des enfants impliqués. Par ailleurs, chacun d’entre eux était marié depuis longtemps – onze et quatorze ans, respectivement – et je m’étais attachée à leurs épouses, Enid et Hazel, comme si elles étaient mes propres filles. Rapidement après s’être mariées, elles ont découvert que dans la famille, je n’étais pas une belle-mère qui se mêlait de leurs affaires. Dès lors, elles m’ont traitée comme une mère.

(En réalité, les épouses venaient me voir aussi souvent que les garçons quand il y avait un problème dans leur mariage. C’était facile pour moi d’aller voir les garçons et de leur parler. Après tout, ce sont mes fils. Quand les garçons voulaient que je parle à leur femme, je le faisais, même si je dois admettre que c’était plus difficile pour moi. Cependant, ma méthode était la même peu importe à qui je m’adressais : je ramenais la personne à la Bible pour lui montrer ce qu’il ou elle, selon moi, faisait mal).

Je suis reconnaissante que Jermaine et Janet soient actuellement engagés dans des relations stables et espèrent se remarier. Je suis particulièrement impatiente que Jackie se remarie. Si la plupart de mes enfants font attention à ce qu’ils mangent, Jackie est un amateur de malbouffe. Je m’inquiète moins pour son régime alimentaire quand il a une femme pour lui cuisiner des repas équilibrés.

Et puis, il y a Randy et Michael, qui n’ont jamais été mariés.

« Pourquoi tu ne te stabilises pas, que tu ne te maries pas, que tu ne fondes pas une famille ? » répète-je toujours à Randy, qui a eu beaucoup de petites amies. « Je ne me ferais pas autant de souci pour toi ».

Mais Randy ne veut toujours pas en entendre parler. « Je ne suis pas encore prêt à me marier », répondait-il.

Quant à Michael, j’aimerais qu’il puisse avoir l’être cher avec qui partager sa vie en ce moment ; sa vie serait plus riche. Je pense qu’au fond de lui, c’est aussi ce qu’il souhaiterait.

Je pense que la raison pour laquelle il a eu si peu de relations ces dernières années, c’est qu’il a été abordé tant de fois par des femmes qui cherchent, de manière évidente, à profiter de sa fortune, qu’il est devenu méfiant. Michael a parlé de ce genre de femme – que j’appelle une « chercheuse de statut » - dans sa chanson « Dirty Diana ».

Quand Michael était plus jeune, il plaisantait en disant que « le jour où le virus de l’amour le contaminerait, il se marierait ». En 1989, il m’a dit « La femme que j’épouserai devra avoir elle-même beaucoup d’argent. Ce sera pour moi la seul façon d’être sûr qu’elle ne m’épouse pas pour mon argent ».

REBBIE: Même si Michael devait rencontrer la femme « parfaite » demain, je pense qu’il serait réticent à la soumettre à l’examen incroyablement minutieux dont lui-même fait l’objet au quotidien. Mon frère est actuellement la personne la plus célèbre du monde. Deux évènements me l’ont rappelé en 1989. Le premier s’est déroulé dans un hôpital de Panorama City, où la mère de ma mère a été transportée après être tombée gravement malade. Michael a rejoint le reste de la famille à son chevet et dès que le bruit s’est répandu qu’il était dans l’établissement, la chambre s’est transformée en hall de gare. Les infirmières, les agents hospitaliers, les médecins… et même le vigile de l’entrée entraient et sortaient en courant, dévisageant Michael et lui demandant un autographe. Michael a aussi fait les gros titres à la pépinière où mon mari, paysagiste à temps partiel, travaille. Pendant plusieurs jours, toutes les conversations ont été mobilisées par le fait que Michael Jackson avait commencé 278 m² de gazon pour son ranch.

Même si la femme de Michael parvenait à s’habituer à la vie dans un bocal, elle devrait aussi affronter la réalité de la vie de Michael : assister à des réunions, être sans cesse sollicité par des membres de son entourage. Certaines de ces personnes, sans aucun doute, la percevraient uniquement comme une concurrente accaparant son temps.

Cependant, Michael semble heureux. Même s’il sait qu’il ne pourra jamais mener une vie « normale », il semble être à l’aise avec sa célébrité. Je crois que quand il sera prêt à se marier, il le fera, malgré l’inévitable vacarme que cela déclenchera dans la presse.

Si je crois fermement qu’un mariage heureux rime avec bonheur, la voie la plus sûre pour parvenir à la paix intérieure et à l’épanouissement est, je crois, la religion. C’est pour cette raison que je souhaite aussi que mes enfants se rapprochent de Jéhovah.

Je ne suis pas inquiète pour Rebbie. Comme elle le dit « La chose la plus importante de ma vie est ma relation avec le Créateur, Dieu Jéhovah ». Elle le prouve en assistant à chaque réunion à la Salle du Royaume et en faisant son devoir de missionnaire hebdomadaire.

Dee Dee, la femme de Tito, a également fait preuve d’un fort intérêt pour l’étude des Ecritures. Elle amène régulièrement leurs trois fils à la maison pour lire la Bible avec moi.

Mais Randy et Janet ne vont à la Salle du Royaume que de temps en temps et Jermaine, Jackie, Tito et LaToya pas du tout, même si LaToya a été baptisée chez les Témoins de Jéhovah il y a plusieurs années. Marlon et Carol fréquentent une église catholique.

Et puis, il y a la situation unique de Michael : en 1987, il a quitté les Témoins de Jéhovah. Michael ne m’a pas personnellement informée de sa décision. Quand je l’ai apprise, j’ai été dévastée. En début d’année, il avait commencé à rater des réunions à la Salle du Royaume mais, m’assurait-il, c’était uniquement parce qu’il était très occupé à finir Bad et à se préparer pour sa tournée mondiale.

Il y a eu une forte opposition à son clip « Thriller » par certains Témoins, même si Michael avait un référent sur le tournage pour le conseiller et même s’il avait diffusé un avertissement au début de la vidéo insistant sur le fait qu’il ne fallait pas associer le clip à une croyance dans l’occulte. Peut-être que la controverse a joué dans sa décision de partir.

Mais je n’en suis pas certaine pour la simple et bonne raison que je ne lui ai pas parlé de ce qu’il avait fait. Je ne le pouvais pas. Les Témoins ne discutent pas de questions spirituelles avec une personne qui s’est détachée des Témoins, même quand c’est un membre de la famille. Mais je tiens à insister sur le fait que, contrairement à ce qui a été raconté, on ne m’a pas obligée à « renier » mon fils. Notre relation est aussi affectueuse aujourd’hui que quand il était Témoin. Simplement, je ne peux pas lui demander « Michael, pourquoi ? »

Deux souhaits de plus.

Je souhaite une réunion des Jacksons. Je souhaite que Michael et Marlon réfléchissent à l’idée de rejoindre le groupe, même si c’est seulement à temps partiel. Par respect pour le passé. Pour moi.

Et je rêve d’une famille Jackson réunie.

Même si LaToya a fait beaucoup de mal à la famille en posant nue dans Playboy et en préparant un « livre révélateur » sur les Jacksons, je désire ardemment qu’elle se réconcilie avec nous. Sans elle, la famille Jackson n’est pas au complet. Bien que bon nombre de ses frères et sœurs soient restés en contact avec elle, LaToya et moi ne nous sommes pas parlées entre fin 1988 et le printemps 1989. C’était de loin la période la plus longue pendant laquelle j’ai perdu de vue l’un de mes enfants.

En 1989, quand elle m’a appelée pour la première fois, j’ai fait en sorte de ne pas aborder le sujet de Playboy ou de son livre. Après un si long silence entre nous, je ne voulais pas la confronter immédiatement. Mais lors de son appel suivant, en mai, j’ai abordé le sujet de son étalage de nudité.

« LaToya, qui a eu l’idée que tu poses nue dans Playboy ? » lui ai-je demandé.

« C’était la mienne, maman », a-t-elle déclaré.

« Allez, LaToya », lui ai-je dit. « Je te connais, je connais ta personnalité. Tu as été près de moi pendant toute ta vie. Et ça ne te ressemble pas de poser pour Playboy. Pourquoi tu l’as fait ? »

Silence.

« Toya, pourquoi l’as-tu fait ? »

Son silence prolongé m’a donné la réponse que je connaissais déjà : c’était l’œuvre de son manager, Jack Gordon. Je me suis dit que nous allions avoir la même conversation si je la questionnais sur son livre donc je me suis abstenue.

« Toya, à partir de maintenant », lui ai-je dit, « ne laisse personne te convaincre de faire quelque chose que tu n’as pas vraiment envie de faire. Bats-toi pour ce en quoi tu crois et campe sur tes positions ».

Avant de raccrocher, j’ai encore répété à ma famille qu’elle était la bienvenue si elle voulait revenir à la maison.

En septembre 1989, j’ai appris dans les médias que LaToya et Jack Gordon s’étaient mariés. Si LaToya a publiquement démenti l’information, pour ma part, j’y croyais. Mais je sais au fond de moi que LaToya n’a pas épousé Gordon par amour. En fait, j’ai entendu dire que des gens proches de Gordon avaient conseillé à LaToya de l’épouser pour qu’il puisse plus facilement la « protéger » de sa famille.

La protéger de quoi ? me suis-je demandé. De notre amour ? De notre inquiétude ?
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

Message par BILLIE.JEAN le Jeu 26 Avr - 15:18

Chapitre 20 – Chapitres futurs



« Pourquoi toi ? » me demandait toujours mon beau-père, Sam Jackson. « Pourquoi ta famille ? »

« Papa, préférerais-tu que notre succès soit arrivé à quelqu’un d’autre ? » lui répondais-je avec un petit rire.

Mais c’est une question sérieuse qui mérite une réponse sérieuse. J’aimerais la connaître. Si je pense que le talent de mes enfants leur vient de Dieu, je ne pense pas qu’Il les ait choisis pour accomplir tout ce qu’ils ont fait dans leur carrière. Je ne peux que souligner les ingrédients de notre success story : des enfants talentueux, des parents dévoués, l’environnement musical de Gary, le désir d’une vie meilleure, le travail acharné et la persévérance. Et un peu de chance.

Il est encore difficile pour moi de mesurer le chemin que moi et ma famille avons parcouru… il semble bien trop long pour avoir été parcouru en seulement une vie. Quand j’étais petite, mes professeurs nous encourageaient, moi et mes camarades de classe, à lire autant de livres que possible pendant l’été, nous récompensant à l’automne par une étoile si nous en avions lu un certain nombre. Comme il n’y avait pas de télévision à l’époque, je parvenais à lire beaucoup, surtout au sujet des enfants qui vivent dans différents pays. Et je rêvais, je rêvais sans cesse. Je me demandais « A quoi ressemble la vie en Allemagne ? Aux Pays-Bas ? Au Japon ? » Et aujourd’hui, je me dis que j’ai pu visiter tous ces pays qui alimentaient des rêves éveillés…

C’est tellement extraordinaire pour moi de contempler le « grand tableau » de nos vies que parfois, je me surprends à ressasser le passé. De temps en temps, quand Joe et moi sommes allongés dans notre lit le soir, l’un d’entre nous devient nostalgique : « Tu te rappelles quand… ? » Avant d’avoir eu le temps de dire ouf, nous revivons l’un des innombrables moments uniques qui émaillent le passé de notre famille : nos enfants dansant dans la salle à manger, les débuts publics des Jackson Five dans le grand magasin de Glen Park, Illinois. Joe n’admettra jamais publiquement qu’il peut être aussi sentimental que moi donc j’en parle à sa place.

En y repensant, je suis reconnaissante d’avoir connu des difficultés au départ. Comme je le dis à mes enfants « C’est pour vous une véritable bénédiction d’avoir vécu sans rien. Ca vous aide à apprécier ce que vous avez maintenant et à comprendre ceux qui se trouvent aujourd’hui dans la situation où vous avez un jour été ».

Si fière sois-je de la réussite de mes enfants, une part de moi-même échangerait cependant volontiers ma vie d’aujourd’hui contre notre vie « sans rien » à Gary. N’est-ce pas dingue ? C’est simplement que notre famille est soudée maintenant mais l’était encore plus à l’époque. Par exemple, les enfants enlevaient la neige à la pelle pour les voisins afin qu’on puisse acheter quelque chose à manger pour le dîner. On se battait ensemble et on se serrait les coudes. L’argent vous rend indépendant et c’est toute la différence. Mais les mères doivent laisser partir leurs enfants un jour et peut-être que je ne le voulais – et ne le veux – pas.

Je suis encore aussi impliquée dans la vie de mes enfants qu’ils me laissent l’être. S’ils ont une envie subite de tarte aux patates douces ou de cobbler aux pêches, ils savent à qui s’adresser. S’ils sont malades, ils savent qui va venir sonner à l’entrée pour leur apporter une bonne soupe.

Comme j’adore être aux petits soins pour mes enfants, j’imagine que ce n’est que justice qu’ils le soient aussi avec moi. Janet, en particulier, garde un œil sur moi. Dans notre jardin, nous avons une piscine et elle me dit toujours « Maman, ne t’approche pas de cette piscine. Tu sais bien que tu ne sais pas nager ». Si je suis malade et qu’elle le découvre, on n’en parle même pas. Elle fait en sorte que sa secrétaire m’appelle et me demande de prendre rendez-vous avec mon médecin, puis elle la rappelle pour lui dire à quelle heure est le rendez-vous, ce qui m’oblige ensuite à y aller. Et je me dis « Mon Dieu, Janet me traite comme un bébé ».

Le simple fait d’entendre mes enfants me dire « Je t’aime » à la fin d’une conversation téléphonique me suffit mais ils insistent aussi pour me témoigner leur amour de manière grandiose. Certaines années, ils choisissent un jour entre mon anniversaire (le 4 mai) et la Fête des Mères et organisent quelque chose d’extravagant pour moi (en tant que Témoin, je ne fête pas mon anniversaire). En 1984, ils se sont vraiment emballés.

Ce soir de mai en question, je m’attendais juste à un dîner paisible avec LaToya au Bistro Gardens de Beverly Hills. Cependant, quand je suis entrée dans l’une des salles privées du restaurant, j’ai découvert avec stupéfaction que toute la famille s’y trouvait, y compris mon père, que les enfants avaient secrètement fait venir d’Indiana. « Surprise ! » ont-ils crié tandis que les larmes coulaient sur mon visage. Les enfants avaient même fait appel à Floyd Cramer, l’un de mes chanteurs country et western préférés, pour s’occuper de la musique (j’aime toujours la musique country et j’apprécie la musique de toutes les stars actuelles).

Après le dîner, j’ai ouvert mes cadeaux. Ils comprenaient une belle montre, une bague et un bracelet. Puis on m’a tendu une ficelle multicolore. « Suis le ruban », m’a-t-on dit. La ficelle m’a conduite à l’extérieur du restaurant et juste devant l’entrée, se trouvait une Rolls-Royce entourée d’un nœud géant.

Les enfants aiment probablement me gâter parce qu’ils savent que je n’aime pas me gâter moi-même. Je vais encore faire du shopping dans le Pic ‘n Save local (Note : magasin bon marché) et même à l’Armée du Salut, où j’achète des livres et, parfois, des antiquités.

Le seul gros achat que j’aie fait moi-même était notre maison de Las Vegas. Je l’ai achetée en 1988, non seulement parce que je voulais un endroit où aller, le week-end, pour fuir Los Angeles et le téléphone qui sonnait constamment, mais aussi parce que je voulais retrouver le silence de ma vie à Gary.

C’est une maison ordinaire, dans une rue ordinaire. Elle n’est pas cachée derrière des grilles, on peut marcher dans l’allée jusqu’à la porte d’entrée. Je peux regarder par la fenêtre de la cuisine et voir des enfants qui jouent, des voitures qui passent. Ces aspects me rappellent la vie telle qu’elle était avant que les garçons ne deviennent célèbres. J’adore ça.

Je ne veux pas donner l’impression d’être trop accrochée au passé et incapable d’apprécier le présent et le futur. L’un des autres aspects de l’histoire de ma famille qui m’étonne le plus, c’est le fait qu’il reste encore des chapitres à écrire. Non seulement chacun de mes enfants reste impliqué dans le show-business, mais certains de leurs enfants rêvent aussi de se préparer à une vie sous les projecteurs. L’un de mes enfants a déjà été surpassé par un membre de la génération suivante de rêveurs Jackson.

JERMAINE : En 1986, j’ai chanté en Belgique lors d’une course de voitures de 24h où j’avais inscrit un équipage. Mon fils Jermaine Jr, alors âgé de 9 ans, et ma fille, Autumn, 7 ans, étaient avec moi et avant que je monte sur scène, je leur ai demandé s’ils aimeraient me rejoindre. Jermaine adore danser et Autumn adore chanter. Ils m’ont dit qu’ils le feraient. Mais quand je les ai appelés pendant le spectacle, Autumn a été trop timide pour me rejoindre. Pas Jermaine Jr. Et il ne s’est pas contenté de se précipiter sur scène en courant comme l’auraient fait la plupart des enfants dans de telles circonstances : non, il est arrivé sous les projecteurs en dansant depuis les coulisses ! Les 30 000 spectateurs présents dans les tribunes sont devenus dingues. Le lendemain, toutes les critiques de mon spectacle le mentionnaient, insistant notamment sur la façon dont il m’avait volé la vedette.

En voyant à quel point ses aînés, mais aussi ceux de Rebbie, de Tito et de Marlon étaient talentueux, Jermaine a eu l’idée de faire en sorte que les petits-enfants donnent un spectacle lors du Jour de la Famille.

Quand Joe et moi organisons un Jour de la Famille, ce spectacle de jeunes talents – connu aussi sous le nom de ‘spectacle pour Mamie’ – se déroule dans notre cinéma.

JERMAINE : Les enfants utilisent la chambre d’amis de l’autre côté du hall d’entrée comme loge. Si vous rentriez dans la pièce avant ou pendant un spectacle, vous jureriez que vous êtes dans les coulisses d’une pièce de théâtre. Des robes sont étalées sur le lit, tout le monde change de costume. Les enfants prennent ces spectacles au sérieux. Ils savent que leurs parents et leurs grands-parents connaissent ce qui rend un spectacle professionnel et ils veulent nous impressionner.

Parmi les autres habitués des spectacles de jeunes talents figurent les enfants de Tito : Taj, 17 ans, Taryll, 15 ans et Tito Junior, 12 ans. Ils se produisent ensemble sous le nom de « Three T » (Note :les Trois T, qui deviendra plus tard les 3T).

TITO : Parmi tous les petits-enfants, ce sont les seuls qui ont commencé à chanter quand ils étaient tout petits. C’est ce qu’ils veulent depuis qu’ils sont hauts comme trois pommes.

Les deux aînées de Rebbie, Stacee, 19 ans et Yashi, 13 ans, montent aussi sur scène lors du Jour de la Famille. Stacee aime chanter tandis que Yashi aime danser. Toutes deux veulent devenir professionnelles.

Le fils de Jackie, Siggy, 13 ans, a montré son talent pour le rap lors des spectacles ; sa fille Brandi, 7 ans, a chanté et dansé.

Les trois enfants de Marlon – Valencia, 14 ans ; Brittny, 12 ans ; et Marlon Junior, 8 ans – sont eux aussi des danseurs et des chanteurs talentueux.

En fait, mes seuls petits-enfants qui n’ont pas encore monté de numéro sont Austin, le fils de Rebbie, et les fils de Jermaine, Jeremy, Jaimy et Jourdyn. Mais donnez-leur le temps. Le plus vieux d’entre eux n’a que trois ans.

Jermaine et son ex-femme, Hazel, ont été tellement impressionnés par les prestations des petits-enfants lors du Jour de la Famille qu’ils ont émis l’idée de créer une émission de télévision avec eux : « JAM : l’heure de Musique Américaine des Jackson ». Selon le projet élaboré par Jermaine et Hazel, les enfants feront des imitations de leurs parents et d’autres artistes, tout en interprétant leurs propres chansons.

Mais même si un problème survient et que la série JAM ne marche pas, il y aura d’autres opportunités pour les petits-enfants. Il y a même des discussions dans la famille sur la formation des « nouveaux Jackson Five », composés des fils de Tito et des deux aînés de Jermaine, ou d’une autre combinaison de petits-enfants.

Je peux m’imaginer en train de regarder les petits-enfants se produire sur scène en tant que professionnels un jour. Je serai pleine d’une fierté silencieuse et je me dirai « Je me rappelle quand ils étaient bébés et que je les tenais dans mes bras ».

« Dans chaque famille, il y a un original, quelqu’un de différent. Et je suis cette personne »
(LaToya, 1985)


LaToya nue dans Playboy ?

Quand j’ai entendu la rumeur, j’ai été choquée. Ma fille est peut-être différente de ses huit frères et sœurs à certains égards – par exemple, c’était la plus lunatique de mes enfants – mais en termes d’habillement et de comportement, elle était si conservatrice qu’un jour, elle a laissé tomber une amie qui s’était mise à porter des hauts courts et des jupes fendues. « C’est répugnant, elle ressemble à une pute », avait remarqué LaToya à l’époque. « Je ne veux avoir aucun lien avec elle ».

Mais plus je réfléchissais à la rumeur sur Playboy, plus je craignais qu’elle ne soit vraie. La LaToya que je voyais au début de l’année 1989 n’était pas la LaToya que je pensais connaître. Je ne pouvais pas m’empêcher de repenser à son engagement de 1988 au Trump Plaza, à Atlantic City, où elle avait dansé pour la première fois de manière sexy et suggestive. En la regardant depuis le public, j’avais été surprise et, je dois l’admettre, un peu décontenancée.

« Jack m’a dit que je devais changer d’image si je voulais y arriver dans le milieu », m’avait dit LaToya quand je l’avais questionnée sur son nouveau spectacle.

« Jack », c’était Jack Gordon, son manager au ton enjôleur… Sa transformation avait commencé au moment où il était entré dans sa vie en 1987, en lui proposant de présenter une émission de clips qu’il avait en projet. A l’époque, LaToya était une femme d’intérieur confirmée et une fille à maman.

« Toya, tu restes trop dans mes jupes », lui disais-je, « tu devrais sortir davantage de la maison ».

« Mais je n’aime pas l’extérieur, Maman », répondait-elle. « En plus, tu es ma meilleure amie ».

L’émission de clips de Gordon ne s’est jamais concrétisée mais il est resté présent, inondant LaToya de fleurs et de cadeaux.

REBBIE : Quand j’étais à la maison, j’entendais ma sœur parler de Jack en permanence. Apparemment, il voulait se marier avec elle et elle avait refusé mais de toute évidence, il avait réussi à attirer son attention.

Gordon a supplié mon mari, Joe, le manager de LaToya, de le laisser co-gérer sa carrière ; il affirmait qu’il avait des idées pour revitaliser sa carrière musicale stagnante. Il a continué à insister auprès de Joe jusqu’à ce que Joe finisse par demander à LaToya, « Est-ce que c’est ce que tu veux ? » Elle a acquiescé donc son père a accepté de partager ses responsabilités de manager avec Gordon.

Sans attendre, Gordon, a fait voyager ma casanière de fille dans le monde entier. A peine étaient-ils revenus d’un déplacement professionnel au Japon qu’elle annonçait : « Oh, j’ai une séance photo à faire en Autriche » et elle et Gordon reprenaient un avion pour quitter Los Angeles. Si par certains côtés j’étais heureuse qu’elle sorte et rencontre de nouvelles têtes, son changement de mode de vie était si brutal et extrême qu’il m’a laissée confuse.

Ce n’est que plus tard, quand j’ai vu Jack Gordon comme il l’était vraiment – un opportuniste – que j’ai compris sa stratégie consistant à emmener LaToya à l’autre bout de la planète. Il tentait d’éloigner ma fille naïve – qui lui faisait confiance – de sa famille, au sens propre et au sens figuré, pour pouvoir devenir une influence dominante dans sa vie.

Du jour au lendemain, Jack Gordon a changé d’attitude vis-à-vis de Joe et de moi. Son premier acte de défiance a été de refuser de rendre des comptes au directeur commercial de Joe, comme Joe l’avait réclamé. Suite à une dispute entre lui et Joe à ce sujet, Gordon s’est plaint de manière scandaleuse auprès de Frank Diléo, le manager de mon fils Michael à l’époque, affirmant que Joe avait tenté de l’étrangler.

« Jack, j’étais dans la pièce avec vous deux, et vous savez très bien que Joe ne vous a jamais touché ! » me suis-je exclamée.

« Il m’a posé la main sur l’épaule ! Il m’a mis la main sur l’épaule ! » a répondu Gordon en s’énervant.

Le public a appris que Gordon avait réussi à éloigner LaToya de la famille quand, en mars 1988, le magazine People a raconté que LaToya avait déménagé à New York avec Gordon et rompu ses liens professionnels avec Joe. « Jack est un commercial », disait l’article, citant LaToya. « Il fait un bon discours et ensuite, il tient ses promesses. Quoi qu’il en soit, il se débrouille mieux que mon père ».

Ajoutant un caractère sensationnel au reportage, le « discours » de séparation adressé à Joe par Jack Gordon : « J’aime Joe autant qu’un poison ».

Même si LaToya continuait à me parler presque quotidiennement au téléphone, notre relation s’est détériorée. On aurait dit que LaToya prenait des leçons de « gros mensonge » avec Gordon. J’avais élevé mes enfants pour qu’ils disent toujours la vérité donc j’ai été déçue qu’elle nie avec indignation avoir décidé d’écrire un livre « révélateur » sur la famille Jackson, surtout après avoir appris que Gordon l’avait traînée d’éditeur en éditeur à New York.

« Non, Maman, je ne fais pas de livre. Je ne sais pas comment ces rumeurs ont commencé », m’a-t-elle répété quelques semaines plus tard, après que j’aie appris qu’elle avait signé un contrat d’édition pour un montant encore plus élevé que celui obtenu par Michael pour son autobiographie, Moonwalk. LaToya n’a jamais admis devant moi qu’elle écrivait un livre. Je l’ai lu dans un journal au début de l’année 1989. « Le livre de Michael est bien mais très léger », déclarait-elle. « Dans mon livre, on trouvera beaucoup de choses qui ne figuraient pas dans le sien ».

REBBIE : L’ironie du sort, c’est que si qui que ce soit dans la famille avait émis l’idée d’écrire un livre pour concurrencer celui de Maman, LaToya aurait été la première à ouvrir la bouche pour dire à quel point c’était mal.

LaToya a aussi nié s’être dévêtue sous l’objectif d’un photographe de Playboy avec autant d’emphase qu’elle avait nié l’écriture d’un livre. Je suis triste de dire qu’une fois encore, j’ai appris la vérité dans les médias.

REBBIE : Je peux dire en toute honnêteté que le livre de ma sœur et son effeuillage dans Playboy ont frappé la famille en plein cœur. En plein cœur. Tout le monde souffre, y compris les petits-enfants. A titre personnel, j’étais tellement gênée qu’il m’arrivait de me dire « Je souhaiterais être sur une autre planète ». Quand je sortais en public, j’avais envie de pleurer, craignant que quelqu’un me reconnaisse et me questionne au sujet de LaToya.

Dans ses interviews destinées à promouvoir la séance photo dénudée, LaToya défendait ses choix : « Je dois vivre ma vie pour moi et non pour ma famille ». Mais elle n’a fait qu’aggraver une situation déjà terrible quand elle a affirmé que Michael – Michael ! – avait approuvé sa décision de poser nue.

Michael a nié auprès de la famille avoir fait une telle chose. Il avait donné à LaToya son nouveau numéro de téléphone parce qu’il était sensible au fait qu’elle était « toute seule, isolée ». Mais après qu’elle l’ait cité à tort, il a refusé de prendre ses appels. « Je ne pourrai pas lui parler tant qu’elle continuera à mentir comme ça », a-t-il dit.

Peu de temps après la sortie du numéro de Playboy dont elle faisait la couverture, LaToya est passée dans « Donahue ». « Mes parents ont posé certaines règles et l’une de ces règles était bien sûr de ne pas quitter la maison avant d’être marié », a-t-elle affirmé, tentant ainsi de rationaliser sa rébellion. Elle n’a pas mentionné le fait que notre « règle » n’avait jamais été appliquée et que Michael, Marlon et Janet avaient déménagé avant elle alors qu’ils étaient célibataires.

Après la diffusion, j’ai reçu un appel de quelqu’un qui avait assisté à l’enregistrement de « Donahue ». « Eloignez votre fille de son manager », m’a-t-elle dit. Elle m’a expliqué comment Jack Gordon avait embêté Phil Donahue avant l’émission, insistant pour qu’il pose à LaToya des questions négatives sur la famille.

Inutile de dire que sauver ma fille des griffes de Gordon était l’objectif de la famille depuis qu’elle avait déménagé avec lui à New York, et ce avant même que la presse nationale ne révèle que Gordon avait dirigé un bordel et fait de la prison pour avoir essayé de soudoyer la Commission des Jeux de l’Etat du Nevada. Mais à ce stade, Jack Gordon était parvenu à faire un lavage de cerveau à LaToya et elle refusait de croire quoi que ce soit de négatif concernant son passé ou ses motivations et rien de ce que ses frères et sœurs pouvaient dire ne la persuadait de revenir à la maison avec nous.

Ma colère contre Jack Gordon était teintée d’un sentiment de culpabilité. Peut-être avais-je trop protégé mes enfants, ai-je souvent pensé depuis, peut-être ne les ai-je pas suffisamment mis en garde contre les requins qui tentent de tirer profit d’eux pour leur propre compte.

Je n’oublierai jamais la scène survenue dans la loge de LaToya à Atlantic City, en 1988, juste après l’un de ses spectacles. LaToya était là, elle avait chaud et transpirait, elle avait besoin de se recoiffer. Et Gordon lui a aboyé dessus : « Grouille-toi ! Descends au rez-de-chaussée ! » Vanna White était là et elle insistait pour que Latoya fasse une photo avec elle immédiatement .

Ma fille Janet, qui avait elle aussi été témoin de l’accès de colère de Gordon, a fondu en larmes.

« Comment osez-vous parler à ma sœur comme ça ? » s’est-elle exclamée.

« Elle doit venir tout de suite ! » a répété Gordon.

Lorsqu’il a quitté la pièce, Janet s’est tournée vers LaToya : « Latoya, comment peux-tu supporter qu’on te traite de la sorte ? » a-t-elle demandé.

« Quand tu es fatiguée, tu te fiches de ce qui se passe », a simplement répondu LaToya.

REBBIE : La situation de LaToya en 1989 était un mystère. Quel était le prochain épisode, ne cessais-je de me demander ?

Le public se pose probablement la même question aujourd’hui au sujet de la famille Jackson. Même si les médias parlaient de la rébellion de LaToya, ils se nourrissaient encore de rumeurs sur la vie privée de Michael, d’histoires sur la « jalousie entre frères et sœurs » chez les Jackson, et de chimères affirmant que Joe et moi étions fâchés avec la plupart de nos enfants.

« Quelle famille misérable sont devenus les Jackson », doivent se dire les gens aujourd’hui. « Partis de rien, ils n’ont pas su gérer leur succès » Si je m’appuyais sur la presse pour me faire une opinion sur ma famille, j’en arriverais à la même conclusion.

Mais j’arrive à voir notre histoire dans une perspective absente d’une émission comme « Entertainment Tonight » ou d’un article de tabloïd rempli d’erreurs.

Voilà l’histoire de la famille Jackson telle que je l’ai vécue.
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BILLIE.JEAN
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Re: Jackson & Jackson: "histoire d'un rêve' par Katherine Jackson

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